Face aux maladies émergentes, l’indispensable approche « One Health »

Événement 12 mars 2026
A l’occasion de la journée mondiale de la santé, la France organise le One Health Summit le 7 avril 2026 à Lyon. Le Sommet, 9e dans la série des One Planet Summits, sera précédé le 6 avril, d’un colloque scientifique de haut niveau qui formulera des recommandations aux décideurs politiques. L’objectif de ce sommet est d’accélérer la mise en œuvre de l’approche One Health en la portant au plus haut niveau de l’agenda international. Un point d’étape a eu lieu le 26 février au Salon international de l’agriculture sur le stand du Cirad et de l'AFD.
Participants au point d'étape du One Health Summit au salon international de l'agriculture.
Participants au point d'étape du One Health Summit au salon international de l'agriculture.

Participants au point d'étape du One Health Summit au salon international de l'agriculture. De gauche à droite : Thierry Lefrançois, conseiller de la PDG du Cirad, organisateur et animateur du point ; Gilles Salvat, directeur général de l'Anses par interim ; Didier Lepelletier, directeur général de la santé ; Valérie Verdier, PDG de l'IRD ; Anthony Chaumuzeau, secrétaire général du One Health Summit ; Marie-Christine Le Gal, Direction générale de l'alimentation (DGAL), cheffe des services vétérinaires ; Quiterie Pincent, adjointe au directeur exécutif Solutions et développement durable à l'AFD ; Elisabeth Claverie de Saint Martin, PDG du Cirad ; Anne Puech, Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace, référente pour One Health Summit ; Thierry Caquet, Vice-Président International d'INRAE.

L’essentiel

  •  Nos systèmes alimentaires sont au cœur des interactions entre santé humaine, animale, végétale et environnementale. Face aux crises climatiques, sanitaires et de biodiversité, la transformation de ces systèmes n’est plus une option, elle devient une nécessité.
  • Plusieurs leviers clés pour opérationnaliser l’approche One Health ont été identifiés durant ce point d'étape :
    -    Ancrer One Health dans les territoires, au plus près des acteurs ;
    -    Décloisonner les politiques publiques, la recherche et l’action opérationnelle ;
    -    Mobiliser toutes les disciplines, y compris les sciences humaines et sociales ;
    -    Investir dans la prévention plutôt que dans la seule gestion des crises ;
    -    Construire des partenariats solides entre institutions, scientifiques, financeurs, agriculteurs et sociétés civiles.

Dermatose nodulaire contagieuse, fièvre catarrhale ovine et maladie hémorragique épizootique, peste porcine africaine ou encore peste des petits ruminants, la question de la prévention des maladies animales émergentes s’impose comme un enjeu sanitaire majeur en Europe et partout dans le monde.

Qu’elle soit épizootique (frappant les animaux) ou zoonotique, c’est-à-dire transmissible à l’être humain, comme la fièvre de la vallée du Rift qui a sévi récemment au Sénégal et en Mauritanie, ces maladies émergentes nécessitent le déploiement d’approches One Health et de coopération internationale à large échelle, comme dans le cadre de l’initiative PREZODE, et de son programme PREACT avec par exemple ses projets Africam, et plus récemment ASEACA.

Tout l’enjeu est de passer d’une logique de gestion des crises à une approche de prévention des risques d’émergence.

Thierry Lefrançois
Conseiller de la PDG du Cirad, spécialiste des approches One Health

One Health : prévenir et limiter l’émergence de nouvelles maladies 

L’approche One Health, ou « Une seule santé », repose sur l’interdépendance entre la santé humaine, animale, végétale et celle des écosystèmes. Elle reconnaît que la plupart des maladies émergentes, et en particulier les zoonoses, trouvent leur origine dans les interactions entre ces différents « compartiments ». Favorisées par les changements climatiques, la perte de biodiversité et les transformations des systèmes alimentaires, ces maladies exigent des réponses globales et coordonnées pour être mieux anticipées et contrôlées. 

« Prévenir les émergences de nouveaux pathogènes consiste à les détecter le plus tôt possible, via de la surveillance participative, c’est-à-dire qui implique les services vétérinaires, les éleveurs mais aussi les populations locales. Cela signifie aussi rééquilibrer ce qu’on appelle l’agroécosystème, en d’autres termes, repenser notre manière de produire notre alimentation, souligne Thierry Lefrançois. L’agroécologie est par exemple un puissant levier pour prévenir les émergences infectieuses, améliorer la sécurité alimentaire et permettre un développement territorial durable ».

Cette approche « One Health » transformatrice nécessite un engagement politique durable, de la coopération internationale et une volonté commune d’intégrer les dimensions sociales et écologiques dans la gestion des risques sanitaires.

Elisabeth Claverie de Saint Martin
PDG du Cirad

C’est l’enjeu du One Health Summit du 7 avril qui s’inscrit dans la dynamique des One Planet Summits, en lien avec les grandes crises planétaires – climat, biodiversité, sécurité alimentaire et sanitaire. Ce 9e sommet vise à transformer l’approche One Health en actions concrètes et coordonnées à l’échelle internationale. 

Organisé dans le cadre de la présidence française du G7, le sommet ambitionne de porter ces enjeux au plus haut niveau politique international. 

Le One Health Summit est une initiative du Président de la République qui a décidé de réunir, dans le cadre de la présidence française du G7 et pour la première fois, des chefs d’Etat et de gouvernement du Nord et du Sud afin de porter au plus niveau de l’agenda international l’approche « One Health ». La science y sera au cœur avec l’organisation d’un colloque scientifique international. Nous y invitons également de nombreux acteurs de la société civile, des collectivités territoriales, de la jeunesse, du secteur privé, des banques de développement et des philanthropies, fortement impliqués dans l’opérationnalisation de l’approche « Une seule santé ».

Anthony Chaumuzeau
Secrétaire général du One Health Summit

Opérationnaliser l’approche One Health et transformer les systèmes alimentaires

Le point d’étape sur le sommet, organisé au Salon international de l’agriculture le 26 février, a ainsi permis de rappeler l’urgence d’agir collectivement et de renforcer le dialogue entre science, territoires et décideurs pour mieux prévenir les crises sanitaires de demain.

Les intervenants ont mis en lumière le rôle central des systèmes alimentaires dans les dynamiques de santé globale. Les systèmes alimentaires actuels, en lien étroit avec l’environnement et les pratiques agricoles, influencent directement la santé des populations humaines et animales. 

Dans ce cadre, l’approche One Health propose une transformation profonde des systèmes alimentaires vers plus de résilience, de durabilité et de justice sociale, en mobilisant les acteurs territoriaux, les décideurs politiques et les organisations agricoles.

Les discussions ont insisté aussi sur la nécessité de renforcer les systèmes de surveillance intégrés, de stimuler l’innovation en santé environnementale et de promouvoir des politiques publiques cohérentes avec les principes One Health.

Les participants ont souligné que seule une coopération transdisciplinaire et internationale permettra de prévenir efficacement l’émergence de nouvelles maladies et de bâtir des systèmes de santé et alimentaires plus robustes pour l’avenir. 

 Les sept thématiques du sommet et du colloque scientifique et leurs référents au Cirad :

  • Réservoirs zoonotiques et vecteurs : Marisa Peyre
  • Systèmes alimentaires durables : Muriel Figuié
  • Résistances antimicrobiennes : Sophie Molia et Flavie Goutard
  • Expositions aux pollutions (et réduction des pesticides) : François Cote
  • Data : Jean François Dufayard
  • Sciences Humaines et Sociales : Aurélie Binot
  • Gouvernance OH : Thierry Lefrançois

Surveiller, comprendre et agir face aux maladies animales et végétales émergentes dans une approche One Health

Le Cirad est fortement mobilisé face aux maladies émergentes, qu’elles touchent les élevages, les cultures ou la santé humaine. Ses équipes mènent des travaux de recherche pour mieux comprendre les mécanismes d’émergence et de diffusion des maladies, et ainsi anticiper les risques, comme par exemple pour la fièvre hémorragique de Crimée-Congo ou le virus Nipah.
Le Cirad contribue également à la surveillance sanitaire internationale, via la plateforme ESA ou des réseaux régionaux en Asie du Sud Est, dans l’océan Indien et la Caraïbe, dans une approche « One Health ».
Il joue un rôle clé dans le diagnostic des maladies animales en développant des tests innovants (exemple du test de Fièvre de la Vallée du Rift) et en intervenant comme laboratoire de référence pour des épizooties majeures telles que la peste des petits ruminants ou la dermatose nodulaire contagieuse. Ses travaux portent aussi sur la mise au point de solutions concrètes de gestion et de contrôle, notamment à travers le développement de vaccins et de stratégies vaccinales contre des maladies comme la grippe aviaire.
En santé végétale, le Cirad agit de manière similaire contre les ravageurs et maladies des plantes en proposant des stratégies de détection précoce des émergences et de lutte intégrant des variétés résistantes ou tolérantes à certaines maladies (exemple des variétés d'agrumes en cours du développement pour lutter contre le HLB aussi appelé maladie du dragon jaune) dans des systèmes pensés en agroécologie, mais aussi de tests de diagnostic de terrain mobile (exemple de la Lamp-PCR).
En savoir plus sur les actions du Cirad : Replay du point presse du 24 février 2026