L'IICA et le CIRAD renouvellent leur partenariat pour promouvoir agroécologie en Amérique latine et dans les Caraïbes

Institutionnel 10 juin 2026
L’IICA et le CIRAD renouvellent leur partenariat afin de promouvoir, en Amérique latine et dans les Caraïbes, des actions en faveur de la recherche, de l’innovation et du renforcement des capacités dans des domaines clés pour la durabilité et le développement des territoires ruraux. Un accord d’une durée de quatre ans a été signé le 18 mai 2026 à San José par Muhammad Ibrahim, directeur général de l’Institut interaméricain de coopération pour l’agriculture (IICA), et Tanguy Lafarge, directeur régional du CIRAD.
Tanguy Lafarge, directeur régional du CIRAD, et Muhammad Ibrahim, directeur général de l'IICA, après la signature de l'accord. © IICA
Tanguy Lafarge, directeur régional du CIRAD, et Muhammad Ibrahim, directeur général de l'IICA, après la signature de l'accord. © IICA

Tanguy Lafarge, directeur régional du CIRAD, et Muhammad Ibrahim, directeur général de l'IICA, après la signature de l'accord. © IICA

Cette coopération s’inscrit dans une approche globale de transition agroécologique et de santé environnementale. Elle porte notamment sur l'agroforesterie, la gestion forestière, la technologie et l'innovation, les intrants biologiques destinés à réduire la dépendance aux produits agrochimiques, l'agriculture régénérative et de précision, la santé animale et végétale, les sols et les écosystèmes, ainsi que les politiques publiques en faveur de systèmes agroalimentaires durables.

L’Amérique latine et les Caraïbes sont confrontées à des défis majeurs, qu’il s’agisse de maladies transfrontalières telles que la fusariose de la banane ou la mouche à vis chez les bovins, des coûts de production élevés ou encore des défis environnementaux. Dans ce contexte, la coordination entre la recherche et l’innovation est essentielle pour lutter contre la vulnérabilité du secteur agroalimentaire. Grâce à son expertise et à sa présence dans les régions tropicales, le CIRAD est un partenaire stratégique qui contribue également à renforcer la coopération Sud-Sud.

Muhammad Ibrahim
Directeur général de l'IICA

L’IICA est un partenaire prioritaire avec lequel nous souhaitons mettre en place des initiatives communes inscrites dans la durée. Pour le CIRAD, la recherche n’a de sens que si elle bénéficie concrètement au développement et aux producteurs. Il est essentiel de mieux connecter sciences et politiques publiques, afin d’accompagner les transformations du secteur agricole, notamment à travers notre réseau de 23 plateformes régionales multipartites, dont quatre en Amérique latine et dans les Caraïbes. Grâce à son rayonnement international, le CIRAD facilite l’échange de connaissances et d’innovations avec l’Afrique, l’Asie du Sud-Est et l’Europe.

Tanguy Lafarge
Directeur régional Mexique, Amérique centrale et pays andins du CIRAD

L’innovation au service du développement durable autour de trois grands enjeux 

Pour lancer cette nouvelle phase de coopération, les deux institutions ont organisé un forum technique réunissant plus de 80 participants. Les échanges ont porté sur trois enjeux prioritaires pour l’avenir de l’agriculture dans la région.

1. Transition agroécologique : réduire les intrants chimiques et lutter contre les ravageurs

La transition agroécologique en Amérique latine et dans les Caraïbes nécessite d’accélérer le déploiement des intrants biologiques, de promouvoir les bonnes pratiques agricoles et de renforcer les approches de lutte intégrée contre les ravageurs. Une meilleure articulation entre science, politiques publiques et acteurs du marché est également essentielle pour répondre aux besoins en matière de réglementation, de financement et de renforcement des capacités.

« Les intrants biologiques ne sont plus seulement une question technique : ils constituent désormais une priorité pour la durabilité, l’innovation et la résilience des systèmes agricoles. »
Harold Gamboa, spécialiste international du programme Innovation et bioéconomie de l’IICA

Ecoffee, une initiative multisectorielle pilotée par le CIRAD depuis 2020 dans le cadre d’un partenariat public-privé, vise à réduire l’usage des pesticides dans les systèmes de culture du café à l’échelle mondiale.

« L’utilisation de pesticides en Amérique latine a été multipliée par six au cours des 30 dernières années. Dans ce contexte, il est urgent d’accélérer la transition agroécologique dans des cultures telles que le café. Le recours aux pesticides peut être réduit grâce à des stratégies intégrées de gestion des ravageurs, des maladies et des mauvaises herbes, combinant variétés résistantes, intrants biologiques et bonnes pratiques agricoles, avec l’implication de l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur. »
Luc Villain, chercheur au CIRAD et directeur scientifique de l’initiative Ecoffee

2. Transformer les systèmes agro-alimentaires 

Mieux valoriser la biodiversité et les aliments natifs constitue un levier important pour améliorer la nutrition, encourager l’innovation dans la transformation alimentaire et les équipements destinés aux PME, et renforcer la commercialisation grâce à une plus forte valeur ajoutée et à des normes permettant de réduire les pertes tout en améliorant la compétitivité sur les marchés.

« Aujourd’hui, la faim, la sous-alimentation et l’obésité coexistent au sein des mêmes systèmes alimentaires, ce qui démontre l’urgence de transformer nos modèles de production. L’innovation doit permettre de transformer la biodiversité en aliments nutritifs avec une valeur marchande. »
Isahí Ugalde, spécialiste de la qualité alimentaire à l'IICA

L’unité mixte de recherche QualiSud travaille sur la qualité, la sécurité et l’innovation dans les systèmes agroalimentaires en renforçant les capacités techniques et scientifiques au service du développement durable des filières agricoles et alimentaires. 

« Il n’existe pas de solution unique pour l’innovation agroalimentaire. Chaque entreprise a besoin d’un accompagnement et de solutions scientifiques et techniques adaptées à ses besoins. La transformation alimentaire doit s’appuyer sur la biodiversité et des technologies innovantes et durables qui apportent de la valeur ajoutée et renforcent les entreprises locales. »
Adrien Servent, chercheur spécialisé dans la transformation des aliments et des produits alimentaires au CIRAD

3. Promouvoir l’agroforesterie et développer des produits forestiers.

Agroforesta, une plateforme interinstitutionnelle de collaboration scientifique, soutient le développement de systèmes agroforestiers en Amérique latine. 

« La plateforme Agroforesta promeut l’agroforesterie comme une solution pour préserver la biodiversité et renforcer la sécurité alimentaire dans la région. »
Mónica Arias, écologiste au CIRAD

Des recherches sont également menées sur les ravageurs et les maladies dans les systèmes diversifiés de culture du café, du cacao et de la banane. 

« Nous avons pu démontrer la réduction de l’incidence des maladies du bananier grâce à l’intégration de cacaoyers dans les plantations. C’est un bel exemple concret de solution durable face à l’usage excessif de produits agrochimiques. »
Catherine Abadie, phytopathologiste au CIRAD

Un autre projet, coordonné par le CIRAD au Costa Rica, vise à évaluer l’effet des pratiques agronomiques sur la santé des agrosystèmes de café, de cacao et de banane.

L’initiative « Forêts vivantes du Honduras », soutenue par l’Union européenne et l’IICA en partenariat avec l’Institut de conservation forestière (ICF), vise à lutter contre la déforestation, à atténuer les effets de la variabilité climatique et à renforcer la gouvernance ainsi que la durabilité du secteur forestier hondurien.

« Nous promouvons approche qui intègre les forêts dans les systèmes de production, afin de renforcer les liens entre agriculture et ressources forestières au service du développement durable. L’initiative vise à améliorer la gouvernance forestière et à accompagner la transition vers des systèmes agroforestiers capables de réduire les émissions, restaurer les paysages et améliorer les conditions de vie des communautés. »
Daryl Medina, IICA, coordinateur de l’Alliance forestière du projet « Forêts vivantes du Honduras »