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Remettre le pastoralisme au cœur des politiques publiques
Ousmane est agropasteur au Sénégal, dans la région du bassin arachidier. Son système de production associe cultures et élevage, et repose sur la mobilité saisonnière des troupeaux pour tirer parti au mieux de la variabilité des ressources © Imagéo-Parry/Francin
Longtemps perçu comme marginal, le pastoralisme est pourtant pratiqué par plus de 500 millions de personnes dans une centaine de pays. Cette forme d’élevage transhumant se pratique dans des milieux peu propices aux cultures comme les steppes, savanes, prairies d’altitudes, forêts, toundras… Les parcours naturels couvrent au total 54 % de la surface terrestre, sous toutes les latitudes.
Dans une note de positionnement commune, le Cirad, l’AFD, Acting for Life, AVSF, le Gret, Inter Réseaux et l’Iram défendent une conviction claire : l’élevage mobile constitue un levier majeur de développement durable dans plus d’une centaine de pays.
Un pilier économique et social sous-estimé
Le pastoralisme alimente les marchés nationaux et régionaux, crée des emplois et structure des territoires entiers. Au Sahel, par exemple, l’élevage mobile fournit l’essentiel de la viande rouge et une grande partie du lait consommé.
Pourtant, ces contributions restent largement invisibles dans les statistiques et les décisions publiques. Résultat : manque d’infrastructures, services vétérinaires insuffisants, accès précaire à l’eau, à l’éducation ou à la santé pour les familles pastorales, et insécurité foncière croissante.
Une réponse aux défis climatiques et écologiques
Contrairement aux idées reçues, les systèmes pastoraux ne sont pas synonymes de dégradation. Des travaux scientifiques récents montrent qu’en zones sahéliennes, le stockage de carbone dans les sols et la végétation peut compenser les émissions des troupeaux. À l’échelle planétaire, prairies et parcours figurent parmi les principaux puits de carbone.
La mobilité saisonnière limite la pression sur les ressources, favorise la régénération des pâturages et entretient une mosaïque d’habitats favorable à la biodiversité. Les auteurs et autrices plaident ainsi pour accompagner — et non restreindre — ces déplacements, essentiels à l’équilibre des écosystèmes.
Sept priorités d’action
La note propose une feuille de route opérationnelle autour de sept axes :
- Rendre visibles les apports économiques et écologiques du pastoralisme
- Renforcer les complémentarités entre agriculture et élevage
- Sécuriser la mobilité et les droits d’usage des terres
- Moderniser les services (santé animale, éducation mobile, information climatique)
- Prévenir les conflits par la médiation locale et la gouvernance partagée
- Intégrer pleinement le pastoralisme dans les politiques nationales et régionales
- Investir dans la recherche-action et l’innovation
Changer de regard
Reconnaître le pastoralisme comme un investissement d’avenir plutôt qu’un héritage du passé constitue désormais une urgence stratégique. Mettre les parcours et les pasteurs au cœur des politiques publiques est une condition clé pour construire des systèmes alimentaires résilients, préserver les écosystèmes et renforcer la cohésion des territoires ruraux.