Science en action 14 septembre 2026
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- Régénération naturelle cacaoyères Côte d’Ivoire
Plus d’un milliard de jeunes arbres poussent déjà, spontanément, dans les cacaoyères de Côte d’Ivoire
Jeune plantule d'Ako (Antiaris toxicaria), principalement utilisée pour la production de bois pour les placages ou contreplaqués. © I. K. Konan, CIRAD
Les plantations de cacao en Côte d’Ivoire abritent au moins 1,05 milliard de jeunes arbres spontanés. Les inventaires de terrain y ont recensé 272 espèces. C’est le principal résultat d’une étude menée dans le sud du pays par des scientifiques du CIRAD et de l’Université Félix Houphouët-Boigny. Ces jeunes arbres, issus de graines apportées notamment par les animaux et le vent, constituent une ressource naturelle encore largement méconnue, qui pourrait devenir un levier majeur de la restauration forestière du pays.
Une ressource naturelle à mieux valoriser
La Côte d’Ivoire a connu une forte régression de son couvert forestier (de l’ordre de 16 millions d’hectares au début du XXᵉ siècle à moins de 3 millions d’hectares aujourd’hui), notamment sous l’effet de l’expansion agricole. Pour restaurer les espaces dégradés, les programmes de reboisement reposent souvent sur la production de plants en pépinière et leur mise en terre.
Les résultats de cette étude invitent à compléter ces approches en tenant compte des jeunes arbres qui poussent déjà spontanément dans les cacaoyères. Rapporté aux quelque 3,7 millions d’hectares du verger cacaoyer ivoirien, leur stock est estimé à au moins 1,05 milliard d’individus. Cette estimation repose sur une densité volontairement très prudente ; le nombre réel pourrait donc être bien supérieur.
Ces résultats nous invitent à mieux prendre en compte le potentiel de régénération naturelle déjà présent dans les paysages agricoles. La question n’est plus seulement « combien planter ? », mais surtout « qu’est-ce qui pousse déjà ? »
Préserver les arbres adultes pour favoriser la régénération
L’étude montre que les plantations dans lesquelles les producteurs ont conservé davantage d’arbres adultes présentent une régénération naturelle plus abondante et plus diversifiée.
Ce travail révèle une diversité végétale importante dans la régénération naturelle, jusque-là peu documentée, et montre l’intérêt de mieux prendre en compte ces jeunes arbres dans la gestion des cacaoyères.
La régénération naturelle ne remplace pas systématiquement les plantations de restauration. Planter reste pertinent, en priorité dans les parcelles jeunes et simplifiées, notamment sur d’anciens terrains non forestiers, où le stock de jeunes arbres est faible. Toutefois, préserver les arbres adultes et favoriser le développement des jeunes pousses spontanées pourraient devenir la stratégie privilégiée des transitions agroforestières.
Un levier au service de la politique forestière nationale
Ces résultats rejoignent les orientations de la Politique de Préservation, de Réhabilitation et d’Extension des Forêts (PPREF, 2018) et de sa stratégie de mise en œuvre (SPREF 2019-2030), qui visent à porter le couvert forestier national à au moins 20 %. La SPREF fait de l’agroforesterie l’option privilégiée dans les systèmes de production agricole et prévoit la reconstitution des forêts par le reboisement et la mise en défens. La régénération naturelle assistée, qui consiste à identifier, protéger et accompagner les jeunes arbres spontanés, offre une voie complémentaire et peu coûteuse pour atteindre ces objectifs dans les cacaoyères.
Un inventaire de terrain à grande échelle
Pour quantifier cette régénération, les scientifiques ont étudié 145 cacaoyères réparties sur 15 sites du sud de la Côte d’Ivoire. Au total, 725 placettes ont été inventoriées. Les jeunes arbres spontanés de moins de 10 centimètres de diamètre ont été recensés et identifiés, y compris les plantules de quelques centimètres de hauteur.
Des modèles statistiques bayésiens ont ensuite permis d’évaluer les relations entre les caractéristiques des cacaoyères et l’abondance ou la diversité de cette régénération naturelle.
Référence
Konan I.K., N’Guessan A.E., Dago M.R., Kouassi A., N’Dja J.K., Traoré S., Hérault B. (2026). Cocoa agro-ecosystems are not ecological dead ends: evidence of substantial tree regeneration potential. Restoration Ecology. https://doi.org/10.1111/rec.70583
Ces travaux s’inscrivent dans les recherches conduites par le CIRAD sur la régénération naturelle des forêts ivoiriennes, notamment dans le cadre du projet Cocoa4Future. Ils ont été réalisés en partenariat avec l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, à travers son Laboratoire de botanique, l’Institut National Polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INP-HB) et le Ministère des Eaux et Forêts.