Le pastoralisme : un levier majeur de résilience face aux crises environnementales

Just out 27 July 2026
Longtemps considéré comme un système d’élevage du passé, le pastoralisme gagne aujourd’hui en reconnaissance comme solution face aux défis du changement climatique, de l’érosion de la biodiversité et de la dégradation des terres, tout en contribuant à des systèmes alimentaires plus durables. À quelques jours de la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), le CIRAD publie une note de position appelant à activer les synergies entre les trois Conventions de Rio pour soutenir un pastoralisme durable en faveur de socio-écosystèmes résilients.
Lamas dans la vega, Argentine
Lamas dans la vega, Argentine

Lamas dans la « vega », pâturage d'altitude en Argentine © IMAGEO

Les parcours couvrent près de la moitié des terres émergées de la planète. Ils abritent une biodiversité exceptionnelle, stockent une part importante du carbone des sols mondiaux et constituent le support de vie de près de 500 millions de personnes. Pourtant, ces espaces et les sociétés pastorales qui les entretiennent restent fortement menacés. Changement climatique, artificialisation et fragmentation des territoires, accaparement foncier, perte des savoirs et marginalisation des éleveurs fragilisent ces socio-écosystèmes, alors même que leur contribution à la durabilité des systèmes alimentaires et à la préservation des ressources naturelles est de plus en plus démontrée par la recherche.

Face à ce constat, le CIRAD appelle à mieux reconnaître le rôle du pastoralisme dans les politiques internationales. Si les trois conventions de Rio — sur le climat, la biodiversité et la lutte contre la désertification — poursuivent des objectifs complémentaires, elles abordent encore le pastoralisme de manière fragmentée. Souvent considéré sous l'angle de ses émissions de gaz à effet de serre ou de ses impacts supposés sur les milieux, il est encore insuffisamment reconnu pour les nombreux services écosystémiques qu'il rend : maintien de paysages ouverts favorables à la biodiversité, stockage de carbone dans les sols, gestion durable des ressources naturelles, adaptation des territoires aux aléas climatiques ou encore préservation des moyens d'existence des populations rurales.

La nouvelle note de position du CIRAD, intitulée Pastoralisme et conventions de Rio : activer les synergies pour des socio- écosystèmes résilients, montre qu'une approche intégrée permettrait de dépasser ces visions sectorielles. En s'appuyant sur la multifonctionnalité des systèmes pastoraux, le CIRAD plaide pour que le pastoralisme soit pleinement intégré aux stratégies nationales et internationales relatives au climat, à la biodiversité et à la gestion durable des terres. Une telle reconnaissance offrirait des bénéfices croisés pour les trois conventions de Rio et contribuerait à construire des politiques publiques plus cohérentes face aux crises environnementales.

À télécharger ici :

Trois grandes orientations pour accompagner cette synergie

La note insiste sur le soutien aux transitions durables dans les territoires pastoraux, en favorisant une gestion concertée des parcours, la sécurisation de la mobilité des troupeaux, la restauration des écosystèmes avec les communautés pastorales et le développement de solutions conciliant élevage, biodiversité et adaptation climatique. 

La deuxième ambition porte sur la production de connaissances : le CIRAD défend le développement d'indicateurs mieux adaptés à la réalité des systèmes pastoraux, la coproduction de données avec les acteurs locaux et le recours à la modélisation pour éclairer les décisions publiques. 

Enfin, la publication souligne l'importance de renforcer les coopérations entre chercheurs, organisations d'éleveurs, institutions nationales et internationales afin de mieux faire entendre la voix du pastoralisme dans les grandes négociations environnementales.

Ce Position s'appuie sur les travaux conduits depuis plusieurs décennies par les équipes du CIRAD et leurs partenaires en Afrique, en Asie et dans d'autres régions pastorales du monde. Elle mobilise de nombreux exemples de recherche et d'innovation, depuis la restauration des parcours et la gestion durable des territoires jusqu'à la planification territoriale, la gouvernance des ressources communes ou les approches One Health. Ces expériences montrent que les communautés pastorales ne sont pas seulement confrontées aux crises environnementales : elles en sont aussi des acteurs clés des solutions.

À l'approche des prochains cycles de mise en œuvre des conventions de Rio et de l'agenda international post-2030, cette publication invite les décideurs à changer de regard sur le pastoralisme. En reconnaissant pleinement les contributions des sociétés pastorales au climat, à la biodiversité et à la gestion durable des terres, il devient possible de construire des politiques plus justes, plus efficaces et mieux adaptées aux réalités des territoires.