Science en action 12 décembre 2025
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COP30 : une mobilisation exceptionnelle des scientifiques du Cirad
Emma Jagu Schippers (milieu), économiste au Cirad, lors des négociations officielles de la COP30 sur l’article 6 de l’Accord de Paris. Belém, Brésil © DR
Les systèmes agricoles et alimentaires sont aujourd’hui responsables de 37 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Mais ce chiffre pourrait atteindre 65 % d’ici à 2030, d’après le Giec. Pour cette raison, pour sa situation géographique et ses nombreux projets et partenaires en cours dans la région, jamais le Cirad ne s’était autant investi dans une COP climat que dans la COP30.
Une quinzaine de scientifiques mobilisés, une présence inédite dans la zone des négociations, des partenariats renforcés pour porter ensemble nos messages et surtout l’organisation ou la participation à près de 40 événements parallèles sur des pavillons stratégiques et d’institutions diverses, à l’image de nos partenariats : collectivités territoriales, banques, universités, ONG, états et organisation internationales (UNFCCC, FAO).
« Cet événement emblématique du multilatéralisme avance certes à très petit pas, mais il reste incontournable pour faire face toutes et tous ensemble aux défis globaux, constate Vincent Blanfort, chargé de mission changement climatique au Cirad. Si la place des questions agricoles dans les négociations climatiques n’est pas centrale, elles n’ont jamais été aussi manifestes, et le Cirad a bien répondu présent. »
Pour preuve, l’Agrizone, porté par l’Embrapa et le gouvernement brésilien, a été pour la première fois dans l’histoire des COP climat, un lieu dédié aux questions agricoles. « À noter que le Cirad est le partenaire international de l’Embrapa qui a organisé le plus d’événements dans cette Agrizone », souligne Pierre Marraccini, directeur régional du Cirad au Brésil.
Les chercheurs et chercheuses ont porté des messages sur diverses thématiques : systèmes alimentaires, déforestation, élevage, stockage de carbone, agroécologie, coopération nord-sud, approches territoriales… Retour sur cette participation en image.
Comprendre le nexus climat-agriculture-alimentation
La COP30 a été l’occasion de présenter le travail colossal du nouvel ouvrage coordonné par le Cirad : L’agriculture et les systèmes alimentaires du monde face au changement climatique. Pas moins de 150 scientifiques du monde entier comptent parmi ses auteurs et autrices. Entre diagnostics et recommandations, ce livre se veut être un guide pour comprendre et anticiper les évolutions liées au climat dans les secteurs agricole et alimentaire.
Les résultats marquants de cet ouvrage ont été partagés lors de plusieurs side-events pendant la COP30. Un document de position, traduit en anglais et portugais, en propose une synthèse. La traduction anglaise du livre est prévue en janvier.
Pour une alliance entre les trois bassins forestiers tropicaux
En amont de la COP30, sur la caravane scientifique IARAÇU, Géraldine Derroire, écologue au Cirad a co-rédigé un policy brief du One Forest Vision. Cette note plaide pour une alliance scientifique, numérique et sociétale entre les trois grands bassins forestiers tropicaux. L’objectif est à la fois de produire des données comparables sans toutefois effacer les réalités locales. Pour l’écologue, « il est pour cela indispensable de mobiliser des sciences sociales pour contextualiser les politiques et appuis techniques ». La chercheuse a pu présenter ce travail au Président français Emmanuel Macron sur la caravane Iaraçu, ainsi que sur le pavillon France (zone bleue).
Coopération internationale et collaborations nord-sud
Pour la première fois, le Cirad était également présent dans la zone des négociations. Emma Jagu Schippers, économiste au Cirad, a donné un discours lors des discussions sur l’article 6 de l’Accord de Paris, portant sur les coopérations internationales dans la lutte contre les changements climatiques. La chercheuse y a participé sous le statut RINGO (Research and Independant Non-Governmental Organizations) pour cette thématique.
Sur le pavillon de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (UNFCCC), Emma Jagu Schippers a aussi organisé un événement sur les collaborations entre pays du Nord et pays du Sud en matière de conservation des forêts.
TerrAmaz : vers la zéro déforestation en Amazonie
Le projet TerrAmaz vient de s’achever après 5 ans avec comme objectif d’identifier les leviers opérationnels de lutte contre la déforestation en Amazonie, en se basant sur des approches territoriales. Le projet, financé par l’AFD, s’est déroulé au Brésil, en Colombie, en Équateur et au Pérou. La COP de Belém fut l’occasion pour le Cirad et les nombreux partenaires du projet de présenter leurs résultats sur le pavillon UNFCC de la zone bleue, sur les Pavillons de l’État du Pará et de la Banque d’Amazonie (BASA) en zone verte, ou encore dans l’Agrizone.
Carbone du sol : les avancées de l’initiative « 4 pour 1000 »
Lancée lors de la COP21 de Paris, en 2015, l’initiative « 4 pour 1000 » rassemble des études sur le stockage de carbone dans les sols. Le Cirad coordonne les travaux sur les outre-mer français.
Lors de la COP30 de Belém, le collectif a présenté un policy brief qui met en avant le rôle fondamental des communautés locales dans les stratégies de conservation du carbone du sol. Différents side-events ont fait le point sur les récentes avancées scientifiques sur les capacités de stockage de carbone des sols mondiaux, et plus largement sur la thématique de la santé du sol. Raphaël Marichal, écologue du sol au Cirad, a organisé deux événements sur ce sujet, grâce au financement du projet FEFACCION (Fonds équipe France pour l’action en Amazonie autour du changement climatique et de ses impacts).
Des actions foncières communautaires pour une synergie entre climat, biodiversité et alimentation
Un autre événement co-organisé par le Cirad sur le Pavillon de l’UNFCCC s’intitulait « Déployer les synergies entre le climat, la biodiversité et l’alimentation grâce à des actions foncières menées par les communautés ». En réunissant un ensemble pluridisciplinaire d’experts, il avait comme objectif d’analyser les compromis et les synergies associés au développement de solutions fondées sur la gestion durable des terres, répondant aux interactions climat–biodiversité–sécurité alimentaire. L’ambition est aussi de placer les femmes, les communautés locales et les peuples autochtones au cœur des processus en tant qu’acteurs clés et efficaces.
Un manifeste pour l’agroforesterie
Au cœur des zones rurales brésiliennes abîmées par des années de dégradation forestière, des paysans développent des solutions en agroforesterie pour réparer les territoires. Plus de 400 initiatives agroforestières ont été identifiées autour de Belém. Dans le cadre du projet Sustenta e Inova, un groupe d’étudiants-paysans a suivi une formation universitaire avec l’Université fédérale du Pará (UFPA), en partenariat avec le Cirad : le groupe Refloramaz. Lors du séminaire de clôture de la formation en avril 2025, un manifeste pour l’agroforesterie a été écrit par ces leaders agroforestiers brésiliens, afin de porter leurs revendications communes auprès des acteurs politiques. Lors de la COP30, ce « Manifeste pour la restauration de la forêt et la valorisation de la vie en Amazonie » a été remis à plusieurs ministres brésiliens : Marina Silva, ministre brésilienne de l’Environnement et du climat, Paulo Teixeira, ministre du Développement agraire et Sonia Guajajará, ministre des Peuples autochtones. Le texte a également reçu la signature du célèbre climatologue brésilien Carlos Nobre.
Plus de 400 représentants ont déjà signé le manifeste, venant d’institutions diverses, surtout du Brésil, mais également d’autres pays (Colombie, Pérou, Suriname, Guyane française, France, Belgique, Congo). Tout cela participe à la mise en visibilité de solutions pour une justice climatique, portées par une agriculture paysanne et agroécologique qui concerne des millions de personnes au Brésil comme dans le monde.
Carbone en Amazonie : quels leviers d’atténuation du changement climatique ?
Un événement intitulé « Carbone de la végétation et carbone du sol en Amazonie » a été accueilli sur le Pavillon de la collectivité territoriale de Guyane (CTG). L’objectif était de créer un espace de dialogue pour renforcer les partenariats régionaux, notamment entre la Guyane française et le Brésil sur les leviers d’atténuation du changement climatique dans les territoires forestiers amazoniens.
Laboratoires forestiers vivants : le rôle décisif des peuples autochtones et des communautés locales
Sur le pavillon France, Emilie Coudel, socioéconomiste au Cirad, a animé un événement portant sur la gouvernance des forêts tropicales sud-américaines. Trois exemples de « laboratoires forestiers vivants » ont été présentés, deux au Brésil et un au Guatemala. Ces initiatives reposent sur une vision de la science ancrée dans les territoires et surtout collaborative : les peuples autochtones et communautés locales sont intégrés dès le départ dans ces projets de recherche.
Pour le Brésil, les discussions ont porté sur deux laboratoires vivants qui viennent d’être lancés dans le cadre du projet Capoeira (Centre Avancé de recherche sur la Restauration socioécologique en Amazonie, coordonné par l’Embrapa et avec la participation du Cirad). Ces laboratoires vivants permettent de pérenniser les collaborations existantes depuis une dizaine d’années dans deux territoires amazoniens. Lívia Navegantes Alves et Rosileia Carvalho (UFPA) ont abordé les contributions du projet Sustenta & Inova dans la région autour de Belém, notamment avec la formation de leaders agroforestiers. Beatriz Abreu dos Santos (Université de Brasilia) a présenté les récentes avancées du collectif des Gardiens du Bien-Vivre, un mouvement social de jeunes amazoniens et amazoniennes qui défendent un autre mode de vie pour le territoire du Lago Grande, dans la région de Santarém.
Pour le Guatemala, il a été question du projet ConForMa, qui s’intéresse au niveau de conservation extraordinaire des forêts communautaires de la Réserve de la Biosphère Maya au nord du pays. Financé par le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM), ce projet est coordonné par Marie-Ange Ngo Bieng, écologue au Cirad. Avec Teresita Chinchilla, directrice technique de l’association des communautés forestières du Petén, elles ont présenté ce modèle inspirant pour montrer comment la recherche française peut s’associer aux communautés et peuples autochtones afin d’innover dans la préservation des forêts d’Amérique tropicale.
Ces travaux, au Brésil comme au Guatemala, font directement écho à la forte présence de représentants des communautés indigènes et des peuples autochtones lors de cette COP30. Ils y ont d’ailleurs revendiqué des droits à recevoir des paiements pour services environnementaux, afin de soutenir leurs actions de protection de la forêt, considérée comme un bien commun.