One Health : des crises sanitaires évitées… et des économies à hauteur de 99 %

Results & impact 18 September 2026
Prévenir plutôt que guérir coûte moins cher, tant en vies humaines qu’en conséquence financière. Toute prévention efficace passe nécessairement par des approches « Une seule santé » dites « One Health », qui s’appuient sur les interconnexions qui fondent le monde vivant. Depuis la pandémie de la covid-19, les programmes One Health se multiplient à l’international. Selon les premiers résultats, le coût de ces nouveaux systèmes de prévention est estimé… à 1 % du coût annuel des crises sanitaires évitées. Le CIRAD a participé au tout récent rapport technique de la FAO, de l’OMS et de l’OMSA.
Prélèvement d'échantillons et mesures auprès d'une colonie de chauves-souris au Zimbabwe
Prélèvement d'échantillons et mesures auprès d'une colonie de chauves-souris au Zimbabwe

Prélèvement d'échantillons et mesures auprès d'une colonie de chauves-souris au Zimbabwe. Les chauves-souris sont des réservoirs de virus parfois très dangereux pour les humains © A. Jimu

L’essentiel

  • Chaque année, les menaces sanitaires coûtent plusieurs milliards de dollars à l’échelle planétaire. Ces risques englobent les zoonoses telles que la covid-19, mais aussi les maladies animales qui déciment les élevages, les maladies de plantes qui détruisent les cultures, ou encore les conséquences de la surconsommation d’antibiotiques qui cause la hausse globale de l’antibiorésistance.
  • Investir dans la prévention représenterait moins de 1% du coût de la gestion et de l’impact des crises sanitaires à répétition, selon la Banque mondiale. Le financement des approches One Health reste malheureusement encore limité, et notamment à cause du manque de coordination entre les services de santé, les administrations ou les secteurs économiques concernés.
  • Le nouveau rapport technique de la FAO, de l’OMS et de l’OMSA détaille les opportunités de financement dans le One Health, et fait état des retours sur investissement colossaux déjà permis par plusieurs programmes mis en œuvre puis 2020. 

Pour la prévention des pandémies, la Banque mondiale chiffre les coûts annuels d’une approche One Health à environ 11 milliards de dollars à l’échelle planétaire. Cela représente moins de 1 % du coût encaissé pour répondre à la pandémie de 2020. 

Ces 11 milliards sont répartis sur différents secteurs, principalement agricoles ou liés à des activités « du vivant » : 2,1 milliards pour les services vétérinaires, 5 milliards de dollars pour la biosécurité agricole et entre 3,2 et 4,4 milliards de dollars pour réduire la déforestation dans les pays à haut risque. 

La prévention est un bien public mondial.

FAO, OMS, OMSA
Rapport technique, 2026

Un investissement infime, pour des bénéfices largement sous-évalués

Marisa Peyre est épidémiologiste au CIRAD et co-fondatrice de l’initiative internationale PREZODE. Elle a participé à la rédaction du rapport technique : « on a tendance à passer à côté des gains économiques liés à la prévention, justement parce que la prévention fonctionne. Les crises sanitaires sont évitées, et donc les bienfaits semblent invisibles. Pourtant les bénéfices sont là, et sont bien plus nombreux que ce qu’on imagine ». 

Les approches One Health sont efficaces là où des stratégies isolées sont insuffisantes. Et le « retour sur investissement » est souvent bien plus large que le problème initial. Le rapport met en exergue des exemples d’initiatives récentes dans le domaine. En Égypte, afin de réduire la pollution du Nil liée aux déchets de carcasses de poulets, la FAO a accompagné une collaboration publique-privée visant à promouvoir la transformation de carcasses en engrais par compostage, chez les agriculteurs. Ces derniers ont vu leurs bénéfices augmenter de 1,4 % par an. À l’échelle nationale, cela a représenté un bénéfice de 45,9 millions de dollars US chaque année. Mais au-delà de la réduction du risque de maladies transmises par cette pollution de l’eau, la productivité des cultures s’est améliorée et la dépendance aux engrais a diminué. Des « avantages indirects » que les scientifiques essaient désormais de mieux quantifier.

Des mécanismes de financement sectoriels et trop rigides

La prise en compte des interdépendances du monde vivant est ce qui fait l’originalité et la force du One Health, mais c’est aussi, paradoxalement, ce qui rend difficile son financement. Comme le note le rapport, « les secteurs concernés par l’approche One Health ont généralement des structures bien définies, dotées de mécanismes qui leur sont propres en matière de gestion, de budgétisation […] et d’analyse économique et financière ».

Or le One Health ne peut fonctionner que grâce à la coordination entre les secteurs de la santé, de l’agriculture, de l’environnement, notamment. Il manque encore cruellement des incitations institutionnelles et des mécanismes pensés pour la collaboration intersectorielle, et ce partout dans le monde.

Une maladie ne comprend pas les frontières, autant celles des pays que de nos secteurs économiques. Face à une épidémie, des investissements isolés dans des secteurs individuels s’avèrent souvent insuffisants, voire inutiles. La gestion de l’antibiorésistance en est un exemple frappant : la surconsommation d’antibiotiques est un problème pour la santé humaine, pour l’élevage, pour les consommateurs de produits animaux, pour les milieux pollués par les déjections des animaux elles-mêmes susceptibles de contenir des bactéries résistantes, et donc par extension pour toute activité humaine située à côté (souvent, du maraîchage ou toute culture annuelle, qui vont absorber les eaux polluées).

Si ces freins sectoriels peuvent sembler écrasants, le présent rapport les contourne cependant en dressant des scénarios d’investissement facilement envisageables. Surtout, il pointe une chose primordiale : la dynamique est déjà en marche. Des mécanismes de gouvernance collaborative existent déjà un peu partout, essentiellement au niveau local. La recherche tient la responsabilité de prouver la pertinence de ces dispositifs et de rendre leur mise en œuvre concrètes pour les décideurs publics. Reste aux acteurs concernés de supporter financièrement cette voie.

Mieux chiffrer le retour sur investissement pour mieux planifier

La FAO, le PNUE, l’OMS et l’OMSA ont fondé l'alliance quadripartite pour l'approche « Une seule santé ». Plusieurs communautés de pratique sont nées de cette alliance, dont l’une d’entre elles qui se spécialise sur le retour sur investissement de l’approche One health. 

Créée avec la Banque mondiale et le CIRAD, cette communauté de pratique vise à mieux planifier les investissements en améliorant les indicateurs économiques autour du One health. Le caractère trans-sectoriel de cette approche implique en effet de développer des méthodes d’évaluations adaptées, qualifiées d’holistiques, différentes des méthodes sectorialisées.

Le présent rapport technique est issu de cette communauté de pratique.