Call to action 23 May 2026
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Pastoralisme : des activités multifonctionnelles au cœur des solutions contre la désertification
Zébus dans les pourtours du Lac de Guiers au Sénégal. Le pastoralisme est la principale ressource de 500 millions de personnes dans toutes les régions du monde © R. Belmin, Cirad
L'essentiel
- Les activités pastorales sont trop souvent perçues comme des pratiques agressives vis-à-vis des écosystèmes naturels.
- À contre-courant de cette idée reçue, le CIRAD et ses partenaires documentent depuis 35 ans la diversité et l’importance des services rendus par le pastoralisme.
- Les éleveurs pastoraux constituent des alliés indispensables pour répondre simultanément aux enjeux de désertification, de biodiversité, de climat et de sécurité alimentaire.
Saviez-vous que les parcours pastoraux couvrent 50 % des surfaces terrestres de la planète ? Ces écosystèmes sont mal connus, car souvent situés dans des régions « marginales », éloignées des centres de décisions. Des milieux arides, semi-arides ou montagneux, peu propices à l’agriculture. Mais où le pastoralisme permet de valoriser une végétation naturelle qui ne pourrait être utilisée autrement.
Grâce à la mobilité des troupeaux, les ressources fourragères sont exploitées au rythme des saisons, sans épuiser les écosystèmes. Pour Guillaume Duteurtre, directeur de l’unité de recherche Selmet « cette mobilité n’est pas un héritage du passé appelé à disparaître, mais une stratégie d’adaptation aux aléas climatiques et à l’hétérogénéité des ressources naturelles. Elle est donc plus que jamais d’actualité. »
Une multifonctionnalité longtemps sous-estimée
Longtemps réduit à sa seule fonction productive, le pastoralisme se révèle être un véritable système de gestion durable des territoires. Ils assurent d’abord une fonction économique essentielle, mais souvent invisibilisée. Plus de 200 millions de personnes dans le monde dépendent directement du pastoralisme pour leur alimentation et leurs revenus. Dans de nombreuses régions d’Afrique, d’Asie ou du bassin méditerranéen, il constitue l’activité agricole la plus adaptée aux contraintes écologiques.
Mais les activités pastorales jouent également un rôle déterminant dans le fonctionnement des écosystèmes. « En maintenant une végétation ouverte et diversifiée, elles contribuent à la préservation de la biodiversité, limitent les risques d’incendie dans certains territoires, favorisent le recyclage naturel des nutriments et participent à la restauration des sols par l’apport de fumure, rappelle Guillaume Duteurtre. La circulation des troupeaux assure aussi la dispersion des graines et contribue au renouvellement de nombreux habitats naturels. »
À ces fonctions écologiques s’ajoutent des dimensions sociales et culturelles souvent invisibilisées dans les médias et dans les arènes politiques : maintien des savoirs pastoraux, structuration des territoires ruraux, transmission des connaissances locales, cohésion entre communautés et gestion collective des ressources naturelles. Autant d’éléments qui renforcent la résilience des territoires face aux crises.
Les parcours, des puits de carbone souvent méconnus
Dans le cadre de recherches récentes menées au Sahel, une équipe de scientifiques emmenée par le CIRAD a montré que les parcours pastoraux stockent d’importantes quantités de carbone dans les sols et la végétation. À l’échelle de certains territoires, cette séquestration compense, voire dépasse, les émissions de gaz à effet de serre des troupeaux, conduisant à des bilans carbone neutres ou même négatifs.
Ces résultats soulignent l’importance d’adopter une approche écosystémique, prenant en compte l’ensemble des services rendus par les activités pastorales, plutôt que de limiter l’évaluation du pastoralisme aux seules émissions de gaz à effet de serre. Les recherches sur le pastoralisme fournissent également de nouvelles références scientifiques pour orienter des politiques climatiques mieux adaptées aux réalités des zones sèches.
Un allié contre la désertification
L’une des idées reçues les plus persistantes consiste à associer élevage extensif et dégradation des terres. Les travaux du CIRAD montrent au contraire que, lorsque les parcours sont correctement gérés, le pastoralisme constitue un levier puissant de lutte contre la désertification.
La mobilité des troupeaux permet d’éviter une pression excessive sur les ressources végétales, tout en maintenant les cycles écologiques des parcours. Les scientifiques soulignent que la dégradation résulte bien plus souvent de la fragmentation des espaces pastoraux, de l’insécurité foncière ou des restrictions imposées aux déplacements que du pastoralisme lui-même.
« Lors de la COP16 sur la désertification, le pastoralisme est apparu comme un acteur essentiel de la restauration des terres et de gestion durable des ressources naturelles. Jean-Daniel Cesaro est géographe au CIRAD. Pour lui, la COP17 devra désormais transformer cette reconnaissance en engagements concrets. »
Produire des connaissances… et accompagner les politiques publiques
Au-delà de la recherche, le CIRAD accompagne les acteurs publics et les organisations pastorales dans la construction de solutions adaptées.
Au Sahel, le dispositif en partenariat Pôle Pastoralisme et Zones Sèches (PPZS) constitue un laboratoire de coopération scientifique reconnu à l’échelle internationale depuis plus de vingt ans. Les travaux menés avec les partenaires africains portent aussi bien sur la gestion des ressources pastorales que sur la gouvernance foncière, les dynamiques territoriales, les systèmes d’information ou encore les innovations organisationnelles.
Cette recherche partenariale a permis de faire évoluer les politiques publiques, d’améliorer les dispositifs de concertation entre acteurs et de renforcer la reconnaissance des espaces pastoraux dans plusieurs pays.
Donner toute leur place aux parcours dans les transitions écologiques
Face au changement climatique, à la pression foncière et aux mutations socio-économiques, les systèmes pastoraux restent fragiles. La concurrence pour l’accès aux terres, l’urbanisation, le développement d’infrastructures ou encore les conflits réduisent progressivement les espaces de mobilité indispensables au fonctionnement des élevages pastoraux.
Pour les scientifiques du CIRAD, la priorité consiste désormais à reconnaître pleinement la valeur des activités pastorales dans les politiques agricoles, environnementales et climatiques. Cela suppose de dépasser une vision exclusivement productive de ces territoires pour intégrer l’ensemble des services qu’ils rendent à la société.
À quelques semaines de la COP17, le message porté par le CIRAD est clair : restaurer les terres de parcours ne consiste pas uniquement à replanter des arbres ou à reverdir les paysages. C’est aussi préserver les systèmes de gestion qui permettent depuis des siècles de faire vivre durablement les zones sèches. Les communautés pastorales qui gèrent d’immenses étendues de terres de parcours constituent, à ce titre, des alliées indispensables pour répondre simultanément aux enjeux de désertification, de biodiversité, de climat et de sécurité alimentaire.