Transition agroécologique des pays du Sud : quelles conditions de réussite ?

Science at work 21 September 2022
L’agroécologie est de plus en plus plébiscitée pour développer des systèmes agricoles durables et adaptés aux contraintes des producteurs, plus résilients face aux aléas climatiques et sanitaires. S’appuyant sur 15 ans de recherche en partenariat dans les pays du Sud, les chercheurs du Cirad ont identifié les leviers pour mettre en place et améliorer des systèmes agroécologiques. A renforts d’exemples et d’histoires à succès, ils décrivent les chemins de la transition dans un article de synthèse paru dans la revue Agronomy for Sustainable Development.
Le Sénégal se mobilise à large échelle pour une transition agroécologique. © R. Belmin, Cirad
Le Sénégal se mobilise à large échelle pour une transition agroécologique. © R. Belmin, Cirad

Le Sénégal se mobilise à large échelle pour une transition agroécologique. © R. Belmin, Cirad

Agriculture biologique, agriculture de conservation, agroforesterie… une multitude de systèmes de cultures illustrent les voies de l’agroécologie.  Ce sont sur les principes et les leviers pour rendre opérationnelle la transition agroécologique dans les pays du Sud que porte un récent article publié dans Agronomy for Sustainable Development. Les auteurs, des scientifiques du Cirad et des experts de l’Agence Française de Développement (AFD), y définissent trois piliers essentiels à la réussite de ces transitions :

  1. Mobiliser la biodiversité et les processus écologiques pour une gestion sobre et efficiente des ressources naturelles,
  2. Co-développer progrès technique, économique et social, et associer l’ensemble des acteurs du changement au processus d’innovation,  
  3. Penser le changement d’échelle de la transition agroécologique différemment du modèle de la révolution verte en l’adaptant à chaque contexte local.

Pour mettre en œuvre ces trois principes, une dizaine de leviers communs aux différents systèmes de productions tropicaux ont été identifiés et parmi les principaux :

  • la régulation des bioagresseurs par une gestion de la biodiversité de l’échelle de la parcelle à celle du paysage,
  • l’amélioration de l’efficience des cycles biogéochimiques,
  • le renouvellement des cibles de l’amélioration génétique pour des plantes adaptées aux changements climatiques et aux systèmes de cultures biodiversifiés,
  • un ensemble de dispositifs locaux d’appui aux producteurs ( formation, organisation, accès aux crédits, reconnaissance du rôle des femmes dans l’agriculture,…)
  • de nouvelles méthodes d’évaluation des systèmes de production basées sur un ensemble de performances et plus seulement la seule performance économique de court terme,
  • le développement de marchés valorisant les efforts de la transition agroécologique,
  • une action politique de soutien à la transition à l’échelle nationale et globale.

Ces conclusions s’appuient sur l’expertise unique du Cirad en zones tropicales, comme le souligne François Côte, premier auteur de l’article et délégué aux filières au Cirad : « Le Cirad dispose de retours d’expériences sur une grande diversité de systèmes de cultures en zones tropicales, rendus possibles grâce à des partenariats en recherche agricole dans près de 50 pays. C’est tout le poids de cette expertise, au plus proche des producteurs, qui nous permet aujourd’hui d’appuyer les transitions agroécologiques des agricultures du Sud et d’en montrer la pertinence. »

La transition agroécologique est un processus long mais des succès sont déjà là, grâce aux efforts conjugués de la recherche, des producteurs et des autres acteurs du changement. En voici quelques exemples :

Vers un café cultivé en agroforesterie

L’agroécologie débute aux champs, par l’utilisation des synergies entre les plantes cultivées et leur environnement. Les pratiques agroécologiques cherchent ainsi à mobiliser les atouts et services offerts par les écosystèmes. En retour, la préservation des équilibres naturels garantit la durabilité du système agricole et sa résilience face aux aléas climatiques ou sanitaires. Le Cirad expérimente par exemple l’agroforesterie, c’est à dire l’association d’arbres et de cultures, sur des filières comme le café.

Vers une banane sans pesticides

Aux Antilles, la crise de la chlordécone a agi comme un accélérateur pour développer des systèmes de production respectueux de l’environnement. Le Cirad et les producteurs ont ainsi développé et mise en œuvre à l’aide des pouvoirs publics un ensemble de techniques basées sur les principes de l’agroécologie pour limiter l’usage des pesticides. En développant l’usage des vitroplants et des jachères, l’utilisation des plantes de service, le piégeage biologique des bioagresseurs, l’usage des pesticides a été réduit en quelques années de près de 60 %. Cette dynamique vertueuse se poursuit et est maintenant en cours de développement en Afrique à la fois sur les productions de bananes dessert mais également pour les bananes à cuire (plantain) pour la consommation locale.

 

Produire plus de bananes plantain sans pesticides : l'expérience du Cameroun

Pour une mobilisation politique

Une mobilisation politique pour une transition agroécologique à grande échelle reste nécessaire. Certains pays s'y engagent  en Amérique latine par exemple, mais aussi en Afrique de l'Ouest, au Sénégal.

 

Les lois de la transition agroécologique au Brésil

 

Référence

François Xavier Côte, Bruno Rapidel, Jean Michel Sourisseau, Francois Affholder, Nadine Andrieu, Cécile Bessou, Patrick Caron, Jean-Philippe Deguine, Guy Faure, Etienne Hainzelin, Eric Malezieux, Emmanuelle Poirier-Magona, Philippe Roudier, Eric Scopel, Philippe Tixier, Aurélie Toillier, Sylvain Perret. 2022. Levers for the agroecological transition of tropical agriculture. Agronomy for Sustainable Development.