Au Mexique, des plantations de palmiers à huile misent sur l’agroforesterie

15/05/2026
Un projet expérimental mené dans le sud du Mexique montre qu’il est possible de produire du palmier à huile autrement. Grâce à l’agroforesterie, 57 plantations associent palmiers, arbres fruitiers et essences forestières pour concilier rentabilité, biodiversité et inclusion des petits producteurs. Une initiative qui attire désormais l’attention dans d’autres régions.
Agricultor Optipalmex taller 6 marzo
Agricultor Optipalmex taller 6 marzo

Un agriculteur de Campeche partage son expérience avec le groupe de visiteurs du Veracruz, lors de la visite d'échange du 6 mars 2026. © OptIPalMex, CIRAD

Souvent critiquée pour ses impacts environnementaux, la culture du palmier à huile pourrait-elle devenir plus durable ? Au Mexique, le projet OptIPalMex tente d’apporter une réponse concrète.

Depuis plusieurs années, ce programme franco-mexicain expérimente un modèle fondé sur l’agroforesterie, une pratique agricole qui consiste à associer différentes cultures et arbres sur une même parcelle. L’objectif : produire de l’huile de palme tout en préservant davantage les écosystèmes et en améliorant les revenus des agriculteurs.

Le 6 mars 2026, cette approche a suscité un intérêt croissant lorsqu’un groupe d’agriculteurs et de techniciens de l’État du Veracruz a visité les plantations expérimentales situées dans le Campeche, au sud-est du Mexique.

Des plantations conçues avec les agriculteurs

En 2023, l'équipe CIRAD — Laurène Feintrenie (UMR TETIS), Sylvain Rafflegeau (UMR Innovation) et Winston Vlaminck (PalmElit) — a accompagné individuellement chaque agriculteur dans la conception de sa plantation, en tenant compte non seulement des conditions agronomiques de chaque parcelle, mais aussi des circuits de commercialisation et des préférences familiales.

En 2024, 57 parcelles expérimentales totalisant plus de 200 hectares ont été établies, avec l'appui technique d'Axel Labeyrie (UMR DIADE). Chaque parcelle combine des cultures annuelles durant les premières années de croissance des palmiers, et des lignes permanentes d'arbres fruitiers (agrumes, cacaoyers, bananiers) et d'essences forestières (acacia, teck, acajou, cèdre). Aucune parcelle ne ressemble à une autre : la diversité est le principe, non l'exception.

À partir de 2025, le réseau de parcelles modèles offre l'opportunité d'évaluer l'impact des différents systèmes sur les rendements et les services écosystémiques.

Les agriculteurs partagent leurs expériences

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Agriculteurs, techniciens et chercheurs du projet OptIPalMex réunis dans l'une des parcelles modèles, Campeche, Mexique, mars 2026. © OptIPalMex, CIRAD

La visite du 6 mars a surtout marqué les visiteurs par un aspect inattendu : il n’existe pas de modèle unique imposé par les chercheurs. Chaque agriculteur adapte son système en fonction de ses contraintes et partage ensuite son expérience avec d’autres producteurs. Les exploitants agricoles deviennent ainsi à la fois expérimentateurs, formateurs et relais de terrain.

Laurène Feintrenie et Claudia Monzón-Alvarado (ECOSUR — El Colegio de la Frontera Sur) ont facilité cette visite d'échange avec un groupe de producteurs et de techniciens du Veracruz, accompagnés par l'ONG Solidaridad dans leur démarche vers une production durable de palmier à huile. Felipe Hernández-Hernández, ingénieur de Solidaridad, a coordonné le groupe de visiteurs.

Les quatre agriculteurs hôtes ont partagé leurs expériences et présenté leurs palmeraies en plein développement. Chaque producteur a conçu son propre système, expérimenté, adapté, et enseigne aujourd'hui sa propre démarche. 

Pour les porteurs du projet, cette transmission entre agriculteurs constitue un levier essentiel pour accélérer la transition vers une production plus durable.

Un grand intérêt pour les acteurs de la filière palmier à huile

Cette visite est un signe clair de l'impact croissant d'OptIPalMex dans le secteur oléicole mexicain. ONG, acteurs publics et privés de la filière palmier à huile s'intéressent de plus en plus au réseau de parcelles modèles. Le projet démontre que l'innovation technique et l'agroécologie sont parfaitement compatibles avec la rentabilité et l'inclusion des petits producteurs.

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Parcelle modèle agroforestière du projet OptIPalMex : association de palmier à huile, bananier et autres espèces, Campeche, Mexique, mars 2026. © OptIPalMex, CIRAD

À propos du projet OptIPalMex

Optimisation inclusive de la production de palmier à huile au Mexique (OptIPalMex) est un projet franco-mexicain coordonné par le CIRAD depuis 2018, en partenariat avec PalmElit et quatre partenaires mexicains : ECOSUR, ColPos (Colegio de Posgraduados), l'Université Juárez Autónoma de Tabasco (UJAT) et la Fédération mexicaine du palmier à huile (Femexpalma). Le réseau expérimental de 57 parcelles (200 hectares) dans des exploitations familiales et des ranchs privés de Tabasco et du Campeche a été financé par l'Ambassade de France au Mexique et la DG Trésor (Ministère de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté Industrielle, Energétique et Numérique de France) via le Fondsd’études et d’aide au secteur privé (FASEP). Ce réseau de parcelles modèles constitue une base pour de futurs projets de recherche nationaux et internationaux, reproductible dans d'autres pays producteurs de palmier à huile.