Au Gabon, améliorer le cadre légal de la chasse pour une gestion durable de la faune sauvage

Science en action 20 novembre 2022
Dans le département de Mulundu au Gabon, la faune sauvage est source de viande et de revenus essentiels pour les communautés rurales. Une équipe multidisciplinaire, coordonnée par le Cirad dans le cadre du programme SWM (Sustainable Wildlife Management), y mène une initiative combinant protection des espèces et promotion des moyens d’existence communautaires. Celle-ci vise à fournir aux villageois des outils pour gérer de manière durable les ressources animales.
DOUME VILLAGE, CLOSE TO LASTOURSVILLE, GABON, 29 JUNE 2021: Expert bushmeat hunter Nkani Mbou Mboudin is seen with an antelope he just shot hunting in the forest around his village. This village survives on fishing and bushmeat. Gabon has a sustainable bushmeat culture, largely because of its small population and large protected habitats. (photo by Brent Stirton/Getty Images for FAO, CIFOR, CIRAD, WCS)
DOUME VILLAGE, CLOSE TO LASTOURSVILLE, GABON, 29 JUNE 2021: Expert bushmeat hunter Nkani Mbou Mboudin is seen with an antelope he just shot hunting in the forest around his village. This village survives on fishing and bushmeat. Gabon has a sustainable bushmeat culture, largely because of its small population and large protected habitats. (photo by Brent Stirton/Getty Images for FAO, CIFOR, CIRAD, WCS)

Village de Doumé, près de Lastrourville, Gabon, juin 2021 : Nkani Mbou Mboudin, chasseur de viande de brousse avec une antilope qu'il vient de tuer dans la forêt autour de son village. Ce village survit grâce à la pêche et à la viande de brousse. © Brent Stirton, Getty Images pour la FAO, le Cifor, le Cirad, le WCS

Fondé sur une approche holistique de la gestion durable de la chasse d’animaux sauvages, le programme SWM (Sustainable Wildlife Management) marque une rupture avec les précédentes initiatives de conservation, lesquelles visaient quasi exclusivement à limiter la chasse.

Le programme développe et teste des approches communautaires innovantes dans 15 pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Il est mis en œuvre par un consortium de partenaires comprenant la FAO, le CIFOR et WCS. Le Gabon est l'un des trois pays où le Cirad travaille pour protéger à la fois la faune sauvage et la sécurité alimentaire et économique des communautés locales. Cette approche produit déjà des résultats prometteurs.

 « Avant, pour faire face à la disparition de la faune sauvage dans les pays du Sud - notamment d’Afrique - on introduisait des mesures strictes de conservation :  lois anti-braconnage et criminalisation des chasseurs et consommateurs », explique Hadrien Vanthomme, écologue au Cirad et coordinateur des activités SWM au Gabon.

« Le programme SWM consiste à garantir un équilibre entre le besoin de conservation des espèces menacées et leur rôle fondamental dans les moyens de subsistance et le bien-être des communautés locales ».

Une expertise diversifiée pour des problèmes complexes

Parce qu’elle rassemble des écologues, sociologues, économistes, épidémiologistes et juristes autour de problèmes complexes liant protection des espèces et sécurité alimentaire des populations, l’initiative incarne l’interdisciplinarité propre aux expertises du Cirad.

Au Gabon, pays d’Afrique centrale caractérisé par une population clairsemée et une riche biodiversité animale, l’objectif est d’améliorer l’encadrement légal des activités de chasse et de faire en sorte que les communautés disposent des outils à même d’assurer la protection des espèces sur le long terme.

Héritée de la période coloniale, la loi sur la chasse au Gabon mérite d’être modernisée. Un groupe de travail, présidé par le ministère gabonais des Eaux, des Forêts, de la Mer et de l’Environnement, et auquel le Cirad est associé, définit donc une stratégie nationale de chasse et commerce du gibier.

En parallèle, dans les 1600 km² de forêts du département de Mulundu, le Cirad aide les communautés à sécuriser ces droits de manière effective. Ces dernières, dont une part du régime alimentaire repose traditionnellement sur la viande de brousse, sont formées à collecter des informations sur la faune sauvage via, par exemple, l’usage de pièges photographiques.

Des enquêtes auprès des ménages ont déjà permis d’évaluer les perceptions des consommateurs et chasseurs, ainsi que le niveau de consommation de viande sauvage. Une fois analysées, les données sont partagées avec les communautés, qui choisissent alors en fonction comment faire évoluer le plan de gestion de la chasse. 

Une caractéristique essentielle du programme SWM est l’implication des communautés à chaque étape. Au Gabon, lorsque le programme a commencé, seuls quatre groupes villageois ont souhaité participer.

« Il a fallu du temps pour gagner la confiance des communautés, se remémore Hadrien Vanthomme. Puis, peu à peu, nous avons été submergés de demandes et nous avons dû étendre le projet ». Le site du Gabon compte désormais dis groups villageois, tous membres d’une association de régulation de la chasse.

Un autre objectif, à venir, consistera à co-construire une filière de viandes sauvages durables, légales et certifiées, en associant les chasseurs, les transformateurs, les commerçants et les consommateurs autour de Lastoursville.

Une collaboration avec les laboratoires locaux pour limiter le risque de zoonoses

Le projet accompagne également, en collaboration avec les laboratoires locaux spécialisés en virologie, la mise en place d’un système de surveillance sanitaire. Le but étant de limiter les risques de transmission de maladies zoonotiques, de la faune sauvage vers l’être humain.

« La viande de brousse est un réservoir potentiel de pathogènes transmissibles à l’homme, comme on l’observe avec Ebola, la pandémie de Covid-19 et d’autres épidémies, explique Hadrien Vanthomme. L’établissement d’un système de dépistage permettra d’identifier efficacement les pathogènes et de tirer la sonnette d’alarme, le cas échéant ».

 

Le programme SWM est mené par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et structuré par le biais d'un consortium de partenaires, dont le Cirad, le Centre pour la recherche forestière internationale (CIFOR) et la Wildlife Conservation Society (WCS). Il s'agit d'une initiative de l'Organisation des États d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OACPS), financée par l'Union européenne et cofinancée par le Fonds français pour l'environnement mondial (FFEM) et l'Agence française de développement (AFD).

Le système de garanties sociales, vade-mecum de la mobilisation communautaire

Garantir la participation, l’appropriation et le leadership des communautés est essentiel pour le programme SWM. Pour établir une relation inclusive avec les populations locales, le projet a défini un système de garanties sociales. Toutes les activités du programme adoptent ainsi une approche basée sur les droits des communautés locales et indigènes, afin que celles-ci :

  • participent et soient incluses de façon équitable ;
  • gagnent en autonomie dans leur gestion légale et durable des ressources naturelles ;
  • renforcent leurs compétences pour vivre avec et de la faune sauvage.

Les garanties sociales constituent une innovation dans le domaine de la conservation. Elles ont rarement été mises en application dans des projets à grande échelle.

Le système de garanties sociales repose sur cinq principes :

  1. une analyse de la situation en matière de droits des communautés ;
  2. un consentement préalable, libre et éclairé des communautés ;
  3. une approche en six étapes pour viser l’égalité de genre et l’autonomisation des femmes ;
  4. une éthique de la recherche :
  5. un mécanisme de gestion de recours et réclamations.

« Au Gabon comme ailleurs, nous sommes très attentifs à la façon dont nous travaillons avec les communautés, souligne Hadrien Vanthomme. Le système de garanties sociales répond aux besoins des communautés et permet de définir et développer les activités avec elles, de façon participative ». 

Pour Patrice Grimaud, du Cirad et coordinateur du programme SWM dans la région Kavango-Zambesi (Kaza) : « Travailler en étroite collaboration avec les communautés est certainement l’une des dimensions les plus importantes du programme. Le système de garanties sociales nous aide à le faire de façon concrète et efficace ».