Au Ghana, des enquêtes de terrain pour des politiques publiques efficaces en matière d'emploi agricole

Science en action 1 mai 2026
Au cœur de la région de Bono East, au Ghana, le maïs est bien plus qu’une simple culture : c’est un des principaux moyens de subsistance en milieu rural. L’agriculture emploie plus de 50 % de la population de Bono East et environ 35 % de la population nationale, ce qui en fait un pilier à la fois économique et social. Compte tenu de son importance pour les communautés, le secteur agricole doit non seulement être productif, mais aussi créer des emplois décents et durables. Reportage photo sur les recherches menées dans la région par le projet JobAgri, et dont les conclusions contribuent à l'élaboration de meilleures politiques publiques en matière d'emploi agricole.
Un enquêteur du projet JobAgri interrogeant un agriculteur © Hayford Opoku
Un enquêteur du projet JobAgri interrogeant un agriculteur © Hayford Opoku

Un enquêteur du projet JobAgri interrogeant un agriculteur © Hayford Opoku

Au Ghana, la question de l'agriculture ne se résume pas à une simple question d'alimentation ; c'est aussi une question de dignité, d'opportunités et d'emploi équitable. Le projet JobAgri a été lancé pour combler le fossé entre les politiques de l'emploi et les politiques agricoles. En collectant des données directement auprès des ménages agricoles, des exploitations agricoles industrielles et d'une diversité d'acteurs de la chaîne de valeur du maïs (distributeurs d'intrants, transformateurs, négociants et transporteurs), JobAgri vise à construire un système agricole plus réactif et inclusif – un système qui écoute ceux qui travaillent la terre et transforme leurs réalités en informations exploitables pour de meilleures politiques.

JobAgri est un projet de partenariat mené par l'Organisation internationale du travail (OIT), l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le Cirad et l'Institut de recherche statistique, sociale et économique du Ghana (ISSER).

Préparation au terrain : formation des enquêteurs

Les enquêteuses et les enquêteurs constituent la colonne vertébrale de la collecte de données. Ils rencontrent les agriculteurs, les responsables d’entreprises et les travailleurs de la chaîne de valeur, et mènent des sondages auprès d'eux. Mais avant même de se rendre sur le terrain, les enquêteurs suivent des formations. Les sessions allient compétences techniques (utilisation d’outils numériques de collecte de données pour les enquêtes et le téléchargement des données) et compréhension culturelle, afin de garantir que le travail sur le terrain soit à la fois précis et respectueux.

Des enquêteurs de JobAgri lors d'une formation préalable au terrain à Techiman, où ils se familiarisent avec les outils de collecte de données numériques © P. Girard, Cirad

Des enquêteurs de JobAgri lors d'une formation préalable au terrain à Techiman, où ils se familiarisent avec les outils de collecte de données numériques © P. Girard, Cirad

« Avant de mener des entretiens sur le terrain, nous devons passer une série de tests : des tests sur l’utilisation de l’outil, sur la qualité des informations, mais aussi sur notre capacité à travailler en équipe. » Kalian Sampoa Gumah est l’une des enquêteurs du projet JobAgri. 

La formation aux compétences techniques garantit que tous les enquêteurs partagent la même méthodologie, ce qui est essentiel pour obtenir des données cohérentes et comparables. Mais au-delà de ça, les enquêteurs doivent développer des compétences relationnelles afin d'établir de bonnes relations avec les agriculteurs. Comme le précise Kalian Sampoa Gumah, mener des enquêtes ne se résume pas à des « chiffres » : « il s’agit d’écouter les récits des gens et de les aider à se voir eux-mêmes, et leur travail, sous un nouveau jour ».

Kalian Sampoa Gumah, en chemise bleue. Sa journée de travail commence dès 4h du matin (Ghana, 2025) © OIT

Kalian Sampoa Gumah, en chemise bleue. Sa journée de travail commence dès 4h du matin (Ghana, 2025) © OIT

Collecte de données : aller sur le terrain, une ferme à la fois

Chaque semaine, les enquêteurs de terrain de JobAgri partent avant l'aube, empruntant des chemins boueux et traversant des rivières pour rejoindre les personnes interrogées. Chaque donnée compte. Les enquêtes recueillent des informations détaillées sur l'emploi, les revenus, les conditions de travail et bien d'autres aspects, permettant ainsi de dresser un tableau complet du travail et des moyens de subsistance en milieu rural.

Les enquêteuses et les enquêteurs traversent des rivières et empruntent des chemins accidentés pour rejoindre les communautés isolées cultivant du maïs dans la région de Bono East © Bless Banir Yaraye

Les enquêteuses et les enquêteurs traversent des rivières et empruntent des chemins accidentés pour rejoindre les communautés isolées cultivant du maïs dans la région de Bono East © Bless Banir Yaraye

Kalian Sampoa Gumah : « Ces données éclairent les politiques nationales en matière d'emploi et d'agriculture, contribuant ainsi à mettre en lumière la contribution des travailleuses et travailleurs ruraux et à favoriser la mise en place de meilleurs systèmes à leur intention. »

Des enquêteurs en pleine enquête sur le terrain © Hayford Opoku

Des enquêteurs en pleine enquête sur le terrain © Hayford Opoku

Des données pour la connaissance : de l'information à la compréhension

Une fois collectées, les données sont nettoyées, analysées et examinées au sein de l'équipe JobAgri, puis diffusées dans le cadre de forums multipartites où les pouvoirs publics, les organisations patronales et syndicales, ainsi que les agriculteurs, les chercheurs et les ONG, se réunissent pour interpréter les résultats.

Des acteurs issus d'instituts de recherche, de collectivités locales et d'associations d'agriculteurs se réunissent lors d'un atelier JobAgri à Techiman © FAO

Des acteurs issus d'instituts de recherche, de collectivités locales et d'associations d'agriculteurs se réunissent lors d'un atelier JobAgri à Techiman © FAO

À travers des graphiques, des cartes et des études de cas, des tendances se dessinent, offrant un aperçu de la démographie, du rôle des jeunes, des dynamiques de genre, de la mécanisation et des réalités de l'emploi rural. Chaque analyse contribue à transformer les données brutes en une compréhension plus claire des liens entre l'agriculture et le monde du travail au Ghana.

Réunion de réflexion des partenaires de JobAgri © OIT

Réunion de réflexion des partenaires de JobAgri © OIT

Pierre Girard, chercheur au Cirad : « En matière d’analyse des données, nous sommes en mesure d’obtenir une vue d’ensemble très complète travail agricole : le nombre d’emplois, les personnes concernées et les conditions de travail. Tout cela pour un large éventail d’acteurs du secteur : des plus petites exploitations familiales agroécologiques aux grandes exploitations à forte capitalisation, en passant par les transformateurs de maïs et les détaillants sur les marchés. »

Des données à l'action : transformer les données en politiques publiques

C'est lorsque les données se traduisent en actions que le processus JobAgri prend toute sa portée. Les conclusions des forums multipartites sont transmises aux décideurs politiques régionaux et nationaux, influençant ainsi les politiques agricoles et de l'emploi. 

Des responsables du ministère ghanéen de l'alimentation et de l'agriculture et des représentants de JobAgri discutent des conclusions tirées dans la région de Bono-Est © OIT

Des responsables du ministère ghanéen de l'alimentation et de l'agriculture et des représentants de JobAgri discutent des conclusions tirées dans la région de Bono-Est © OIT

James Ayittey, de la Direction de la recherche et de l'information statistiques du ministère ghanéen de l'alimentation et de l'agriculture : « Nous avons l'occasion de faire progresser le secteur agricole afin qu'il soutienne le programme de développement économique de notre pays. »

Les parties prenantes de la plateforme multipartite de la région de Bono East © OIT

Les parties prenantes de la plateforme multipartite de la région de Bono East © OIT

Perspectives d'avenir

Des champs de maïs aux salles de réunion des ministères, en passant par les discussions politiques entre les parties prenantes, le projet JobAgri démontre qu'une politique agricole durable commence par l'écoute et l'analyse sur le terrain. Lorsque les décisions s'appuient sur des données concrètes et des expériences vécues, elles ne se contentent pas de relever les défis, elles ouvrent la voie à un changement durable.