Maraîchage aux Antilles : quels leviers pour réduire le recours aux pesticides ?

Science en action 14 septembre 2026
Le projet ECOPHYTO PUMAT - Pour un maraîchage attractif en Martinique - a étudié les conditions permettant de réduire la dépendance du maraîchage antillais aux produits phytopharmaceutiques, tout en préservant la viabilité économique des exploitations. Porté par le CIRAD avec ses partenaires, il a permis d'analyser les pratiques des producteurs, les attentes des consommateurs et les dynamiques qui structurent les filières maraîchères. Suite à des enquêtes de terrain menées auprès de plus de 400 exploitations agricoles et plus de 500 consommateurs martiniquais, le projet vient de rendre ses conclusions, qui met en lumière les possibilités de transition agroécologique sous réserve d’engager tous les acteurs de la filière pour lever les freins actuels.
Production de laitue sur parcelles irriguées. © L. Parrot, CIRAD
Production de laitue sur parcelles irriguées. © L. Parrot, CIRAD

Production de laitue sur parcelles irriguées. © L. Parrot, CIRAD

Porté par le CIRAD, en partenariat avec INRAE, la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DAAF), la Chambre d’Agriculture, l’Institut Technique Tropical (IT2), l’Université des Antilles et l’association TANOU BIO, le projet montre que la réduction du recours aux produits phytopharmaceutiques ne repose pas sur une solution unique. Elle suppose de combiner des pratiques agricoles adaptées aux conditions locales avec un accompagnement technique, une organisation du travail appropriée et des conditions économiques permettant aux producteurs d’engager cette transition.

Une transition agroécologique qui reste confrontée aux réalités économiques

En Martinique, la production locale de fruits et légumes ne couvre qu’environ 40 % des besoins de la population, tandis que 90 % des calories consommées sont importées. Dans le même temps, les enquêtes conduites dans le cadre du projet montrent une forte attente des consommateurs en faveur de produits locaux, avec une attention portée à leur mode de production et à leur prix.

Dans les filières légumières de Martinique et de Guadeloupe, le recours aux produits phytopharmaceutiques est inférieur à la moyenne nationale. En Martinique, les ventes de produits phytopharmaceutiques, toutes filières confondues, ont diminué de 9,4 % en 2022. Le glyphosate demeure toutefois la substance active la plus vendue.

Les enquêtes conduites auprès de plus de 400 exploitations maraîchères montrent par ailleurs une grande diversité de situations. Près de la moitié des exploitations ayant plusieurs activités déclarent ne pas utiliser de produits phytopharmaceutiques de synthèse. Cette proportion est de 23 % dans les exploitations produisant principalement pour leur propre consommation et de 19 % dans les grandes exploitations.

Dans plus de la moitié des exploitations étudiées, les producteurs combinent aujourd’hui différentes pratiques agricoles, associant notamment pratiques agroécologiques et recours à des produits phytopharmaceutiques.

Ces résultats illustrent une réalité importante : la transition ne consiste pas nécessairement à opposer pratiques agroécologiques et produits phytopharmaceutiques, mais à faire évoluer progressivement les systèmes de production en privilégiant, lorsque cela est possible, des stratégies préventives et des combinaisons de pratiques adaptées aux contraintes locales.

Des leviers techniques à combiner

Les travaux du projet PUMAT montrent que plusieurs pratiques peuvent contribuer à réduire le recours aux produits phytopharmaceutiques de synthèse. Parmi les leviers identifiés figurent notamment le paillage, les rotations culturales et les mesures de prophylaxie, qui permettent d’agir en amont sur les conditions favorables au développement des bioagresseurs.

Le recours à certaines solutions alternatives, notamment des produits d’origine naturelle ou des solutions de biocontrôle lorsque celles-ci sont adaptées aux cultures et aux bioagresseurs concernés, peut également contribuer à cette évolution.

L’enjeu est ainsi de construire des combinaisons de pratiques permettant de limiter la pression des bioagresseurs et de réduire le recours aux produits phytopharmaceutiques, sans transférer cette réduction vers une augmentation excessive du temps de travail ou des coûts de production.

Les résultats du projet PUMAT confirment que la réduction de la dépendance aux produits phytopharmaceutiques dans le maraîchage antillais doit être envisagée à l’échelle des systèmes de production, des filières et des cadres d’action publique. Les travaux identifient des combinaisons de pratiques à adapter aux conditions locales et soulignent l’importance du travail, de la formation, de l’information partagée, des débouchés et de l’action collective.

Laurent Parrot
Chercheur au CIRAD

Les producteurs ne peuvent pas porter seuls le coût de la transition

Au-delà des solutions techniques, le projet met en évidence le poids déterminant des conditions économiques dans la capacité des exploitations à faire évoluer leurs pratiques.

Les exploitants interrogés déclarent pour la très grande majorité de faibles revenus agricoles : 95 % déclarent un revenu mensuel agricole inférieur à 1 500 euros, dont 71 % inférieur à 1 000 euros.

Dans ce contexte, une évolution des pratiques agricoles ne peut être durable que si elle reste compatible avec les capacités économiques et organisationnelles des exploitations.

Réduire le recours aux produits phytopharmaceutiques implique donc de sécuriser la transition pour les producteurs, en agissant simultanément sur plusieurs leviers : accompagnement technique, accès à des équipements adaptés, formation, débouchés, rémunération des produits et des pratiques agroécologiques, et organisation collective des filières.

Agir à l’échelle de l’ensemble de la filière

Les résultats d’ECOPHYTO PUMAT montrent ainsi que la réduction du recours aux produits phytopharmaceutiques constitue autant un enjeu technique qu’économique et collectif.

Les producteurs doivent pouvoir disposer de solutions adaptées aux réalités du maraîchage antillais, mais également bénéficier de conditions leur permettant de prendre le risque de faire évoluer leurs pratiques.

La transition agroécologique ne pourra donc pas reposer sur les seuls agriculteurs. Elle nécessite une mobilisation de l’ensemble des acteurs des filières – producteurs, accompagnateurs techniques, acteurs de la recherche, organisations professionnelles, distributeurs, transformateurs, pouvoirs publics et consommateurs – afin de créer les conditions d’une évolution durable des systèmes de production et d’une meilleure répartition de la valeur ajoutée au sein des filières.

Références
Rapport final ECOPHYTO PUMAT - Pour un maraîchage attractif en Martinique, CIRAD et partenaires.
Luis, C., Aubert, M. et Parrot, L. (2026). « Quelle agroécologie dans les systèmes de production maraîchère ? Analyse typologique des exploitations agricoles aux Antilles françaises ». Cahiers Agricultures, 35, 14. DOI : https://doi.org/10.1051/cagri/2026013