Océan indien occidental : miser sur la recherche pour renforcer les échanges économiques régionaux

Résultats & impact 20 avril 2026
Entre La Réunion, Mayotte, Maurice et Madagascar, les flux commerciaux restent très faibles. Le potentiel économique d’une meilleure intégration régionale est pourtant avéré, notamment dans le domaine agricole. La recherche agronomique, à ce titre, doit servir de levier pour développer et diffuser les innovations, améliorer la structuration des filières, mais aussi pour renforcer les coopérations entre le secteur public et le secteur privé.
Présentation de variétés améliorées de riz lors d'une foire agricole à Madagascar
Présentation de variétés améliorées de riz lors d'une foire agricole à Madagascar

Présentation de variétés améliorées de riz lors d'une foire agricole. Le développement du riz pluvial en zones de plaines permet de répondre à la saturation des bas-fonds et d’améliorer la sécurité alimentaire à Madagascar © AIM Madagascar

L’essentiel

  • Sur l’ensemble des échanges de biens au niveau global, la part strictement échangée entre les quatre îles (La Réunion, Mayotte, Maurice et Madagascar) de l’océan Indien occidental est estimée à moins de 3%. Ces îles dépendent davantage des importations venant de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique du Nord.  Cette dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs a un coût important pour la région, notamment en matière de sécurité alimentaire. 
  • La région dispose pourtant de vastes ressources exploitables et d’un fort potentiel agricole. Renforcer les échanges économiques dans la région est à portée de main.

Renforcer les filières agricoles de la région : c’est l’une des priorités identifiées pour booster les échanges économiques entre Madagascar, Mayotte, Maurice et La Réunion. Le 8 avril à Madagascar, suite à une étude réalisée sur la situation des échanges dans la région, des représentants institutionnels, économiques et scientifiques issus des quatre îles se sont réunis pour discuter des leviers opérationnels.

La recherche est rapidement apparue comme un élément structurant dans le développement des systèmes agricoles. Jean-Marc Bouvet, directeur régional du Cirad à Madagascar, a pu détailler : « la recherche nous permet d’une part d’imaginer et de tester des solutions concrètes face aux problématiques rencontrées par les acteurs des filières. Dans un second temps, et de par la manière dont nous travaillons, nous créons et nous renforçons des réseaux de coopération entre différents acteurs, à différents niveaux des chaînes de valeur, incluant les acteurs publics et privés ». 

Une baisse des échanges intrarégionaux, déjà très faibles ?

Selon une récente étude, la part des échanges de biens entre les îles de l’océan Indien occidental reste limitée, voire tend à diminuer, passant de 2,69 % en 2015 à 2,31 % en 2024. Ce recul souligne les limites actuelles de l’intégration économique régionale, malgré la proximité géographique des territoires concernés.

Ces résultats sont le fruit d’une analyse conduite par le cabinet EY, en partenariat avec plusieurs chambres de commerce (La Réunion, Mayotte, France-Madagascar, France-Maurice) et le Club Export Réunion. Ces travaux ont été soutenus par l’Agence française de développement (AFD), via le Fonds d’expertise technique et d’échanges d’expériences (FEXTE) financé par la Direction générale du Trésor.

Capitaliser sur un potentiel agricole déjà établi

Madagascar est souvent présenté comme le grenier promis de la région. Le pays dispose en effet de vastes ressources foncières, des ressources humaines et une concentration des activités locales sur l’agriculture propice à un développement du secteur. Toutefois, ce potentiel reste contraint : difficulté d’accès au foncier, érosion du sol, problèmes d’irrigation, ravageurs des cultures, changement climatique, etc. Des problématiques que la recherche contribue à mieux comprendre et à gérer.

Le cas du riz illustre bien ces enjeux. La culture est essentielle pour l’alimentation dans la région, et pousse très bien dans de nombreuses zones du pays. Pourtant, la saturation des bas-fonds, liée notamment au morcellement progressif des terres, limite aujourd’hui les possibilités d’expansion. Le développement des cultures vers les zones de plaines, ou tanety, apparaît comme une alternative, mais implique de s’adapter à des conditions plus exigeantes, notamment en termes de climat et d’altitude. Dans ce cadre, le Cirad et ses partenaires travaillent à la mise au point de variétés de riz adaptées à ces environnements, contribuant ainsi à repousser les limites des surfaces cultivables.

Au-delà des cultures elles-mêmes, la structuration du tissu agricole constitue un autre levier essentiel. À Madagascar, les exploitations familiales assurent près de 75 % de la production alimentaire. Leur résilience est donc déterminante, non seulement pour la souveraineté alimentaire, mais aussi pour l’intégration aux marchés régionaux.

Les travaux du Cirad s’inscrivent pleinement dans cette perspective, en privilégiant une approche ancrée dans les réalités locales. L’enjeu est d’améliorer durablement la productivité et la stabilité des exploitations, afin de créer les conditions d’une meilleure insertion dans les dynamiques commerciales régionales. La pertinence de cette approche a été réitérée par la représentante de l’Agence française de développement, Anne-Sixtine Vialle Guerin, ayant également participé à l’atelier d’échanges. 

Rapprocher recherche et secteur privé

Le développement de chaînes de valeur régionales repose nécessairement sur une meilleure connexion entre innovation, transformation des produits et accès aux marchés. La question du lien entre recherche et secteur privé apparaît donc comme centrale, car l’adoption d’une innovation à l’échelle d’une filière doit convaincre l’ensemble des maillons de la chaîne.

Le Cirad cherche à affirmer cette posture à travers différents dispositifs à La Réunion et à Madagascar, des réseaux de recherche (dP OH-OI, dP BIOCONTRÔLE...), ou encore des projets intersectoriels tels que les INTERREG ITALIQ, GERMINATION, G-OPTIMIZ, le DeSIRA+OI… L’institution soutient également des initiatives capables de transformer les avancées scientifiques en opportunités économiques concrètes, en participant à des plateformes de recherche public-privé telle que la PréRAD-OI.

Les représentants de la French Tech, de la CCIFM, du GOTICOM, de Malakass, de l’AFD et du CIRAD lors de l’atelier de mise en route de la stratégie de renforcement des échanges en Océan indien occidental © M, Rananja, Cirad

Les représentants de la French Tech, de la CCIFM, du GOTICOM, de Malakass, de l’AFD et du CIRAD lors de l’atelier de mise en route de la stratégie de renforcement des échanges en Océan indien occidental © M, Rananja, Cirad

Les initiatives en cours témoignent d’une prise de conscience croissante du potentiel économique que revêt une bonne intégration régionale dans l’océan Indien occidental. Le renforcement des filières agricoles, l’innovation scientifique et la coopération entre acteurs publics et privés apparaissent comme des leviers complémentaires pour impulser cette nouvelle dynamique. À moyen terme, l’enjeu sera de transformer ces intentions en actions concrètes et coordonnées. De cette capacité dépendra la construction d’un espace économique régional plus intégré, mais aussi plus résilient et compétitif face aux défis à venir.