En Afrique subsaharienne, la dégradation des sols menace les rendements du maïs autant que le changement climatique

Vient de sortir 3 février 2026
Une étude internationale publiée dans Global Change Biology coordonnée par le Cirad en collaboration avec 32 instituts, révèle que la baisse de la fertilité des sols pourrait avoir un impact plus important sur les rendements agricoles à long terme que le changement climatique.
Expérience de longue durée sur la gestion intégrée de la fertilité des sols dans l’ouest du Kenya (Sidada, Siaya District). Les traitements sans intrants sont visibles au premier plan, tandis que différents niveaux de gestion de la fertilité des sols apparaissent à l’arrière-plan et sur la droite. © Antoine Couëdel.
Expérience de longue durée sur la gestion intégrée de la fertilité des sols dans l’ouest du Kenya (Sidada, Siaya District). Les traitements sans intrants sont visibles au premier plan, tandis que différents niveaux de gestion de la fertilité des sols apparaissent à l’arrière-plan et sur la droite. © Antoine Couëdel.

Expérience de longue durée sur la gestion intégrée de la fertilité des sols dans l’ouest du Kenya (Sidada, Siaya District). Les traitements sans intrants sont visibles au premier plan, tandis que différents niveaux de gestion de la fertilité des sols apparaissent à l’arrière-plan et sur la droite. © Antoine Couëdel, Cirad

L’essentiel

  • La baisse de fertilité des sols a un impact aussi fort, voire plus important sur les rendements que les changements de climat attendus ;
  • La combinaison d’engrais organiques et minéraux permet de pallier la perte de fertilité et de s’adapter au changement climatique ;
  • La restauration des sols est une priorité pour assurer les rendements et s’adapter au climat.

Le changement climatique est largement reconnu comme une menace majeure pour la sécurité alimentaire en Afrique subsaharienne . Pourtant, une nouvelle étude basée sur 4 essais de longue durée et un ensemble de 15 modèles sol–culture montre que le déclin progressif de la fertilité des sols pourrait réduire les rendements du maïs plus fortement que les effets de la hausse des températures, des changements de précipitations et de l’augmentation du CO₂ atmosphérique.

Une dégradation des sols autant, voire plus limitante que le changement climatique 

En simulant l’évolution conjointe du climat et de la fertilité des sols sur le long terme dans plusieurs régions représentatives de la production de maïs en Afrique subsaharienne (Côte d’Ivoire, Zimbabwe, Kenya) les chercheurs montrent qu’en l’absence de fertilisation, la teneur en carbone organique des sols diminue continuellement, entraînant une baisse marquée des rendements. 

Notre étude montre que la dégradation des sols pourrait entrainer des baisses de rendements du maïs de 20 à 50 % sur quelques décennies, un impact plus important que celui du réchauffement climatique, des changements de précipitations et de l’augmentation du CO₂ pris isolément. Négliger l’impact de la dégradation des sols dans les études prospectives entraînerait une grave sous-estimation des pertes de production à venir.

Antoine Couëdel
Chercheur au Cirad et auteur principal de l’étude

L’ordre de grandeur des pertes de rendement dues à la diminution de la fertilité des sols est actuellement supérieur à celui de l’impact du changement climatique. Cela s’explique notamment par le fait que la fertilité des sols est souvent si faible que les cultures sont principalement limitées par l’accès aux nutriments plutôt que par les conditions climatiques.

Régis Chikowo
Université du Zimbabwe

Quelle solution pour sécuriser les rendements face au changement climatique ?

Face à ce constat, les stratégies de gestion intégrée de la fertilité des sols, combinant intrants organiques et minéraux, permettent de limiter cette diminution de fertilité des sols et de tripler les rendements avec des bénéfices qui augmentent dans le temps, y compris sous changement climatique. 

« Une gestion intégrée des sols, fondée sur l’utilisation efficiente des engrais organiques et minéraux, permet d’enclencher un cercle vertueux garantissant à la plante un accès durable aux éléments minéraux essentiels à sa croissance » ajoute Antoine Couëdel.

Ce recours aux engrais organiques et minéraux représente une adaptation sur le long terme crédible face au changement climatique.

Nos résultats montrent que la résolution des problèmes de dégradation des sols constitue à la fois une priorité pour la sécurité alimentaire en Afrique subsaharienne et une stratégie d’adaptation qu’on qualifie de ‘sans regret’ face au changement climatique. En effet, l’efficacité de l’utilisation des engrais n’est que faiblement affectée par le changement climatique et permet, en tout état de cause, d’obtenir des rendements nettement plus élevés que ceux observés dans les conditions actuelles de faibles niveaux d’intrants.

Babacar Faye
Université Sine Saloum El Hadj Ibrahima Niass au Sénégal

Ces travaux soulignent l’urgence de considérer la restauration et le maintien de la fertilité des sols comme un pilier central des stratégies d’adaptation au changement climatique.

Des résultats robustes fondés sur un ensemble de 15 modèles

L’originalité de cette étude réside également dans sa méthodologie multi-modèles. Les chercheurs ont mobilisé 15 modèles sol–culture indépendants dans le cadre du projet international AgMIP, développé par la NASA et l’Université Columbia. Le Cirad  y coordonne le volet « systèmes de culture à bas niveau d’intrants », en partenariat avec des instituts d’Afrique subsaharienne spécialisés en modélisation. Cette approche multi-modèles permet de réduire les incertitudes et de dégager des tendances robustes. Les auteurs intègrent en particulier les impacts à long terme de la fertilité des sols dans leurs simulations, une dimension encore largement absente des études d’impact du changement climatique en Afrique subsaharienne.

Référence
Couëdel, A., G. N. Falconnier, M. Adam, et al. 2026. “ Beyond Climate Change: The Role of Integrated Soil Fertility Management for Sustaining Future Maize Yield in Sub-Saharan Africa.” Global Change Biology 32, no. 2: e70720. https://doi.org/10.1111/gcb.70720.