Vient de sortir 23 février 2026
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Prévenir plutôt que subir les crises sanitaires : le nécessaire engagement des communautés
Rencontre entre scientifiques et habitants d'une commune au Zimbabwe, dans le cadre du programme SWM. Les communautés locales sont au cœur de toute prévention efficace des risques sanitaires. © Brent Stirton, Getty Images pour la FAO, le Cifor, le Cirad, le WCS
Les crises sanitaires récentes ont mis en évidence la vulnérabilité des systèmes de santé face aux pressions climatiques, environnementales et socio-économiques. Depuis 2001, les maladies émergentes ont causé plus de 15 millions de décès et généré près de 4 000 milliards de dollars de pertes économiques à l’échelle mondiale.
Pourtant, selon la Banque mondiale, investir dans la prévention coûterait moins de 1 % des coûts générés par la gestion des crises. Malgré ce constat, les politiques publiques restent majoritairement orientées vers la réaction plutôt que vers l’anticipation.
Ce numéro 71 de Perspective souligne qu’une prévention efficace s’appuie nécessairement sur un premier maillon local, là où naissent les crises. L’implication renforcée des acteurs locaux existe déjà à travers le monde, et elle fonctionne. Différents outils et dispositifs efficaces et mis en place via des approches One Health nous permettent de tirer des leçons sur ce qu’il faudrait mettre en œuvre à large échelle.
Les communautés locales, sentinelles des risques sanitaires
Dans de nombreux territoires ruraux, les communautés locales sont les premières exposées aux crises sanitaires, mais aussi les premières à en détecter les signaux faibles : mortalités animales inhabituelles, dégradations environnementales ou apparition de symptômes chez l’être humain.
Les travaux présentés montrent que les dispositifs de surveillance communautaire permettent :
- une détection plus rapide des événements sanitaires,
- une meilleure circulation de l’information,
- une plus grande adhésion des populations aux mesures de prévention décidées au niveau national.
Des dispositifs éprouvés sur le terrain
Le policy brief se base sur de nombreux exemples issus de différents programmes et projets de recherche. Parmi lesquels : les travaux de l’initiative internationale PREZODE, des projets tels qu’AfriCam, BCOMING, EBOSURSY, SWM, Santé et Territoires, ASEACA, ainsi que des dispositifs en partenariat régionaux de surveillance et de prévention du Cirad.
- En Guinée, des « agents communautaires » jouent un rôle clé dans la surveillance des zoonoses et la sensibilisation des populations. Ils constituent un échelon intermédiaire essentiel entre les communautés et les services techniques et un lien privilégié avec les scientifiques.
- À Madagascar, l’ancrage territorial des dispositifs favorise leur appropriation par les acteurs locaux et leur continuité dans le temps. Les représentants administratifs locaux participent activement aux démarches, ce qui permet une meilleure mise en œuvre en local des politiques nationales.
- Au Gabon, des associations communautaires en charge de la gestion durable des ressources forestières effectuent des actions de prévention des risques sanitaires.
- Au Vietnam, une plateforme de dialogue interministérielle sur le One Health facilite les échanges entre autorités publiques et communautés scientifiques, ce qui permet une meilleure intégration des résultats de la recherche dans les politiques publiques.
Selon les premières estimations de PREZODE, toutes ces solutions sont peu coûteuses : entre trois à dix millions de US dollars par pays d’investissement pour les développer, puis environ 30 % de ce coût par an pour les maintenir.
L’enjeu n’est donc plus seulement technique : il est désormais politique et stratégique. Investir dans la prévention revient à faire le choix d’une prévention durable des risques sanitaires plutôt que d’en subir les conséquences.