Résultats & impact 9 juillet 2026
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Revaloriser les traditions culinaires pour améliorer l’alimentation des jeunes martiniquais
Assiette de fricassée de poulet, ignames, riz et crudités © J. Réminy, CIRAD
L’essentiel
- En Martinique, près de la moitié des jeunes de plus de 14 ans sont en situation de surpoids qui les expose à un risque élevé de maladies chroniques (obésité, diabète, hypertension...)
- Depuis plusieurs années, les régimes alimentaires martiniquais se composent de plus en plus de produits ultra-transformés, gras, sucrés et salés. La consommation de viande dépasse les repères nutritionnels recommandés par l’Etat, tandis que celle de fruits et légumes est insuffisante. Des tendances qui touchent particulièrement les moins de 35 ans.
- Revaloriser la cuisine traditionnelle martiniquaise auprès de la jeunesse de l’île constitue l’une des solutions identifiées par les membres du projet MARACUDJA. Cela passe notamment par la transmission des recettes et un meilleur accès aux fruits et légumes locaux.
Depuis janvier 2024, les scientifiques ont mené des enquêtes sur les choix de consommation et les pratiques alimentaires auprès de jeunes martiniquais âgés de 15 à 30 ans. Les résultats confirment que la viande occupe une place centrale dans leur alimentation : la majorité des enquêtés en consomme plusieurs fois par semaine, tandis que les régimes végétariens ou végétaliens restent très minoritaires.
Les repas sont ainsi souvent composés de viande et de féculents. En revanche, les fruits, les légumes et les légumineuses ne sont pas consommés en quantité suffisante. Des études précédentes avaient déjà montré que la consommation de fruits et de légumes était plus basse en Martinique qu’en Hexagone (- 36 % pour les fruits et – 9 % pour les légumes), et ce malgré le potentiel agricole de l’île.
Des habitudes façonnées par le quotidien et l’environnement alimentaire
« Les emplois du temps et le quotidien impactent les pratiques alimentaires. Nous avons par exemple constaté que de nombreux adolescents et jeunes adultes sautent régulièrement le petit-déjeuner, notamment en raison des horaires scolaires ou des temps de transport. » Sandrine Fréguin-Gresh est chercheuse en économie agricole et en géographie rurale au CIRAD. Elle coordonne le projet MARACUDJA.
Le projet MARACUDJA est porté par le CIRAD, en collaboration avec INRAE. Il est lauréat d’un appel à projet conjoint proposé par l’Agence de la Transition écologique (ADEME), l’Agence Régionale de la Santé (ARS) de Martinique, la Direction de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt (DAAF) de Martinique et la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM).
Selon la chercheuse, au-delà des préférences individuelles, les comportements alimentaires sont fortement influencés par des facteurs liés au mode de vie ou à l’environnement alimentaire : le prix des aliments et en particulier celui des fruits et légumes, le manque de temps pour cuisiner, les difficultés matérielles ou encore l'accès physique aux commerces. Les étudiants apparaissent particulièrement concernés. Beaucoup privilégient en effet des repas rapides ou la restauration collective lorsqu'elle est accessible. Les cantines scolaires et universitaires jouent ainsi un rôle important pour garantir l'accès à des repas équilibrés à un coût abordable.
« Il y a certes des déterminants individuels à l’alimentation, mais cela ne suffit pas pour expliquer les comportements alimentaires, détaille Sandrine Freguin-Gresh. Il faut plutôt se pencher sur l’environnement alimentaire. Par exemple, une offre de restauration collective peu chère, et placée dans un lieu stratégique, crée de la disponibilité, de l’accès, et une stabilité dans le temps pour les individus qui gravitent autour. Si cette offre est saine, elle permet une alternative à d’autres solutions moins enviables, comme des plats préparés ultra-transformés mais qu’on peut conserver et transporter facilement. »
Pour les chercheurs donc, améliorer l'alimentation des jeunes martiniquais ne relève pas uniquement des choix individuels. Familles, établissements scolaires, collectivités, producteurs, acteurs de la restauration collective et professionnels de la santé ont un rôle essentiel à jouer pour créer un environnement favorable au « mieux manger ».
S’appuyer sur les traditions culinaires de l’île pour faire évoluer les pratiques
Autre constat du projet MARACUDJA : une grande partie des enquêtés connaissent mal les différentes sources de protéines végétales et leurs qualités nutritionnelles. Pourtant, les légumineuses sont riches en protéines végétales et font partie de nombreuses recettes traditionnelles martiniquaises.
Les traditions culinaires constituent donc un véritable levier d'action pour aller vers une alimentation plus équilibrée. Les recettes familiales, les légumes pays, les produits du jardin et la transmission des savoir-faire entre générations restent des repères forts. Adapter les recettes locales, valoriser les légumes pays, les légumineuses et les produits locaux permettrait de concilier plaisir, santé et identité culturelle.
Les enquêtes révèlent toutefois que l’idée du repas complet, qui comporte nécessaire de la viande, est encore largement répandue et constitue un frein à une alimentation davantage végétalisée.
Des pistes d'action concrètes
À partir de leurs résultats, les chercheurs identifient plusieurs leviers d'action pour favoriser une transition alimentaire adaptée aux réalités de la Martinique. Ils recommandent notamment de :
- renforcer l'éducation alimentaire et nutritionnelle dès le plus jeune âge afin de mieux faire connaître les bénéfices des protéines végétales et de permettre aux jeunes d'acquérir les connaissances nécessaires pour faire des choix alimentaires éclairés ;
- développer les compétences culinaires à travers des ateliers et la transmission de recettes locales, simples, rapides et économiques ;
- faciliter l'accès à des produits locaux, sains et abordables, en particulier les fruits, les légumes et les légumineuses, afin de lever les freins économiques et pratiques qui limitent leur consommation ;
- soutenir les dispositifs favorisant une alimentation de qualité, comme la restauration collective, les jardins partagés, les circuits de proximité ou les initiatives de solidarité alimentaire.
Ces différentes actions contribueraient à renforcer l'autonomie alimentaire des jeunes, à valoriser le patrimoine culinaire martiniquais et à créer un environnement plus favorable à l'adoption de pratiques alimentaires durables, bénéfiques à la fois pour leur santé et pour les systèmes alimentaires locaux.
Les résultats de l'étude présentés aux acteurs du territoire
Les résultats du projet MARACUDJA ont été présentés le 5 juin 2026 au CAEC, lors d'une matinée d'échanges réunissant les partenaires du projet et les principaux acteurs de l'alimentation, de l'éducation et du développement territorial, puis le 25 juin 2026 à la Villa Chanteclerc, à l'occasion d'une rencontre organisée par les financeurs du projet.
Cette étude s'inscrit dans la continuité de l'appel à projets lancé en 2023 par la Direction de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt (DAAF), l' Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie (ADEME), l'Agence Régionale de Santé (ARS), la Direction de l'Économie, de l'Emploi, du Travail et des Solidarités (DEETS) et la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM), avec l'ambition de promouvoir une alimentation équilibrée, locale et une diversification des sources de protéines.
Ces temps de restitution ont permis de partager les principaux enseignements de l'étude, de nourrir une réflexion collective sur les leviers d'action en faveur d'une alimentation plus durable et de mettre en lumière les perspectives qu'ouvre le projet pour le territoire martiniquais.