Les éleveurs pastoraux, cartographes de leurs territoires

Vient de sortir 6 octobre 2026
Un nouvel ouvrage, intitulé « Pasteurs, cartographes des parcours » et coordonné par des scientifiques du CIRAD, vient de paraître aux éditions Cardère. Fruit d’un travail collectif de 52 co-auteurs, l’ouvrage s’inscrit dans le cadre de l'année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux. Il explore les manières dont les éleveurs de quatre continents représentent leurs territoires à travers la cartographie participative et transmettent leurs savoirs pour contribuer à une gestion durable des terres. L’ouvrage sera disponible lors du Sommet de l'élevage 2026, qui se tient cette semaine, du 5 au 9 octobre 2026, à Clermont-Ferrand.
Cartographie des mobilités pastorales au Sénégal. © J-D. Cesaro, CIRAD
Cartographie des mobilités pastorales au Sénégal. © J-D. Cesaro, CIRAD

Cartographie des mobilités pastorales au Sénégal. © J-D. Cesaro, CIRAD

Les espaces de parcours représentent la moitié des terres émergées de la planète, mais demeurent difficiles à cartographier par les méthodes traditionnelles. Souvent laissés en blanc sur les cartes, ils sont perçus à tort comme inutilisés ou sans valeur, alors qu'ils constituent le socle de l'élevage pastoral. Cette méconnaissance cartographique contribue à l'invisibilisation des éleveurs transhumants et de leurs pratiques, en dépit de leur rôle économique, social et environnemental.

Ce livre est le fruit d’une conviction partagée par quarante-neuf coauteurs – chercheurs, praticiens du développement, membres d’organisations pastorales, facilitateurs de terrain – réunis autour d’une question simple en apparence, mais profondément politique : comment rendre visibles des territoires que les outils classiques de la connaissance peinent à saisir ? Et plus encore : comment le faire en donnant la parole à ceux qui les habitent ?

Jean-Daniel Cesaro, Francesca Fagandini Ruiz et Ibra Touré
Coordinateurs de l’ouvrage

Gestion des territoires : le rôle central des éleveurs pastoraux

La cartographie participative révèle ainsi la richesse et la complexité des relations entre les pasteurs et leurs territoires. Elle donne à voir l'expérience que les éleveurs ont de leur espace, valorise leurs savoirs locaux, renforce la reconnaissance des droits des communautés pastorales et favorise leur organisation collective.

Cet ouvrage collectif s'appuie sur une série de cartes réalisées par des éleveurs dans le cadre de projets de recherche, de programmes de développement ou d'initiatives locales et endogènes. Il se positionne délibérément à contre-courant des tendances actuelles — accélération de l'intelligence artificielle, internet des objets, société hyperconnectée —, autant d'innovations qui peinent à appréhender le monde pastoral dans sa complexité : ses modes de vie, ses croyances, ses perceptions, son organisation. Sont mobilisés ici les outils fondamentaux de la géographie et de l'enquête de terrain : le papier, le crayon et la photographie. Cette démarche s'inscrit dans la lignée d'une géographie rurale, qui cherche à comprendre le monde sans vouloir le dominer.

En mettant en lumière les dynamiques pastorales, la cartographie participative s'affirme comme un instrument de dialogue pour comprendre et valoriser les pratiques des éleveurs transhumants. Plus qu'une méthode, elle constitue une tentative de reconnecter savoirs traditionnels et démarches scientifiques, réaffirmant ainsi le rôle central des éleveurs pastoraux dans la gestion des parcours.

Sommaire

  • Préface — Giacomo Rambaldi 
  • Introduction — Les terres de parcours, des zones blanches sur les cartes du monde 
  • Chapitre 1 — Sénégal. Les territoires marchands du forage de Niassanté 
  • Chapitre 2 — Vietnam. Des éleveurs à la conquête des cimes
  • Chapitre 3 — Andes. Intégration agriculture-élevage dans les agroécosystèmes andins à l’épreuve du boom du quinoa 
  • Chapitre 4 — Argentine. Tisser la solidarité dans le Chaco argentin 
  • Chapitre 5 — Mongolie. De l’uranium dans la steppe. Des cartes mentales pour évaluer l’impact de l’activité minière sur les services écosystémiques dans le désert de Gobi 
  • Chapitre 6 — Maroc. L’écologie du désert. Perceptions et stratégies pastorales des éleveurs camelins 
  • Chapitre 7 — Sénégal. Un lac bientôt inaccessible ? 
  • Chapitre 8 — Ethiopie. Représenter l’espace, la mobilité, et le calendrier pastoral pour faciliter l’accès aux soins vétérinaires de base en région afar 
  • Chapitre 9 — Espagne. Faire vivre les vias pecuarias. Un journal de transhumance de puebla de la sierra à la casa de campo à madrid (automne 2024) 
  • Chapitre 10 — Afrique de l’ouest. Représentation sensible des parcours par les éleveurs de camélidés entre Sénégal et Mauritanie 
  • Chapitre 11 — Kurdistan. Photographier les mobilités pastorales kurdes et caucasiennes : une anthropologie sans carte 
  • Chapitre 12 — Madagascar. Des cartes embarrassantes… mettre en lumière ou laisser dans l’ombre les pâturages extensifs à Madagascar 
  • Chapitre 13 — Tanzanie. Intégrer la cartographie participative des éleveurs dans les processus gouvernementaux d’aménagement du territoire en Tanzanie 
  • Chapitre 14 — Sénégal. La carte à dires d’acteurs, une connaissance pastorale co-construite 
  • Chapitre 15 — Sénégal. Reforester sans enfermer les pasteurs
  • Chapitre 16 — Zambie. Accompagner les éleveurs zambiens en périphérie du parc national de Kafue dans la gestion des ressources pastorales 
  • Chapitre 17 — Mongolie. Les groupes d’utilisateurs de pâturages en Mongolie pour gérer les communs pastoraux 
  • Conclusion — Les éleveurs pastoraux, au cœur des savoirs cartographiques de leur territoire 

A propos des coordinateurs

Jean-Daniel Cesaro – Géographe au Cirad, au sein de l’UMR Selmet, basé à Montpellier (France). Spécialiste des systèmes pastoraux et des territoires arides, il travaille sur les interactions entre élevage, environnement et politiques publiques. Il développe des approches de cartographie participative et de modélisation territoriale pour accompagner les pasteurs dans une gestion durable des parcours. Engagé à l’interface science-politique, il contribue aux réflexions internationales sur les liens entre pastoralisme, climat, biodiversité et désertification, notamment dans le cadre des Conventions de Rio, et intervient comme conseiller scientifique sur plusieurs projets en Afrique et en Asie.

Francesca Fagandini Ruiz – Docteur en géographie et anthropologue, chercheuse au Cirad (UMR Tetis), basée au Sénégal en partenariat avec l’Isra (Institut sénégalais de recherches agricoles). Ses travaux s’inscrivent dans le champ de la géographie critique et portent sur les dynamiques territoriales en contextes ruraux, en particulier dans les systèmes agropastoraux. Elle développe la méthodologie CartoSens, une approche participative et sensible de la cartographie intégrant les perceptions et les expériences des acteurs dans l’analyse des territoires. Ses recherches s’intéressent également aux mobilités et aux enjeux de santé territoriale.

Ibra Touré – Géographe, géomaticien et pastoraliste, spécialiste des systèmes d’élevage au Sahel et en Afrique de l’Ouest, et directeur régional du Cirad basé à Dakar (Sénégal). Il a développé des outils cartographiques et des systèmes d’information appliqués à l’analyse et à la durabilité des systèmes pastoraux. Cofondateur du dP PPZS, il a contribué à plusieurs programmes régionaux majeurs du Cilss, dont le Praps 1 et 2. Il a également assuré la formation et l’encadrement de nombreux étudiants et dispose d’une importante production scientifique. Il occupe le poste de directeur régional du Cirad pour l’Afrique de l’Ouest – zone sèche et représente l’Inrae et l’Alliance Agreenium.

Référence 

Jean-Daniel Cesaro, Francesca Fagandini Ruiz, Ibra Touré, 2026. Pasteurs, cartographes des parcours. Cardère, <344 p.>