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Un forum stratégique pour consolider l’approche One Health et renforcer la prévention des zoonoses au Cameroun
Photo de famille des participants à l'atelier de capitalisation du projet AfriCam au Cameroun. © S. Koutchou, Cirad
Le forum du 19 mars piloté par le MINEPDED a permis la mise en débat et la consolidation des résultats issus des précédents forums. Réunissant plus de 60 participants, cet évènement a fait émerger des perspectives opérationnelles pour la prévention des maladies zoonotiques.
Valorisation des recherches doctorales sur les zoonoses au Cameroun
Les travaux de thèses soutenus dans le cadre du projet AfriCam ont permis de mettre en lumière des analyses sur les défis liés aux zoonoses dans une approche « One Health ». Une contribution a été celle de Brice Sadeu, doctorant à l’Université de Montpellier, encadré par Ludovic Temple du Cirad, Unité mixte de recherche INNOVATION. Ses recherches s’intéressent à l’organisation des acteurs impliqués dans la prévention des maladies zoonotiques. Il a présenté deux logiques d’action : l’approche « multisectorielle », qui favorise la coopération entre différentes administrations, et l’approche « polycentrique », qui privilégie une gouvernance partagée entre plusieurs centres de décision. Il s’est particulièrement intéressé au modèle de gouvernance dit « polycentrique », dans lequel plusieurs centres de décision (administrations, collectivités, acteurs privés, société civile) agissent de manière autonome tout en devant collaborer. Cette gouvernance repose sur l’interaction entre les acteurs à différents niveaux (local, régional, national), la coopération, la confiance et la capacité d’auto-organisation. Elle est considérée comme plus flexible et mieux adaptée aux réalités du terrain par rapport aux approches centralisées. Son étude cherche à analyser dans quelles conditions cette gouvernance peut fonctionner efficacement pour améliorer la prévention. Pour cela, une enquête a été menée dans le Sud du Cameroun, une zone forestière marquée par des activités agricoles et agro-industrielles. Les résultats montrent que le modèle polycentrique peut constituer un complément important à l’action de l’État pour améliorer la prévention des maladies zoonotiques. Toutefois, son efficacité dépend fortement de la capacité des acteurs à mieux se coordonner, à communiquer et à construire des stratégies communes.
Un autre apport a été celui de Priscille Fokam, doctorante à l’Université de Douala, encadrée par Meva’a Abomo Dominique. Ses travaux portent sur l’endémo-épidémiogenèse des maladies zoonotiques dans le district de santé de Kribi. Son étude s’est concentrée sur quatre zoonoses principales à forte prévalence locale selon les acteurs interrogés : la rage, la salmonellose, la tuberculose bovine et la trypanosomiase. Elle visait à comprendre les raisons de la persistance de ces maladies malgré les efforts de lutte déployés dans le cadre de l’approche « One Health ». Les résultats de ces recherches montrent que plusieurs facteurs sont à l’origine de la vulnérabilité des populations face aux zoonoses notamment la méconnaissance des risques associés à ces maladies. Ils soulignent également le recours à des stratégies locales de prévention de la trypanosomiase, l’influence de la médecine traditionnelle dans la prise en charge des maladies ainsi que la pratique répandue de l’automédication.
Ces recherches contribuent à enrichir la compréhension des mécanismes de prévention et à orienter les stratégies de gouvernance sanitaire.
Mobilisation institutionnelle autour du « One Health »
L’événement a mis en évidence l’engagement des institutions publiques impliquées dans la mise en œuvre de l’approche One Health au Cameroun. Les ministères membres de la plateforme nationale, ont présenté leurs activités en lien avec son opérationnalisation.. Des représentants d’autres institutions comme la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), la Communauté urbaine de Yaoundé ainsi que des organisations de la société civile, ont également partagé leurs initiatives. Cette dynamique multi-acteurs illustre la volonté de construire une réponse coordonnée, intégrée et durable face aux défis sanitaires émergents.
Vers une stratégie nationale « One Health » opérationnelle intégrée
Les ateliers ont permis de diagnostiquer des freins institutionnels à l’opérationnalisation de l’approche « One Health » au Cameroun et de définir une stratégie opérationnelle intégrée. Celle-ci repose sur la transformation de l’agent de santé communautaire en sentinelle multidisciplinaire, l’amélioration de la circulation des données sanitaires à l’échelle locale et la valorisation des savoirs endogènes pour renforcer l’adhésion des populations aux stratégies de prévention. Par ailleurs, les recommandations appellent les décideurs à assurer la souveraineté financière fondée sur des modèles économiques nationaux, des partenariats public-privé ainsi que la décentralisation territoriale des politiques de santé. Dans cette perspective, la prévention des risques zoonotiques apparait comme un investissement indispensable à la résilience économique nationale.
La clôture du forum a permis de tracer les perspectives avec la finalisation des rapports et leur transformation en une série de « Policy brief » pour documenter le renouvellement des cadres stratégiques de la politique nationale One Health à partir de 2027.
Ministères membres de la plateforme nationale présents
- Ministère de l'Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED)
- Ministère de l’Élevage, de la Pêche et des Industries Animales (MINEPIA)
- Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation (MINRESI)
- Ministère de l'Agriculture et du Développement rural (MINADER)
- Ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF)
- Ministère de l'Administration Territoriale (MINAT)
- Ministère de la Décentralisation et du Développement local (MINDDEVEL)
- Ministère de l'Économie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire (MINEPAT)