Regard d'expert·e 17 juillet 2026
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« Le pastoralisme est un sujet transversal aux trois grandes conventions internationales : climat, désertification et biodiversité »
Pasteur au Tchad © T. Parry, Imageo
Serena Ferrari est socio-économiste au CIRAD. Elle s’intéresse particulièrement aux systèmes pastoraux. Elle vit et travaille actuellement à Addis Adeba en Ethiopie, où elle est accueillie par l’ILRI (International Livestock Research Institute). Elle a également travaillé plusieurs années à Saint-Louis, au Sénégal, où elle a mené des recherches sur la zone sylvo-pastorale du Ferlo et la vallée du fleuve Sénégal.
En quoi consiste ce rassemblement mondial des éleveurs pastoraux ?
Serena Ferrari : Le « Global Pastoralist Gathering » est un rassemblement inédit. Pendant cinq jours, du 10 au 15 août, des représentants et des organisations de pasteurs du monde entier vont se réunir pour construire un plaidoyer collectif, capable d’orienter les coopérations internationales sur le pastoralisme.
Son enjeu est avant tout un enjeu de visibilité, à deux niveaux. D’abord, pour sensibiliser le grand public, qui découvre à cette occasion ce qu’est le pastoralisme et pourquoi c’est important d’en parler. Et puis aussi pour alerter les décideurs politiques présents à la COP17, dont beaucoup ignorent encore l’ampleur des enjeux liés aux activités pastorales dans leurs décisions sur la lutte contre la désertification.
Qu’est-ce que le pastoralisme, justement ? Et pourquoi cette rencontre, pensée juste avant la COP17 sur la lutte contre la désertification, est-elle si stratégique ?
S. F. : Le pastoralisme est une forme d’élevage extensif qui occupe une place particulière dans différentes régions du monde. Contrairement à l’élevage intensif, le pastoralisme est fondé sur la mobilité des troupeaux et sur l’exploitation des parcours naturels.
C’est un mode d’élevage peu étudié alors qu’il joue un rôle écologique déterminant en entretenant les sols, en maintenant la biodiversité des écosystèmes des parcours… En conséquence, il contribue directement à la lutte contre la désertification et à l’atténuation du changement climatique. C’est ce qui en fait, pour les Nations unies, un sujet transversal aux trois grandes conventions internationales - climat, désertification et biodiversité.
Le « Global Pastoralist Gathering » et la COP17 auront lieu à quelques jours d’intervalle, et sont tous les deux accueillis par la Mongolie, à Oulan-Bator. Ce n’est pas un hasard, puisque le pastoralisme sera au cœur des débats lors de la COP17 sur la désertification. Le rassemblement des pasteurs débouchera sur une déclaration collective destinée à porter la voix du pastoralisme lors de la COP. Les résultats de ces échanges seront également promus à l'échelle mondiale dans le cadre des célébrations de l'année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux.
Aujourd’hui, les pasteurs ne demandent pas seulement à être entendus : ils demandent à être reconnus comme des partenaires à part entière dans la construction d'un avenir plus durable.
Vous participez à cette rencontre, en tant que chercheuse du CIRAD. Pourquoi ?
S. F. : Cela fait des décennies que le CIRAD participe, aux côtés de ses partenaires, à construire des connaissances autour du pastoralisme. Nous plaidons ensemble pour faire reconnaître ces systèmes d’élevage comme des systèmes résilients, utiles pour affronter les crises environnementales et économiques.
Pour nous, le « Global Pastoralist Gathering » illustre ainsi la triple casquette du CIRAD. Nous sommes un institut de recherches, mais nous sommes également un acteur du plaidoyer politique, et nous fédérons une communauté des partenaires scientifiques et pastoraux sur les scènes internationales. Le CIRAD est traditionnellement présent dans les trois COP, et nous voulons y porter la voix du pastoralisme.
Au-delà du travail collectif mené avec les partenaires, le CIRAD y présentera aussi sa propre vision lors de ces évènements. Nous publions ainsi une note de position avec un message central : le pastoralisme n’est pas un enjeu isolé, mais un sujet qui se situe au croisement des trois conventions - désertification, climat et biodiversité. Une transversalité qui justifie qu’on valorise davantage ce mode d’élevage et qu’on investisse dans son développement pour répondre aux objectifs de ces trois agendas internationaux.