Du champ au laboratoire, portraits de femmes qui font l'agriculture

Science en action 9 mars 2026
Au lendemain du 8 mars, les douze directions régionales du Cirad vous proposent un tour du monde à la rencontre de femmes qui travaillent dans le milieu agricole. Qu’elles soient agricultrices ou qu’elles œuvrent dans le monde de la recherche, les femmes sont présentes autant que les hommes et gagneraient à être davantage écoutées, vues, connues.
Femmes membres de l’Association Nationale des Femmes agricultrices du Bénin (ANaF) © Projet FiSeLAE
Femmes membres de l’Association Nationale des Femmes agricultrices du Bénin (ANaF) © Projet FiSeLAE

Femmes membres de l’Association Nationale des Femmes agricultrices du Bénin (ANaF) © Projet FiSeLAE

Apprendre à tout âge - Cameroun

Marguerite Mbakouga est agricultrice à Ntui, au Cameroun. Elle cultive du soja, du maïs, de l’igname ou encore du manioc. Fille de paysans, elle a appris à travailler la terre avec ses parents dès son plus jeune âge. A 65 ans, elle continue encore d’apprendre et d’améliorer ses pratiques.

Marguerite Mbakouga participe au projet LVAD aux côtés d’autres agriculteurs et agricultrices. LVAD signifie « Laboratoire vivant d’agriculture durable ». Ce projet, financé par l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), est dédié à l’intensification des cultures vivrières dans la localité de Ntui. Le Cirad est partie prenante de l’initiative et déploie des activités aux côtés de partenaires camerounais comme l’Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD) et l’Université de Yaoundé I, ou des organismes internationaux comme l'International Institute of Tropical Agriculture (IITA).

Grâce au projet LVAD, Marguerite Mbakouga a bénéficié de formations sur la fabrication d’engrais ou sur différentes pratiques agroécologiques. Des ateliers de transformation agroalimentaire, notamment pour faire du lait de soja, ont également été proposés. En échange, les scientifiques en apprennent plus sur les besoins et les pratiques des agriculteurs et des agricultrices de Ntui.

Marguerite Mbakouga dans son champ de manioc, à Ntui au Cameroun © S. Koutchou Mbougueng, Cirad

Marguerite Mbakouga dans son champ de manioc, à Ntui au Cameroun © S. Koutchou Mbougueng, Cirad

Jouer pour réfléchir à la gestion durable des ressources - Madagascar

Etiannah Andrianjafy est ingénieure agronome issue de l’Université d’Antananarivo et assistante de recherche au sein du projet Dinaamicc. Dans le cadre des activités du projet, elle a développé un jeu sérieux appelé « Ti’tantana » qui permet de faciliter la réflexion collective sur la gestion durable des biomasses (forêts, prairies, résidus de cultures, fumiers…) dans les Hautes Terres de Madagascar. Il permet aux participants d'assumer des rôles, d'interagir avec des ressources et des dynamiques territoriales et de prendre conscience des impacts de ses choix sur les biomasses et l’avenir de leur territoire.

La gestion durable des ressources constitue un défi majeur à Madagascar, où les populations rurales dépendent fortement des ressources naturelles pour l’agriculture, l’élevage, l’énergie domestique et la construction. Dans les Hautes Terres, ces dynamiques se traduisent notamment par l’érosion des sols, la diminution de la fertilité des terres agricoles et une raréfaction progressive des ressources notamment ligneuses et fourragères.

Le projet Dinaamicc contribue à répondre à ces enjeux en favorisant une meilleure compréhension de ces dynamiques et en encourageant le développement de pratiques agroécologiques adaptées aux territoires.

Etiannah Andrianjafy devant le plateau de jeu Ti’Tantana lors d’une formation pour les futurs animateurs du jeu

Etiannah Andrianjafy devant le plateau de jeu Ti’Tantana lors d’une formation pour les futurs animateurs du jeu © M. Vigne, Cirad

Agroforesterie salvatrice - Brésil

Maria Oenice de Oliveira Xavier est agricultrice et présidente du Forum des Communautés Rurales de Paragominas. Cette association est l’un des partenaires privilégiés du Cirad pour les activités de transition écologique et d’organisation collective dans la commune de Paragominas au Brésil.

Actuellement, le Forum participe à des initiatives de développement bas-carbone, afin de neutraliser les émissions de la commune d’ici à 2030. Les actions sont coordonnées via le programme municipal « Paragoclima ».

Maria Oenice de Oliveira Xavier a ainsi aidé à l’avènement de systèmes agroforestiers, systèmes qui associent plusieurs plantes arborées avec du manioc ou encore des haricots. Dans la commune, l’agroforesterie remplace souvent des friches qui se situent sur des sols dégradés par l’usage du feu. Ces modes de cultures sont installés avec l’appui de l’ONG Imazon et du Cirad.

Maria Oenice de Oliveira Xavier en train de planter un pied d’açaí au milieu d’une couverture d’engrais vert, sur une exploitation de la commune de Paragominas © Ravena Figueiredo

Maria Oenice de Oliveira Xavier en train de planter un pied d’açaí au milieu d’une couverture d’engrais vert, sur une exploitation de la commune de Paragominas © Ravena Figueiredo

S’engager pour une agriculture durable - Vietnam

Lò Thị Quyết, 49 ans, vit dans la commune de Mường Chanh (anciennement Chiềng Chung), province de Sơn La, Vietnam. Pendant de nombreuses années, elle a travaillé au sein des organisations locales, notamment en tant que présidente de l’Union des agriculteurs de la commune, et possède plus de vingt ans d’expérience dans le secteur agricole. Elle participe aussi au projet ASSET, coordonné par le Cirad, et qui vise à appuyer le développement de systèmes alimentaires et agricoles plus durables en Asie du Sud-Est. Pour Lò Thị Quyết, le projet lui a permis d’échanger avec les agriculteurs, de partager des techniques agricoles et d’en accompagner la mise en œuvre sur le terrain.

Dans sa communauté, les femmes sont très impliquées dans les activités agricoles, qu’il s’agisse de la culture, de l’élevage ou du suivi des exploitations, tout en assumant également des responsabilités familiales et domestiques. L’introduction de nouvelles techniques et de machines a contribué à rendre le travail agricole plus efficace et moins pénible, en réduisant le temps de travail et en permettant aux agriculteurs de diversifier leurs activités ou de trouver des sources de revenus complémentaires. Les femmes continuent ainsi de jouer un rôle essentiel, à la fois dans la production agricole, la vie familiale et les activités de la communauté.

Lò Thị Quyết

Lò Thị Quyết et un agent du projet ASSET observent la qualité d’un tas d’ensilage lors d’un suivi technique auprès des agriculteurs de la commune de Mường Chanh, Vietnam. L’ensilage, une technique introduite et soutenue par le projet ASSET, permet de conserver le fourrage pour l’alimentation du bétail pendant la saison sèche © Projet ASSET, Cirad

La recherche pour mettre en lumière les femmes rurales - Maroc

Zhour Bouzidi est sociologue et ingénieure agronome. Elle est enseignante chercheuse à l’université Moulay Ismaïl de Meknès. C’est une spécialiste des questions relatives à la gestion des ressources hydriques et des mécanismes participatifs qu’une communauté peut adopter pour gérer durablement l’eau d’un territoire.

Zhour Bouzidi travaille également à mieux documenter et comprendre le rôle des femmes rurales et les contraintes qui pèsent sur elles. Elle est d’ailleurs co-autrice d’un récent numéro dédié aux ouvrières agricoles du Maghreb et publié dans la revue « Alternatives Rurales ».

Zhour Bouzidi © DR

Zhour Bouzidi © DR

La papaye de la réconciliation et de la paix - Colombie

Yoleida Isabel Salcedo est une leader rurale, représentante légale de Asoagropat (Asociación Agroempresarial Nueva Pativaca). Il s’agit d’une organisation de petits producteurs située dans le secteur de El Salado, dans la municipalité de Carmen de Bolívar, un territoire de Montes de María. Le Cirad y travaille dans le cadre de l'initiative sur la transition des systèmes alimentaires (SASi-SPi).

Cette association a développé la production et la transformation de la papaye après le conflit armé, qui a particulièrement touché ce territoire de Montes de María. La culture traditionnelle de la zone était le tabac, cependant les acheteurs se sont raréfiés. La papaye, elle, pousse bien malgré l'aridité de la zone.

L'association regroupe aujourd’hui 45 familles qui ont été déplacées lors du conflit armé et sont retournées chez elles il y a une dizaine d'années. Yoleida travaille à la reconstruction du tissu social de sa communauté et à l'amélioration de la qualité de vie des associés et de leur famille à partir de l'entreprenariat agricole. Elle exprime l'expérience malheureuse des personnes de ce territoire dans des poèmes de toute beauté qui sèment la paix, la confiance et l'espoir pour un avenir meilleur.

Yoleida Isabel Salcedo © M.-H. Dabat, Cirad

Yoleida Isabel Salcedo © M.-H. Dabat, Cirad

Inventaire forestier - Guyane française

Daniela Florez est chercheuse au Cirad au sein de l’unité de recherche « Ecologie des forêts de Guyane » (EcoFoG). Elle est spécialiste de la valorisation de substances naturelles et travaille actuellement à Cayenne en Guyane.

À l’herbier de Cayenne, des feuilles d’arbres sont analysées par spectroscopie proche infrarouge (SPIR). Cette technique consiste à mesurer, de manière rapide et non destructive, l’empreinte chimique caractéristique des espèces végétales et de leurs tissus. Cet outil à un fort potentiel pour améliorer l’identification des espèces d’arbres, en particulier en forêt amazonienne où de nombreuses espèces sont difficiles à distinguer, même pour des experts.

Le déploiement de cette technique représente un enjeu majeur pour la Guyane : simplifier les inventaires forestiers, faciliter la reconnaissance des essences d’intérêt pour répondre à la demande de bois de construction, renforcer la traçabilité des produits bois, mieux protéger les espèces rares et menacées, et soutenir le développement durable de la filière forêt-bois locale.

Daniela Florez © D. Florez, Cirad

Daniela Florez © D. Florez, Cirad

La richesse des coopérations scientifiques - Kenya

La professeure Catherine Nkirote Kunyanga est vice-doyenne de la faculté d'agriculture de l'Université de Nairobi, au Kenya. Elle est spécialisée en technologie alimentaire. Son expertise est reconnue à l’international. Elle a notamment bénéficié d’une bourse du gouvernement français en août 2025 pour un séjour scientifique de haut niveau en France, au cours duquel elle a pu rencontrer plusieurs équipes de recherche du Cirad à Montpellier.

Prof. Catherine Kunyanga est actuellement le point focal du partenariat entre le Cirad et l’Université de Nairobi pour différentes initiatives en cours au Kenya, dont le dispositif en partenariat TRACE (Transforming agriculture for Animal, Crop, and Ecosystem Health in the East African Rift), inauguré en novembre 2025, ou encore le projet de partenariat académique PEA3-SHIFT, qui vise à former de futurs cadres de l’agroalimentaire au Kenya.

Le dP TRACE entend contribuer à une meilleure santé des socio-écosystèmes dans le Grand Rift africain par la promotion de l’agroécologie. Le pari est de favoriser les transitions agroécologiques pour développer des systèmes agricoles productifs, sains et durables. Agroécologie et dialogue science-politique sont donc au cœur des travaux de TRACE, qui entend devenir le pilier de la coopération scientifique régionale en agriculture.

Prof. Catherine Kunyanga à l’occasion du lancement du dP TRACE en novembre 2025, à l’ambassade de France à Nairobi © University of Nairobi Media

Prof. Catherine Kunyanga à l’occasion du lancement du dP TRACE en novembre 2025, à l’ambassade de France à Nairobi © University of Nairobi Media

Mariage de la vanille - La Réunion

Déborah Turpin est technicienne agricole au Cirad. Elle est chargée du « mariage de la vanille » sur les sites du Cirad à La Réunion. Sur l’île, aucun insecte ne peut assurer la pollinisation de la vanille. Il faut donc féconder manuellement la plante, comme l’a découvert Edmond Albius au XIXe siècle.

L’île de La Réunion abrite une collection unique au monde de vanilliers. Gérée par le Cirad, cette collection a permis de mettre à jour une variété capable de résister à un champignon dévastateur : la fusariose. Les variétés et espèces conservées par le Cirad font l’objet d’échanges avec les producteurs et productrices du territoire, qui les testent en conditions réelles.

Déborah Turpin dans l'ombrière sur la station expérimentale de Bassin-Plat © D. Josserond, Cirad

Déborah Turpin dans l'ombrière sur la station expérimentale de Bassin-Plat © D. Josserond, Cirad

Renforcer la voix des femmes rurales - Bénin

L’Association Nationale des Femmes Agricultrices du Bénin (ANaF), fondée en 2007, œuvre à améliorer les conditions de vie et de travail des femmes dans le secteur agricole. L’association accompagne les femmes dans la gestion de leur exploitation, mais aussi dans l’accès aux chaînes de valeur. L’ANaF déploie ainsi plusieurs types de formations, agronomiques mais aussi marketing ou autour de la négociation commerciale.

L’ANaF travaille en partenariat avec le Cirad sur les légumineuses, dans le cadre du projet FiSeLAE. L’objectif du projet est d’appuyer le développement de filières légumineuses dans le pays en promouvant des techniques agronomiques durables, mais aussi en améliorant les systèmes semenciers et l’accès à des semences de qualité pour les exploitations.

Des « Champs Écoles Paysans » (CEP) et des parcelles de multiplication des semences ont par exemple été mis en place avec des productrices, afin de tester l’efficacité de plusieurs pratiques agroécologiques ou la viabilité des semences.

Productrices membres de l’Association nationale des agricultrices du Bénin (ANaF - Bénin) © Projet FiSeLAE

Productrices membres de l’Association nationale des agricultrices du Bénin (ANaF - Bénin) © Projet FiSeLAE

Financer les exploitations tenues par les femmes - Indonésie

À Palolo, sur l’île indonésienne de Sulawesi, l’agence nationale de microfinance (PNM) soutient les exploitations agricoles familiales à travers des dispositifs de micro-finance. De nombreuses agricultrices bénéficient de ces aides. En 2025, le ministère indonésien de la Planification (Bappenas) a notamment lancé avec la PNM le projet IndoKAKAO, qui vise à renforcer les petits producteurs de la filière cacao, en particulier les femmes et les jeunes.

Les participantes au projet vont ainsi profiter de formations techniques, par exemple sur les pratiques post-récolte. L’accès au micro-crédit devrait être facilité, ainsi que l’accès au marché via des partenariats commerciaux avec des chocolatiers internationaux.

IndoKAKAO est financé par le ministère français de l’Europe et affaires étrangères. Le Cirad est partie prenante, et y travaille avec ses partenaires scientifiques indonésiens tels que l’Agence de modernisation de l’agriculture (BRMP), l’Institut indonésien pour le café et le cacao (ICCRI), l’Institut agricole Stiper (NSTIPER), ainsi que des acteurs privés (Association Chocolat Bean to Bar Indonesie, chocolats JIKA), associatifs et coopératifs.

IndoKAKAO

Lors d’une enquête de terrain sur le micro-crédit à Palolo, au cœur d’une plantation de cacao financée par des dispositifs de micro-finance, des agricultrices accompagnent les scientifiques. Au premier plan à droite, la fille d’une des agricultrices bénéficiaires, est aussi employée par la PNM © F. Bourg, Cirad

S’allier face à la salinisation des rizières - Sénégal

La riziculture de bas-fond est une pratique ancestrale en Basse-Casamance. La région a longtemps été considérée comme le « grenier agricole » du Sénégal. Mais à cause du changement climatique et de la déforestation, les remontées marines sont de plus en plus fréquentes, ce qui contribue à une salinisation des rizières.

Face à cet enjeu, le Cirad travaille avec la SAED, la Société nationale d’aménagement et d'exploitation des terres du delta du fleuve Sénégal et des vallées du fleuve Sénégal et de la Falémé. Les deux institutions mènent des travaux sur la riziculture irriguée au Nord, en partenariat avec plusieurs organismes de recherche sénégalais et français, et avec le soutien de l’Agence française de développement.

Un projet incubateur a également été lancé, cette fois-ci au sud du pays, afin d’améliorer la coordination des travaux scientifiques sur la salinisation. PRATAM, pour « Potentiels de Résilience et d’Autodétermination des Territoires Agroécologiques Menacés », a ainsi rassemblé l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA), l’Université Assane Seck de Ziguinchor (UASZ), l’Université de Berne (UNIBE), le Cirad mais aussi l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE). Des enquêtes ont été menées auprès des productrices et des producteurs de la région.

Paysanne sénégalaise dans sa rizière en Basse-Casamance, Sénégal

Paysanne sénégalaise dans sa rizière en Basse-Casamance, Sénégal © Malick Djitté, Fongs Action Paysanne