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Le CIRAD soutient la coopération agricole Sud-Sud entre le Viet Nam et l’Afrique
De gauche à droite : Nguyễn Phương Trà, Lê Anh Tuấn, Hoàng Trung, Phạm Ngọc Mậu et Lê Quốc Thanh. © VAN News
Le Viet Nam a lancé un nouveau Groupe de travail sur la coopération Sud-Sud en agriculture, créant une plateforme de coopération avec les pays partenaires africains autour de défis agricoles communs. Pour le CIRAD, qui a participé à l’événement de lancement à Hanoï, cette initiative ouvre de nouvelles perspectives pour relier recherche, politiques publiques et action de terrain entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe.
Le 29 mai 2026, le ministère vietnamien de l’Agriculture et de l’Environnement, en coordination avec le ministère des Affaires étrangères, a lancé le Groupe de travail sur la coopération Sud-Sud en agriculture lors d’une réunion consacrée à la coopération agricole entre le Viet Nam et les pays partenaires africains.
L’événement a réuni plus de 150 participants, dont des représentants de ministères et d’agences vietnamiens, d’organisations internationales, de partenaires du développement, d’instituts de recherche, d’universités, d’associations professionnelles et d’entreprises. La présence diplomatique africaine comprenait des ambassadeurs d’Angola, du Mozambique, du Burundi, de la République démocratique du Congo, du Ghana, du Rwanda et du Zimbabwe, ainsi que des représentants d’autres missions africaines et l’Ambassadeur du Viet Nam au Nigeria.
Pour le CIRAD, l’événement a mis en lumière l’un des principaux défis de la coopération Sud-Sud : transformer le partage d’expériences et le dialogue politique en actions concrètes sur le terrain.
Une nouvelle plateforme de coopération opérationnelle
Giving cooperation a common framework
Phạm Ngọc Mậu, directeur général adjoint du Département de la coopération internationale du ministère de l’Agriculture et de l’Environnement et chef du Groupe de travail sur la coopération Sud-Sud en agriculture, a présenté ce nouveau mécanisme comme un moyen d’aligner l’expertise agricole du Viet Nam avec les priorités exprimées par les pays partenaires. Les coopérations précédentes avaient produit des résultats concrets, mais elles restaient souvent fragmentées. Le Groupe de travail vise à répondre à cette limite en reliant les politiques publiques, l’expertise, la recherche, les capacités du secteur privé et les initiatives de coopération triangulaire.
Pour rendre ce mécanisme opérationnel, le Groupe de travail s’articulera autour de six axes d’action :
- constituer un portefeuille ciblé d’initiatives de coopération agricole Sud-Sud
- mobiliser un réseau d’experts vietnamiens
- promouvoir des modèles de coopération triangulaire
- renforcer la renforcer la participation du secteur privé
- renforcer la coordination avec les ambassades africaines, les missions diplomatiques vietnamiennes en Afrique, les ministères et les collectivités locales
- construire progressivement un écosystème de coopération plus large, incluant les besoins, les experts, les entreprises, les projets prioritaires, les modèles pilotes, les mécanismes de financement et les canaux de dialogue
Les domaines prioritaires comprennent les systèmes rizicoles, les cultures vivrières, le café, l’aquaculture, l’élevage, la foresterie, l’irrigation, le conseil agricole, l’adaptation au changement climatique et les chaînes de valeur agricoles.
Une réponse aux pressions agricoles communes
Hoàng Trung, Vice Minister of Agriculture and Environment, framed the launch as a response to shared pressures facing countries of the Global South, including food security, climate change, disrupted supply chains and pressure on natural resources. He also stressed that Viet Nam’s agricultural experience should not be seen as a model to be copied directly, but rather as a source of practical lessons that can be adapted to different contexts.
Lê Anh Tuấn, vice-ministre des Affaires étrangères, a réaffirmé l’engagement du ministère à travailler étroitement avec le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement pour soutenir le Groupe de travail. Il a présenté trois priorités : contribuer à créer un environnement politique favorable et à approfondir la confiance entre le Viet Nam et les pays africains, accompagner les entreprises vietnamiennes dans l’identification d’opportunités d’investissement agricole, de transformation agroalimentaire et de transfert de technologies en Afrique, et construire un réseau de partenaires afin de mobiliser des ressources et de développer de nouveaux projets, notamment à travers des modèles de coopération triangulaire, multipartite et de partenariat public-privé.
Mettre l’expérience du Viet Nam en dialogue avec les priorités des pays partenaires africains
L’expérience du Viet Nam
La transformation agricole du Viet Nam a constitué l’un des principaux points de référence de la discussion. Au cours des dernières décennies, le pays est passé d’une situation d’insécurité alimentaire à celle d’un grand producteur et exportateur agricole, avec une expérience reconnue dans les systèmes rizicoles, l’irrigation, le conseil agricole, l’agriculture familiale, l’aquaculture, les chaînes de valeur et l’intégration aux marchés.
Cette expérience a également été partagée au-delà des frontières du Viet Nam : plus de 2 000 experts vietnamiens ont travaillé dans des pays du Sud global, en appuyant des programmes fondés sur des technologies adaptées, la formation des agriculteurs et l’apprentissage par la pratique. La vidéo ci-dessous retrace ce parcours, de la coopération sur le terrain et des gains de productivité jusqu’à la création du nouveau Groupe de travail.
Priorités exprimées par l’Angola et la Zambie
La première table ronde a donné la parole aux pays partenaires, avec l’Angola et la Zambie qui ont présenté des priorités agricoles concrètes. Pour Fernando Miguel, ambassadeur d’Angola au Viet Nam, la question n’est pas de savoir si l’Angola dispose d’un potentiel agricole, mais comment transformer ce potentiel en productivité après des années de perturbations. Avec des terres fertiles et des conditions climatiques favorables, l’Angola recherche une coopération pratique pour renforcer l’irrigation, améliorer l’accès aux semences et aux techniques, appuyer la formation des agriculteurs et adapter la mécanisation aux conditions des petites exploitations.
Pour la Zambie, la discussion s’est concentrée sur le rôle de l’agriculture dans la diversification économique. Morecome Mumba, haut-commissaire de Zambie en Malaisie, a présenté l’agriculture comme un secteur clé de cette diversification, avec des possibilités d’accroître la productivité, d’améliorer la gestion de l’eau et de développer des chaînes de valeur dans des domaines tels que le riz, le café et l’aquaculture.
Ces perspectives renvoient à un modèle de coopération fondé sur le diagnostic conjoint, l’adaptation au terrain, le renforcement des capacités et un accompagnement dans la durée. Elles font également entrer dans la discussion les expériences africaines, les savoirs locaux et les solutions propres aux territoires, faisant de la coopération Sud-Sud un processus d’apprentissage mutuel plutôt qu’un transfert à sens unique.
Les plateformes en partenariat comme outils de coopération
La deuxième table ronde a porté sur la manière dont la coopération Sud-Sud peut passer « des politiques au terrain ». Elle a réuni des représentants du CIRAD, de la FAO, d’IDH, du groupe Xuan Thien et de l’Académie vietnamienne des sciences forestières pour échanger sur la conception, l’expérimentation et la pérennisation de projets de coopération agricole en Afrique dans des conditions réelles.
« Pour nous, la coopération Sud-Sud n’est pas un transfert de technologies à sens unique », a déclaré François Roger, directeur régional du CIRAD pour l’Asie du Sud-Est continentale. « Elle repose sur l’apprentissage mutuel, l’expérimentation conjointe et la coconception de solutions avec les agriculteurs, les chercheurs, les autorités publiques, les communautés et le secteur privé. »
Gilles Anglès, attaché de coopération Santé et Développement social à l’Ambassade de France au Viet Nam, a également souligné le rôle de la France comme facilitateur entre partenaires africains et asiatiques, notamment à travers la coopération triangulaire. En faisant référence à l’échange Viet Nam–Sénégal coordonné par le CIRAD, il a relié cette approche à des priorités plus larges telles que One Health et à la nécessité de connecter santé, agriculture, environnement et développement.
La FAO a apporté une perspective complémentaire. Vinod Ahuja, représentant de la FAO au Viet Nam, a rappelé que « le transfert de technologies est souvent relativement simple », tandis que les dimensions plus profondes de la transformation agricole sont beaucoup plus difficiles à reproduire d’un contexte à l’autre.
La recherche en action
Faire passer la coopération des politiques au terrain
Le CIRAD peut s’appuyer sur ses travaux en Afrique et en Asie du Sud-Est pour soutenir ce cadre de coopération émergent. À travers ses directions régionales, son réseau de partenariats de longue date et ses plateformes de recherche, le CIRAD travaille avec des institutions dans plus de 100 pays des régions tropicales et subtropicales.
Ces partenariats réunissent des scientifiques et des institutions autour de défis communs, notamment l’agroécologie, les systèmes alimentaires durables, One Health, l’adaptation au changement climatique, la conservation de la biodiversité, l’aquaculture, les chaînes de valeur et la résilience territoriale.
Visite bilatérale Viet Nam–Sénégal
La récente coopération entre le Viet Nam et le Sénégal sur l’agroécologie et les systèmes rizicoles offre un exemple concret de la manière dont la coopération Sud-Sud peut passer d’un intérêt partagé à un échange scientifique.
Coordonné par le CIRAD et soutenu par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, le projet FEF-R a permis deux missions d’étude réciproques en 2025 : d’abord du Viet Nam vers le Sénégal, puis du Sénégal vers le Viet Nam. Comme le détaillent de précédents articles du CIRAD consacrés à ces deux échanges, les missions ont relié dialogue politique, institutions de recherche et visites de terrain, tout en explorant des défis communs autour de la sécurité alimentaire, du changement climatique, de la salinisation et de la résilience des systèmes agricoles.
Pour le nouveau Groupe de travail, cet exemple est pertinent car il montre une méthode : comparer les réalités de terrain, associer les institutions de recherche, identifier des pistes de travail et ouvrir des perspectives pour de futurs projets conjoints.