Biodiversité des bananes cultivées : le rôle clé des apparentés sauvages

Résultats & impact 29 septembre 2026
Une étude coordonnée par le CIRAD révèle la diversité, jusqu’à présent méconnue, des bananiers cultivés en Asie du Sud-Est continentale. Elle démontre la contribution majeure, et totalement inattendue, des apparentés locaux sauvages à la biodiversité des bananiers d’aujourd’hui. Ces travaux éclairent les processus de domestication des bananiers. Ils tracent également les routes de diffusion accompagnant cette domestication et dévoilent une voie de diffusion jusque-là inconnue. Les résultats, publiés dans PLOS ONE, ouvrent de nouvelles pistes d’amélioration pour des variétés de bananiers plus résistantes aux maladies et au changement climatique.
Klue Tiparot, bananier originaire de la zone Laos / Birmanie, pris en photo lors des prospections pour l’étude. La contribution Musa balbisiana est très forte, elle est visible pour œil exercé. La contribution de M. acuminata vient majoritairement de la sous-espèce locale burmannica, seule l’analyse moléculaire permet de voir son implication. © M. Chabannes, CIRAD
Klue Tiparot, bananier originaire de la zone Laos / Birmanie, pris en photo lors des prospections pour l’étude. La contribution Musa balbisiana est très forte, elle est visible pour œil exercé. La contribution de M. acuminata vient majoritairement de la sous-espèce locale burmannica, seule l’analyse moléculaire permet de voir son implication. © M. Chabannes, CIRAD

Klue Tiparot, bananier originaire de la zone Laos / Birmanie, pris en photo lors des prospections pour l’étude. La contribution Musa balbisiana est très forte, elle est visible pour œil exercé. La contribution de M. acuminata vient majoritairement de la sous-espèce locale burmannica, seule l’analyse moléculaire permet de voir son implication. © M. Chabannes, CIRAD

Les bananiers sont cultivés dans toutes les régions subtropicales humides, mais seulement 20 % de la production est destinée au marché international. Aliment de base dans les zones de production, la plus grande part de la production mondiale, qui s’élève à 140 millions de tonnes, est consommée par les agriculteurs et échangée sur les marchés locaux. 

Issues d’une sélection humaine progressive visant à la suppression des graines et au développement de la pulpe, les bananiers aujourd’hui cultivés sont donc stériles et propagés par multiplication végétative, ils sont génétiquement identiques au sein d’une variété. Seuls quelques génotypes de banane fruit sont cultivés à grande échelle, dont la variété Cavendish qui alimente l’essentiel du marché international. Les variétés utilisées localement sont plus nombreuses et répondent à une plus grande gamme d’usage. Mais cette diversité reste faible, ce qui limite les capacités d’adaptation aux changements environnementaux et accroît la vulnérabilité aux risques phytosanitaires (maladies, parasites…), dramatiquement amplifiés par l’intensification des échanges mondiaux.

Le développement de nouvelles variétés résistantes est donc indispensable. Il nécessite de connaître de manière approfondie la diversité disponible en vue de l’explorer pour sa résilience face au changement climatique et aux maladies.

Premières preuves de la contribution d’une autre espèce de Musa locale à la diversité des bananiers cultivés dans la zone

Les travaux concernent la zone nord continentale du Sud-est asiatique, notamment le nord du Vietnam, le nord du Laos et le sud de la Chine. L’équipe de recherche internationale a collecté dans la zone des représentants des formes cultivées et sauvages pour en établir les profils génomiques. À partir de ces profils, les différents composants ancestraux ont pu être identifiés, révélant les processus évolutifs qui ont conduit à leur création.

L’étude dévoile ainsi une diversité originale, et peu connue, des bananiers cultivés dans cette zone. 

L’une des conclusions les plus originales est que l’espèce apparentée Musa itinerans, endémique de la zone d’étude, se retrouve dans plusieurs variétés locales. Cette contribution aux formes cultivées n’avait jamais été documentée auparavant. Le génome de cette espèce, combiné avec le génome de bananiers traditionnels, produit des variétés parfaitement comestibles. Cette espèce pourrait ainsi être mobilisée comme source de résistance face à la fusariose TR4, maladie qui menace les cultures de bananes au niveau international.

Les travaux confirment par ailleurs la contribution de Musa balbisiana et de burmannica, la sous-espèce locale de Musa acuminata, l’espèce parentale majeure des bananiers. On considérait jusqu’à présent que cette sous-espèce ne jouait qu’un rôle minime dans les bananiers domestiqués. Or, les scientifiques démontrent qu’elle se retrouve dans des variétés localement largement diffusées. Cette sous-espèce, connue pour différents caractères de résistances, pourrait ainsi être plus largement exploitée.

Face au changement climatique et aux pressions biotiques (parasites, ravageurs…) croissantes, ces ressources génétiques locales représentent un réservoir précieux pour l’amélioration variétale, elles offrent des traits d’adaptation potentiels. Notre recherche souligne également l’urgence de préserver et valoriser la diversité sauvage et cultivée, souvent sous-représentée dans les collections, où pourtant se trouvent les parents des futures variétés de bananiers.

Christophe Jenny
Chercheur au CIRAD et dernier auteur de l’étude

Découverte d’un chemin alternatif de domestication des bananiers

L’histoire des bananes commence en Nouvelle-Guinée et le chemin de domestication communément décrit passe par la péninsule Malaise, Java et Sumatra, en incorporant au fur et à mesure des formes endémiques locales. Les travaux, publiés dans PLOS ONE, révèlent une voie d’introduction alternative depuis la Nouvelle-Guinée, via les Philippines, Taïwan et le sud de la Chine. 

Référence 

Perrier X, Sachter-Smith G, Breton C, Rivallan R, Jacquemoud-Collet J-P, Dubois C, et al. (2026) Beyond domestication: The unexpected contribution of native Musa wild relatives to cultivated banana diversity in Mainland Southeast Asia. PLoS One 21(8): e0352247. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0352247