Science at work 14 January 2026
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- Agricultrices en Guyane et maladie du manioc
Maladie émergente du manioc : s’appuyer sur les savoirs des productrices guyanaises
Carmen K. (à droite), une agricultrice Bushinengue, montre à une conseillère agricole son abattis défriché par ses soins © M. Chen, Cirad
La Guyane consacre 7700 hectares à la culture de tubercules, essentiellement du manioc. Cela représente près de 20 % de la surface agricole utilisée. La production s’élève à environ 35 000 tonnes par an. Le poids de la filière est énorme pour la population guyanaise, autant d’un point de vue alimentaire qu’économique, assurant revenus, emplois et traditions agricoles.
En Guyane, on retrouve souvent une méthode d’agriculture sur brûlis : les abattis. Dans certaines communautés, en particulier les Bushinengue, les femmes jouent un rôle primordial dans les abattis. Elles gèrent les plantations et décident d’où et quand planter. S’intéresser aux maladies du manioc implique donc forcément de passer par ces interlocutrices incontournables, qui se transmettent les savoir-faire de génération en génération.
La maladie du balai de sorcière, causée par le champignon Rhizoctonia theobromae (syn. Ceratobasidium theobromae), a décimé de nombreuses plantations de manioc ces dernières années. Dans ce contexte, le Ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire a financé le projet DECODE, coordonné par le Cirad. DECODE vise à identifier les facteurs de risque du développement de la maladie, et à développer des solutions durables.
La culture du manioc est une activité centrale pour les femmes, notamment dans les communautés Bushinengue. Si une partie de leur récolte est destinée à l’alimentation du foyer, la revente du surplus (sous la forme de couac ou de farine) leur génère un revenu propre, renforçant leur indépendance vis-à-vis du salaire ou des aides du conjoint. Dans ces conditions, la maladie du balai de sorcière n’est pas simplement un problème alimentaire, mais aussi économique.
Face à la maladie, les activités des scientifiques du Cirad visent à développer des solutions agronomiques ainsi que des variétés tolérantes adaptées aux pratiques culturales et aux habitudes de consommation de ces femmes. Le manioc étant une culture d’abord vivrière, les préférences en termes de goût ou de texture sont essentielles pour les programmes de sélection variétale.
En Guyane, la diversité variétale du manioc est encore inconnue. Une première collecte d’environ 70 boutures, toutes de variétés différentes selon les dires des agriculteurs et des agricultrices, devrait bientôt être analysée dans le cadre d’un autre projet européen coordonné par le Cirad (ROTATES).