L'agriculture, une affaire de femmes
Épisode 1 : Le travail invisible
En agriculture, comme dans d'autres domaines, il y a un type de travail qu'on a pour habitude de ne pas compter. Il s'agit du travail domestique, que les économistes appellent « le travail reproductif ». Faire à manger pour tout le monde, garder un environnement de vie propre, s’occuper des malades… : toutes ces tâches, associées aux femmes, assurent la continuité du travail « productif », visible et assuré en majorité par… les hommes.
Au Ghana, l'agriculture concentre 40 % des actifs. Une équipe de scientifiques s'est intéressée aux emplois ruraux, en se posant une question simple : qui fait quoi ?
Premier résultat : le marché du travail est apparu comme segmenté en fonction du sexe des individus. Deuxièmement, sur les exploitations agricoles familiales, qui constituent la très grande majorité des exploitations, les femmes travaillent en moyenne plus que les hommes… à condition de comptabiliser le travail reproductif.
Avec :
- Pierre Girard, économiste au CIRAD, spécialisé sur la transformation des économies rurales
- Dzifa Torvikey, chercheuse à l’ISSER, un institut de recherche ghanéen en économie, sociologie et statistiques
Épisode 2 : Posséder sa terre
Êtes-vous en couple, séparée, veuve ? De votre réponse dépendra votre patrimoine foncier. C’est en tout cas vrai pour de nombreuses femmes malgaches qui, malgré le fait qu’elles contribuent aux activités agricoles au même titre que les hommes, ne bénéficient pas des mêmes chances quand il s'agit de posséder la terre.
À Madagascar, 84 % des ménages pratiquent l’agriculture. La terre est donc une ressource centrale qui concentre des enjeux économiques, sociaux, culturels…
Dans la région de Boeny, une équipe de recherche franco-malgache a enquêté sur le patrimoine foncier des femmes. Une tâche pas si aisée, car elle implique de se défaire de méthodes d'enquêtes bien rôdées et qui ont tendance à invisibiliser les femmes. Comme par exemple le « chef de ménage », la figure classique utilisée pour interroger les ménages…et qui s'avère être un homme dans la majorité des couples.
Avec :
- Salohy Rafanomezantsoa, doctorante-chercheuse au CIRAD et à AgroParisTech
- Emmanuelle Bouquet, économiste au CIRAD
Épisode 3 : Des femmes et des machines
Au Burkina Faso, la transformation agro-alimentaire représente entre 5 et 7 % du PIB. Le karité est le quatrième produit burkinabé le plus exporté à l'international. Mais c'est aussi une source d'emplois importante, et notamment d'emplois féminins : les femmes comptent pour 90 % de la main-d'œuvre dans ce secteur.
De 2020 à 2024, le projet BioStar a travaillé avec 16 PME burkinabés et sénégalaises pour développer la bioénergie au sein des unités de transformation. Des tests ont été conduits avec des équipements qui fonctionnent grâce aux résidus de la transformation agro-alimentaire, comme les coques d'anacarde. Les nouvelles machines sont plus performantes, moins pénibles à utiliser, et plus efficientes en termes de consommation d'énergie. Mais est-ce que l'ensemble des salarié.e.s en profitent ?
La réponse courte est : oui. En revanche sur certaines filières, les équipements sont rarement opérés par les femmes, qu'ils soient anciens ou nouveaux. Alors quoi, les femmes touchent aux produits, et les hommes touchent aux machines ? Est-ce si simple, dans un secteur majoritairement féminin, et dont les dirigeants sont aussi très souvent...des dirigeantes ?
Avec :
- Léa Fulloy, ingénieure en génie énergétique et environnement au CIRAD, spécialisée en bioénergies
- Kadidia Diallo, promotrice d'ANASAM BURKINA, une unité de transformation de la noix de cajou
Épisode 4 : Les femmes et la chasse, un enjeu de santé
Dans de nombreux pays, les ménages ruraux qui vivent près de zones forestières ou boisées chassent pour se nourrir. Pour ces populations, c'est une question de santé. En effet, la viande sauvage couvre une bonne partie de leurs besoins quotidiens en protéines. Mais la chasse, surtout lorsqu'elle est intensive, pose deux problèmes majeurs : une chute de la biodiversité, ainsi qu'un risque sanitaire élevé lié aux zoonoses, les maladies qui se transmettent de l'animal à l'être humain.
Les politiques publiques en ont conscience. Sauf que la plupart des enquêtes pourraient s'avérer en partie inutiles, puisqu'elles n'interrogent pas les femmes. Le cliché est tenace. Les hommes seraient les seuls à être en contact avec les animaux sauvages…
Dans la province de Houaphan, au nord du Laos, une équipe de scientifiques est allée interroger les ménages pour comprendre leurs pratiques de chasse. Alors, qui chasse ? Et après la chasse, qui prépare la viande ?
Avec :
- Alissia Lourme-Ruiz, économiste au CIRAD, spécialisée sur les conditions de durabilité des systèmes alimentaires
- Sayvisene Boulom, directeur du département d'économie rurale et de technologie alimentaire au sein de la Faculté d'agriculture, à l'Université nationale du Laos
Épisode 5 : Quand biodiversité rime avec beauté
En juillet 2026 en France, la délégation sénatoriale aux Outre-mer mentionnait la cosmétopée parmi les filières d'avenir pour les territoires ultramarins. En 2024, le marché d'export des cosmétiques français pesait pour 22,5 milliard d'euros. Si la cosmétopée représente une petite partie de ce marché, l'intérêt croissant pour les ingrédients naturels et les ressources végétales pourrait bien faire exploser la demande d'ici les prochaines années.
La cosmétopée est à la cosmétique ce que la pharmacopée est aux médicaments. Cela regroupe les plantes utilisées à des fins cosmétiques, mais aussi tout un ensemble de savoirs traditionnels. Or dans nos sociétés, la beauté et le soin sont des questions que l'on destine souvent aux femmes. Faut-il donc en conclure que les femmes sont les seules détentrices de ces savoirs ?
En 2022, le réseau français « Cosmétopée ultramarine » est né de l'ambition de soutenir la construction de filières durables. Si les femmes sont pour l'instant largement majoritaires au sein des ateliers animés par ce réseau, les initiatives semblent partagées entre hommes et femmes.
Avec :
- Alba Zaremski, chercheuse en biologie au CIRAD, spécialisée sur les interactions entre les arbres et leurs agresseurs biologiques
- Addie Burton, chimiste cosmétique et dirigeante de S. Bio Group, une entreprise de consulting sur la science et la réglementation cosmétique. Elle est également la cofondatrice et présidente de Cariscos, premier réseau de scientifiques cosmétiques de la Caraïbe