Results & impact 28 October 2025
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La transition agroécologique s’accélère en Asie-Pacifique
Agricultrice membre du projet ASSET, qui a pour objectif de promouvoir des transitions agroécologiques pour des systèmes agricoles et alimentaires plus durables en Asie du Sud-Est © Projet ASSET
L’essentiel
- En Asie-Pacifique, les transitions agroécologiques ne sont plus de simples perspectives : elles sont devenues urgentes.
- Les exploitations agricoles sont les premières à expérimenter de nouveaux systèmes de production. Néanmoins ces innovations ne sont tenables que grâce à un soutien politique fort.
- En 2024, l’ASEAN (Association des nations de l'Asie du Sud-Est) a adopté des lignes directrices pour la transition agroécologique. Au-delà des pratiques agronomiques à la parcelle, les changements sont pensés à l’échelle des filières et à un niveau régional.
« Parler des systèmes alimentaires dans l'ASEAN et la région Asie-Pacifique, c’est parler de l'avenir de centaines de millions de personnes. Aujourd’hui, le problème n'est plus de produire suffisamment mais plutôt de produire les bons aliments de la bonne manière. » Imelda Bacudo, experte des systèmes alimentaires à la FAO, missionnée sur l’initiative politique de l’ASEAN « Green bond for sustainable agriculture » (l’obligation verte de l'ASEAN pour une agriculture durable), faisait partie des quelque 230 personnes présentes lors de TARASA25 en novembre dernier. L’événement a été organisé dans la capitale du Laos, Vientiane. Scientifiques, agriculteurs, décideurs politiques, jeunes leaders, société civile et secteur privé : toutes et tous réunis pour partager les derniers résultats de projets innovants sur l’agroécologie en Asie-Pacifique. La mobilisation, marquante par son ampleur, montre une volonté politique partagée d’imaginer collectivement de nouveaux systèmes alimentaires viables, durables, sains et justes.
Pas « une » mais « des » transitions agroécologiques
Les échanges de TARASA25 ont rappelé que la transition agroécologique ne peut être uniforme. Les solutions doivent s’adapter aux territoires, aux systèmes de production et aux contraintes propres à chaque pays. Cette diversité demande des outils communs pour guider l’action publique.
Adoptées en 2024, les ASEAN Policy Guidelines on Agroecological Transitions (AET) constituent un cadre régional de référence. Ces lignes directrices visent à intégrer l’agroécologie dans les stratégies régionales et à appuyer les États membres dans le renforcement de leurs politiques nationales, tout en laissant à chaque pays la possibilité d’adapter leur mise en œuvre aux réalités locales.
Le Cirad a contribué activement à l’élaboration de ces Guidelines, en partenariat avec le secrétariat de l’ASEAN, l’initiative lao pour l’Agroécologie dans l’ASEAN (LICA) et l’AFD. En mobilisant plus de vingt ans de travaux menés en Asie du Sud-Est, l’établissement a participé à transformer des résultats de recherche et des expérimentations de terrain en repères stratégiques à l’échelle régionale.
La recherche apporte des preuves et améliore la coordination entre secteurs
Présentées à TARASA25, les Guidelines s’appuient donc sur des recherches visant à démontrer la viabilité et la diversité des transitions agroécologiques. Depuis 2023, des réseaux scientifiques régionaux développent des outils communs pour évaluer non seulement la productivité, mais aussi la biodiversité, la qualité des sols et les dimensions sociales des pratiques. L’enjeu est de dépasser les projets pilotes pour disposer d’évaluations comparables à l’échelle territoriale, voire nationale.
La recherche met ainsi en évidence une pluralité de trajectoires : diversification des systèmes, réduction des intrants, intégration agriculture-élevage, agroforesterie ou encore structuration de filières durables. Elle montre que ces approches peuvent être à la fois écologiquement pertinentes et économiquement viables, ce qui renforce la crédibilité des orientations politiques.
Le rôle des institutions scientifiques ne se limite pas à produire des données. Comme l’ont rappelé plusieurs intervenants à TARASA25, l’agroécologie suppose une coordination entre secteurs. La recherche contribue à rapprocher ministères, organisations paysannes, scientifiques et partenaires techniques, en reliant les enjeux de climat, de sécurité alimentaire et de développement rural.
Des programmes régionaux comme le projet ASSET, coordonné conjointement par le GRET et le Cirad, illustrent cette dynamique. En articulant expérimentation territoriale et politiques publiques, ils montrent que la recherche peut aussi accompagner le développement, au-delà de l’expertise technique. En effet, en mettant en relation chercheurs, administrations et acteurs de terrain dans plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, le projet ASSET favorise la circulation d’expériences et l’adaptation des pratiques aux contextes locaux.
Cette mise en réseau s’inscrit dans une approche territoriale : les principes discutés à l’échelle régionale sont traduits en actions adaptées aux réalités agricoles et institutionnelles de chaque territoire. Elle facilite l’évolution des pratiques et des dispositifs d’accompagnement, tout en permettant leur diffusion progressive à une échelle plus large.
Un modèle local qui s'étend
Au Vietnam, dans le cadre du projet ASSET, le modèle fourrage–ensilage–compost illustre une autre forme de passage à l’échelle. Testé en 2022 auprès d’une soixantaine d’agriculteurs, en partenariat avec les services provinciaux de vulgarisation, dans quatre villages pilotes du Nord-Ouest, ce modèle d’intégration agriculture–élevage visait à améliorer l’autonomie fourragère, valoriser les résidus organiques et réduire les coûts d’intrants.
Trois ans plus tard, il est pratiqué par plus de 800 familles dans plus de 70 villages et 15 communes de la région. Cette diffusion repose sur un partenariat étroit entre le projet, les communautés agricoles et les services d’appui locaux, qui ont assuré l’accompagnement technique et la transmission des savoir-faire.
L’impact dépasse désormais le niveau des exploitations. La province de Điện Biên est en train de réviser ses politiques existantes afin d’intégrer un soutien explicite aux pratiques agroécologiques. Le modèle fourrage–ensilage–compost est par ailleurs cité comme exemple d’intégration agriculture–élevage dans les ASEAN Policy Guidelines on Agroecological Transitions.