Vient de sortir 7 janvier 2026
- Accueil
- Les actualités du Cirad
- Actualités
- Perspective 70
Repenser l’agroforesterie en cacaoyère : mieux gérer les arbres déjà présents
L'équipe scientifique franco-ivoirienne s'est appuyé sur l’étude de 150 cacaoyères ivoiriennes pour évaluer les services rendus par les arbres présents au milieu des cacaoyers © Imagéo/Cocoa4Future
Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire a perdu plus de 90 % de sa couverture forestière. Pour répondre à cette crise et préserver la productivité des cacaoyères sur le long terme, les politiques publiques et initiatives privées ont largement encouragé l’agroforesterie, notamment à travers des programmes de plantation d’arbres à grande échelle. Pourtant, ces programmes ne suffisent pas à restaurer durablement la biodiversité ni à stocker le carbone.
Dans ce Perspective n°70, l’équipe franco-ivoirienne s’appuie sur l’étude de 150 cacaoyères ivoiriennes. Leur constat est clair : les cacaoyères abritent déjà une grande diversité d’arbres, souvent ignorée dans les stratégies actuelles. On y trouve trois grandes catégories d’arbres, en plus des cacaoyers :
- les arbres rémanents, conservés lors du défrichement initial,
- les arbres spontanés, issus de la régénération naturelle,
- les arbres plantés, introduits volontairement par les producteurs.
Chaque type d’arbre joue un rôle spécifique et complémentaire. Les arbres rémanents concentrent l’essentiel des stocks de carbone et préservent une biodiversité héritée des anciennes forêts. Les arbres spontanés, nombreux et à croissance rapide, assurent le renouvellement du couvert arboré et les futurs flux de carbone. Les arbres plantés, souvent fruitiers ou utilitaires, contribuent davantage aux revenus, à l’alimentation et aux bien-être des ménages agricoles.
Au-delà des bénéfices écologiques, tous ces arbres fournissent des services agronomiques essentiels pour la production de cacao : ombrage, régulation du microclimat et amélioration de la fertilité des sols. Leur bonne gestion dépend toutefois fortement des contextes socio-économiques, des droits fonciers, de l’appropriation des itinéraires techniques ou encore des connaissances botaniques des producteurs.
Services rendus par les arbres rémanents, spontanés et plantés (* valeurs attribuées par les cacaoculteurs)
| Arbres rémanents | Arbres spontanés | Arbres plantés | |
|---|---|---|---|
| Services agronomiques* | ++ | ++ | ++ |
| Biodiversité | ++ | + | - |
| Flux entrant de carbone | ? | ++ | - |
| Production de bois de construction* | ++ | ++ | - |
| Artisanat* | + | ++ | - |
| Stock de carbone | ++ | + | - |
| Fonctions culturelles | ++ | + | - |
| Médecine traditionnelle | ++ | + | ++ |
| Fonctions sociales | + | + | ++ |
| Sécurité alimentaire | - | + | ++ |
| Commerce de produits forestiers non-ligneux | - | - | ++ |
Les auteurs plaident ainsi pour une agroforesterie repensée, fondée non sur la seule plantation d’arbres, mais sur la reconnaissance, la protection et la valorisation des arbres existants, complétées par des plantations ciblées. Une telle approche permettrait de mieux concilier production de cacao, lutte contre le changement climatique et préservation de la biodiversité.
Des résultats issus du projet Cocoa4Future
Le projet Cocoa4Future (C4F) vise à développer des systèmes cacaoyers durables conciliant productivité, résilience climatique et préservation de la biodiversité. Les travaux sont conduits en Côte d’Ivoire et au Ghana, en partenariat avec le Cirad, l’Université Félix Houphouët-Boigny, l’INPHB et l’Université Nangui-Abrogoua. Les producteurs, les productrices et leurs organisations locales sont hautement impliqués dans les actions menées. C4F est financé par l’initiative européenne DeSIRA et l’Agence française de développement.