COP biodiversité et COP climat : l’agriculture, cause ou solution face aux enjeux globaux ?
Événement8 octobre 2026
La COP17 sur la biodiversité se tiendra du 19 au 30 octobre 2026 à Erevan, en Arménie, suivie de la COP31 sur le climat du 9 au 20 novembre 2026, à Antalya, en Turquie. L’agriculture fait désormais partie des secteurs impliqués dans ces instances internationales. Elle est souvent pointée comme cause des changements climatiques et du déclin de la biodiversité, elle en est également victime, tout en faisant aussi partie des solutions face à ces enjeux. Le CIRAD sera de nouveau présent à ces aux grands rendez-vous internationaux et contribuera à éclairer les discussions sur les interactions entre agriculture, biodiversité, climat et santé, en s’appuyant sur des résultats scientifiques concrets en lien avec les enjeux négociés.
37 % des émissions de gaz à effet de serre proviennent des systèmes alimentaires, et si on continue dans les modèles de production actuels, elles pourraient atteindre 65 % en 2050 (GIEC, 2022). L’impact du changement d’usage des sols, de l’intensification agricole ou de l’utilisation des pesticides sur la biodiversité et le climat n’est plus à démontrer. Cependant, les questions agricoles n’ont été ajoutées que tardivement à l’agenda des COP climat et biodiversité.
Les résultats scientifiques confirment le potentiel d’atténuation unique de l’agriculture et plus généralement du secteur des terres (incluant les forêts et les milieux naturels) pour réduire leurs émissions de gaz à effets de serre et séquestrer du carbone dans les sols et la biomasse. Des pratiques agroécologiques ont la capacité de diminuer l’usage de pesticides de synthèse. Des modèles de gouvernances inclusifs peuvent permettre de concilier préservation des écosystèmes et production agricole, pour garantir la sécurité alimentaire des communautés. Le CIRAD travaille avec ses partenaires sur ces stratégies plus durables, afin de favoriser l’adaptation au changement climatique et son atténuation des agricultures des Suds et une meilleure préservation et valorisation de la biodiversité dans les systèmes agricoles.
Le CIRAD à la COP17 biodiversité
La COP biodiversité de cette année est importante, car elle intervient à un moment où il ne s’agit plus de se fixer des objectifs, mais surtout de regarder très concrètement où on en est, et comment accélérer l’action.
Servane Baufumé
Chargée d’affaires internationales et de capitalisation scientifique
La COP17 biodiversité fera notamment le bilan des progrès dans la mise en œuvre du le cadre mondial pour la biodiversité de Kunming — Montréal (KMGBF), adopté en 2022 par 196 pays membres. Un premier rapport, inédit, a été rendu cet été et conclut qu’il est crucial d’accélérer l’action. Les pays membres seront donc amenés lors de cette COP17 à identifier les actions concrètes qui fonctionnent, les points faibles, les lacunes, afin de prendre des décisions qui permettront d’atteindre ou revoir les objectifs qui étaient fixés par le Cadre Mondial à l’horizon 2030.
Le CIRAD sera présent à la COP17 biodiversité pour souligner comment la conservation, la restauration et la mobilisation de la biodiversité peuvent contribuer tant à la préservation des écosystèmes qu’à la sécurité alimentaire mondiale, contribuant ainsi au recul de la pauvreté.
Délégation du CIRAD à la COP17 biodiversité :
Servane Baufumé, chargée d’affaires internationales et de capitalisation scientifique
Selim Louafi, directeur général délégué adjoint à la recherche et à la stratégie
Charles Doumenge, chercheur spécialiste en écologie des forêts tropicales et en conservation de la biodiversité
Charlotte Hourdin, secrétaire exécutive de l’Initiative PRETAG
Concernant la COP climat, l’heure de la mise en œuvre a sonné ! Suite aux accords de Paris à la COP21, après plusieurs années dédiées à la négociation, à la définition de nouveaux cadres d’action et aux engagements, il y a désormais une volonté de passer à des actions concrètes, mesurables et vérifiables. Il s’agit, notamment d’accélérer la réduction des gaz à effets de serre, de renforcer l’adaptation aux effets du changement climatique et de mobiliser les financements nécessaires à leur mise en œuvre.
Vincent Blanfort
Agro-écologue et chargé de mission changement climatique
La transition vers des systèmes alimentaires durables et une agriculture juste fait désormais partie de l’agenda climatique. Lors de la COP31, le secteur de l’agriculture s’appuie sur les négociations du travail conjoint de Sharm el-Sheikh, qui va se terminer cette année. L’objectif est d’aboutir à des décisions formelles sur la mise en œuvre d’actions concrètes en faveur de l’agriculture et de la sécurité alimentaire.
Le CIRAD sera présent à la COP31 climat pour apporter des réponses intégrées et durables pour améliorer dans des délais courts la productivité, la résilience et le bilan carbone des systèmes de production et de transformation.
Délégation du CIRAD à la COP31 climat :
Vincent Blanfort, agro-écologue et chargé de mission changement climatique
Emma Jagu Schippers, chercheuse économiste du climat
Marie Hrabanski, chercheuse en Politique publique sur le changement climatique (à distance)
Désertification, biodiversité, climat : trois conventions, trois enjeux, mais un même défi
COP désertification, COP biodiversité, COP climat… Les enjeux environnementaux sont aujourd’hui discutés dans trois conventions différentes, mais tous les acteurs de terrain s’accordent pour souligner qu’ils sont étroitement liés. Agricultrices et agriculteurs, communautés locales, territoires, villes et Etats sont aujourd’hui confrontés en parallèle à des problèmes liés au changement climatique, à la sécheresse, au déclin de la biodiversité et à l’érosion des sols. L’enjeu de cette année est donc également d’initier le renforcement des synergies entre les trois COP pour mieux coordonner les réponses face aux crises environnementales qui se multiplient.
Les recherches du CIRAD mettent en évidence des solutions concrètes pour agir de manière intégrée en faveur du climat, de la biodiversité et des terres, en générant des bénéfices communs plutôt qu’en traitant ces enjeux séparément et parfois en générant des antagonismes.
Les scientifiques du CIRAD ont fait un retour sur la COP désertification et présenté les principaux enjeux des prochaines COP lors d’un point presse en ligne.
Quelles solutions peut proposer l’agriculture face aux enjeux environnementaux ?
Le CIRAD s’engage à travers de nombreux projets dans le monde visant une meilleure durabilité et résilience des systèmes alimentaires.
Le pastoralisme comme solution face aux défis environnementaux
Un axe particulièrement intéressant actuellement est la convergence des recherches du CIRAD autour d'une approche intégrée élevage–climat–biodiversité–terres. Le CIRAD présente désormais le pastoralisme non seulement sous l'angle de la production animale, mais comme un socio-écosystème : mobilité des troupeaux, carbone des sols et de la végétation, biodiversité, restauration des terres, sécurité alimentaire et politiques publiques. C'est précisément l'approche portée en 2026 lors de l'Année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux.
En 2026, les parcours et les éleveurs pastoraux sont à l’honneur à l’occasion de l’Année internationale des Nations unies. Une initiative inédite qui met en lumière leur rôle et savoir-faire au cœur des défis mondiaux : changement climatique, biodiversité, sécurité alimentaire et justice sociale.
Les sociétés pastorales participent à la durabilité des systèmes alimentaires mondiaux, mais les systèmes pastoraux sont aujourd’hui menacés. Le projet PRAPS 2 vise à renforcer la résilience des pasteurs dans le Sahel.
Le projet Praps-2 vise à renforcer la résilience des pasteurs et des agropasteurs dans certaines zones ciblées de la région du Sahel. Il intervient dans la continuité du projet Praps-1, projet structurant d’enjeux de recherche-développement sur les systèmes agropastoraux au Sahel et en Afrique de l’Ouest (phase 1 : 2015-2021- phase 2 : 2022-2027).
Le projet One Limpopo One Health intègre des enjeux de santé humaine, animale et environnementale. Il explore quel type de biodiversité peut être maintenue dans la zone tampon du parc national du Limpopo, au Mozambique, en parallèle des pratiques agricoles et comment cela influe sur le bien-être des populations. Il a pour objectif de définir avec les acteurs locaux des modes de gestion adaptées à ce territoire particulier, où coexistent maraîchage, agriculture pluviale et élevage extensif.
Réduire les pesticides
Face aux impacts des pesticides de synthèse sur la santé humaine, la biodiversité et les ressources naturelles, l’initiative PRETAG propose une feuille de route pour réduire l’usage des pesticides et accompagner une transition vers des systèmes agricoles plus durables.
Face aux impacts des pesticides de synthèse sur la santé humaine, la biodiversité et les ressources naturelles, la réduction de leur usage et l’arrêt des pesticides les plus dangereux constitue un enjeu majeur pour les agricultures tropicales. Dans un nouveau policy brief, le CIRAD, à travers l’initiative PRETAG, propose une feuille de route pour accompagner une transition vers des systèmes agricoles plus durables.
En Martinique, par exemple, le projet ECOPHYTO PUMAT a étudié les conditions permettant de réduire la dépendance du maraichage antillais aux produits phytopharmaceutiques.
Le projet ECOPHYTO PUMAT - Pour un maraîchage attractif en Martinique - a étudié les conditions permettant de réduire la dépendance du maraîchage antillais aux produits phytopharmaceutiques, tout en préservant la viabilité économique des exploitations. Porté par le CIRAD avec ses partenaires, il a permis d'analyser les pratiques des producteurs, les attentes des consommateurs et les dynamiques qui structurent les filières maraîchères. Suite à des enquêtes de terrain menées auprès de plus de 400 exploitations agricoles et plus de 500 consommateurs martiniquais, le projet vient de rendre ses conclusions. Elles mettent en lumière les possibilités de transition agroécologique sous réserve d’engager tous les acteurs de la filière à lever les freins actuels.
Conserver et intégrer de la diversité au champ face aux changements climatiques
Certaines plantes, comme le sorgho, céréale particulièrement résistante au changement climatique et cultivée principalement en Afrique, attirent de plus en plus l’attention de la recherche et des agriculteurs en France et dans le monde.
L’été caniculaire de cette année a pesé sur les plantations de maïs en France hexagonale. Les éleveurs en autoproduction fourragère devront piocher dans les stocks cet hiver, voire devront acheter leur fourrage. Des plantations de sorgho, qui nécessitent en moyenne 30 % d’eau en moins, auraient-elles pu mieux s’en sortir ? Et pourrait-on imaginer l’avènement d’une filière sorgho française aussi pour l’alimentation humaine ?
Les associations de cultures, ou encore l’agroforesterie, représentent quant à eux un potentiel important de transformation durable des systèmes alimentaires et constituent un levier majeur pour renforcer la sécurité alimentaire mondiale.
Fondée sur des données issues de 60 pays, une méta-analyse de grande ampleur, menée par des scientifiques du Cirad et parue dans la revue Nature Sustainable Agriculture, démontre le potentiel pas assez exploité des associations de cultures. Cette pratique agricole apparaît comme un levier majeur pour renforcer la sécurité alimentaire mondiale dans un contexte de contraintes foncières et climatiques croissantes.
Alors que les pays du monde entier s'efforcent de réduire leurs émissions de carbone, une nouvelle étude scientifique publiée dans Nature Climate Change souligne le potentiel inexploité de l'agroforesterie dans la lutte contre le changement climatique et propose des pistes pour y remédier. Cette étude a été conduite par un groupe d’experts internationaux, coordonné par The Nature Conservancy (TNC), avec la participation du Cirad.
La diversité des cultures joue globalement un rôle central dans la résilience des paysans des zones arides, car elle stabilise la production agricole face à la variabilité du climat.
Ce lundi 21 avril débute à Meknès le Salon international de l'agriculture au Maroc (SIAM). L’occasion pour le Cirad d’échanger avec ses partenaires sur les problématiques communes à l’agriculture méditerranéenne. Parmi les questions abordées : la diversité cultivée, source de résilience des agro-écosystèmes face aux changements climatiques. On en parle avec Salama El Fatehi, chercheuse à l’Université Abdelmalek Essaadi de Larache et membre du projet ARISER sur la circulation des semences en zones semi-arides.