Résultats & impact 20 avril 2026
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Nouvelles avancées face à la maladie qui menace le manioc en Amazonie
Plant de manioc infecté par la maladie du balai de sorcière. Symptômes apparents sur certaines feuilles. © M. Chen, Cirad
L’essentiel
- La maladie du balai de sorcière sur manioc est présente sur l’ensemble du territoire guyanais, mais avec des variabilités importantes selon les zones.
- Des facteurs locaux influencent la propagation de la maladie, et notamment certaines pratiques agricoles. Par exemple, une culture de manioc plantée plus de trois mois après le brûlis serait associée à une réduction du risque, d’après les premières analyses.
- Au-delà du manioc, le cacao est aussi menacé. Les deux sont des cultures majeures pour la Guyane. Des collaborations scientifiques sont en cours avec le Suriname et le Brésil, également concernés par la crise.
« En Guyane ainsi qu’au Brésil, la pénurie actuelle de manioc bouleverse les habitudes alimentaires de nombreuses communautés, pour qui cette racine fait partie du quotidien. Les agriculteurs observent une baisse sensible de leurs revenus en cas de contamination de leurs champs. Il devient urgent de trouver des solutions, et ce premier travail est un pas important vers des stratégies de lutte contre la maladie. »
Abdoul-Raouf Sayadi Maazou est généticien au Cirad, coordinateur scientifique du projet DECODE, pour « Détection précoce et Réponse rapide : Maladie du balai de sorcière du Manioc ». En 2024, le Cirad a été mandaté par la Direction générale de l’Alimentation pour documenter la crise et réaliser une première analyse de risque en Guyane. Le pathogène suspecté étant responsable d’une maladie grave dans des plantations de cacaoyers en Asie du Sud-Est, les scientifiques se sont également penchés sur les risques pour le cacao guyanais.
Certaines régions plus touchées que d’autres
En moins d’un an, les équipes scientifiques ont récolté des données issues de 47 exploitations agricoles réparties sur treize communes du territoire, telles que : Saint-Georges, Apatou, Iracoubo, ou encore Maripasoula et Saint-Laurent-du-Maroni. Sur 600 échantillons analysés, 153 se sont révélés positifs, c’est-à-dire contaminés par le pathogène. Les résultats attestent d’une variabilité régionale de l’épidémie, avec des zones plus touchées que d’autres, notamment le nord du Littoral : Mana, Iracoubo et Sinnamary.
« La plupart du temps, les échantillons positifs correspondaient à des plantes qui présentaient des symptômes, détaille Abdoul-Raouf Sayadi Maazou. Cependant, quelques plantes se sont révélées asymptomatiques. Cela va nous pousser à développer des outils de détection rapide aussi pour des plantations qui semblent saines. »
Des pratiques agricoles plus à risque que d’autres ?
Les premières analyses indiquent que des facteurs locaux, environnementaux, climatiques ou agronomiques, influencent l’incidence de la maladie au champ. Sur les pratiques agricoles en elles-mêmes, le délai entre le brûlis et la plantation apparaît comme un facteur de risque. Les parcelles qui présentaient des niveaux d’incidence du pathogène supérieurs étaient souvent celles plantées moins de trois mois après avoir été brûlées.
Une couverture du sol moins importante semble également favoriser la maladie. La présence de mauvaises herbes a été associée à une incidence plus faible, suggérant un rôle de barrière ou de dilution vis-à-vis du champignon. « Des études supplémentaires vont être nécessaires pour clarifier ces premiers résultats, souligne le chercheur. D’autres variables peuvent entrer en compte, comme l’âge de la parcelle. »
Les risques sur le cacaoyer
Le champignon responsable de l’épidémie en Guyane est aussi responsable du « dépérissement vasculaire du cacaoyer », une maladie qui décime les plantations en Asie du Sud-Est. Or l’Amérique du Sud est le berceau de toutes les espèces de cacaoyers, du nom latin Theobroma cacao. Le territoire guyanais, par exemple, abrite une collection vivante de cacaoyers regroupant plus de 1600 arbres, entre différentes variétés de cacaoyers et quelques espèces voisines. Il s’agit du Centre de ressources biologiques des plantes pérennes de Guyane (CRB-PPG), géré par le Cirad.
Dans le cadre du projet DECODE, le CRB-PPG a ainsi fourni quelques plants de cacaoyers, afin de tester le risque de transmission du manioc au cacaoyer. Les arbres ont été plantés à proximité de plants de manioc malades dans trois champs infectés.
« Des cacaoyers ont été testés positifs dans deux de ces trois champs, révèle Abdoul-Raouf Sayadi Maazou. Cela indique une transmission possible, cependant nous n’en sommes pas encore certains. Nous ne savons pas non plus si les souches du pathogène présent en Guyane provoquent ensuite des maladies chez nos cacaoyers. »
Le chercheur recommande la prudence en attendant de nouvelles analyses : « tant que la transmission de l'agent pathogène n'aura pas été clarifiée, il convient d'éviter de planter du manioc à proximité des plantations de cacao ». D’autres plantes cousines du cacaoyer, comme le cupuaçu, culture importante dans la région, et l'avocat, sont également concernés.
Collaborer pour lutter contre l’épidémie, en Guyane et en Amazonie
Les résultats acquis au cours de cette année passée constituent une base pour les activités de surveillance et de gestion de la maladie en Guyane. Les premiers acteurs concernés sont évidemment les communautés locales et les agriculteurs, ceux-là mêmes qui ont participé au réseau de parcelles échantillonnées pour le projet DECODE.
En Guyane, de nombreux organismes sont engagés dans la lutte contre la crise. La FREDON Guyane notamment a été très impliquée depuis le début de l’épidémie. Ses agents surveillent le territoire et participent directement à la collecte de données utiles pour l’analyse de risque dans le cadre des projets DECODE et DECODE+.
À l’échelle de l’Amazonie, le territoire guyanais est déjà en étroite relation avec des partenaires scientifiques et agricoles du Brésil, du Suriname et de la Colombie. Les futurs travaux autour de la maladie, dont le projet INTEREG PCIA, permettront la réalisation d'activités conjointes de recherche entre les équipes françaises et amazoniennes. Plusieurs centres de l’EMBRAPA (Brésil), seront ainsi impliqués. L'Alliance Bioversity CIAT (Colombie), qui a identifié l'agent pathogène responsable de la maladie du balai de sorcière et qui possède une vaste expérience du manioc, est également un partenaire de taille dans cette épidémie.