Science en action 9 septembre 2026
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Prévenir la réémergence du virus Ebola en Afrique grâce à la surveillance communautaire
Mathieu Bourgarel, écologue au CIRAD, mène des analyses sur une chauve-souris dans le cadre de la surveillance du virus Ebola © J.-L. Albert
L'essentiel
- Depuis fin mars 2026, une épidémie d'Ebola causée par la souche rare Bundibugyo frappe l'est de la RDC, avec un taux de létalité proche de 50 %.
- La détection précoce du virus dans la faune sauvage, avant qu'il n'atteigne l'humain, repose largement sur la vigilance des chasseurs, des forestiers et des communautés locales, premiers témoins de terrain.
- Le CIRAD porte, avec ses partenaires, une approche One Health qui pousse pour une meilleure implication des communautés locales dans les actions de prévention. Des échanges avec les premières personnes impactées par les émergences épidémiques sont conduits régulièrement, notamment via le jeu de sensibilisation ALERT.
Au 12 septembre 2026, le bilan dépasse 7000 cas confirmés et 3400 décès. Sept provinces sont désormais touchées, dont certaines sont situées aux frontières de l’Ouganda, de la République centrafricaine et du Congo-Brazzaville. Il s’agit de la dix-septième épidémie d’Ebola du pays et l’une des plus importantes jamais recensées. Depuis le 17 mai, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale.
Pour Mathieu Bourgarel, écologue de la santé au CIRAD, cette réémergence n’est pas le fruit du hasard. En RDC, les populations locales, contraintes de fuir leurs villages en raison de l’insécurité liée aux conflits dans la région, s’enfoncent dans des zones forestières jusque-là peu fréquentées. De nouvelles interfaces de contact apparaissent alors entre faunes sauvages et humains, propices à la transmission du virus d’une espèce à une autre. Un phénomène d’autant plus difficile à anticiper que le réservoir animal du virus Ebola demeure, à ce jour, inconnu.
Cet épisode illustre un enjeu plus large. La majorité des maladies infectieuses émergentes chez les humains proviennent du monde animal. Autrement appelées zoonoses, leur détection précoce est donc un enjeu de santé publique majeur.
Anticiper la maladie à la source
Avant d’atteindre l’humain, le virus circule dans la faune sauvage selon des mécanismes encore peu connus. Les grands singes, chimpanzés et gorilles, y sont sensibles et peuvent en mourir au même titre que l’être humain. Une carcasse d’animal infecté repérée en forêt peut donc constituer un signal précoce de la présence du virus dans une zone. Il représente un risque pour les populations voisines. En effet, le contact avec le sang, les sécrétions ou les tissus d’un animal infecté, notamment lors de la chasse ou de la consommation de viande de brousse, suffit à transmettre le virus à l’humain.
Ces informations restent pourtant difficiles à recueillir. Les carcasses disparaissent vite en milieu forestier, et les cas de mortalité animale ne sont pas toujours signalés malgré les campagnes de sensibilisation. Les chasseurs et les forestiers, en contact direct avec le milieu naturel, jouent ici un rôle clé dans la détection de la circulation du virus avant qu’il ne contamine les populations.
Une telle vigilance suppose de décloisonner les secteurs. « Si on veut détecter précocement les émergences, il faut que la santé animale, la santé humaine et l’environnement travaillent ensemble, explique Mathieu Bourgarel. Quand la faune sauvage est impliquée, les parcs nationaux et les agences environnementales doivent faire partie du système de surveillance. On ne peut pas se reposer uniquement sur le secteur de la santé humaine. » C’est tout l’enjeu de l’approche One Health, d’autant plus nécessaire que les foyers de fièvres hémorragiques émergent souvent dans des zones où les systèmes de santé sont fragilisés par les conflits et le manque de moyens, comme dans l’est de la RDC.
ALERT : sensibiliser par le jeu
Pour renforcer la chaîne de surveillance, l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), l’IRD, l’Institut Pasteur et le CIRAD ont développé, avec l’éditeur Bioviva, un jeu de cartes baptisé « ALERT ». Conçu dans le cadre du projet EBO-SURSY, il a été testé pour la première fois en Guinée en 2021, avec les équipes du CIRAD au contact des communautés locales.
Le principe du jeu est de construire ensemble, autour d’un plateau, la chaîne d’alerte et de réponse à un foyer épidémique. L’objectif est de montrer que la chaîne de transmission de l’information implique de nombreux acteurs, y compris communautés locales, chasseurs, vétérinaires, autorités sanitaires… Mais aussi de sensibiliser les communautés au rôle qu’elles ont à jouer dans la surveillance, pour que l’information remonte le plus vite possible jusqu’aux autorités compétentes. « Si un seul maillon ne joue pas son rôle, l’alerte n’arrive jamais à temps », résume Mathieu Bourgarel.
ZOOSURSY, la suite d’EBO-SURSY
Le projet ZOOSURSY prend la suite d’EBO-SURSY depuis 2024 et vise à renforcer les systèmes de surveillance des zoonoses dans 17 pays d’Afrique de l’Ouest, centrale, de l’Est et australe.
Coordonné par l’OMSA, le projet réunit le CIRAD, l'Institut Pasteur, l'IRD, l'université d'Helsinki, et le Helmholtz Institute for One Health. Trois leviers principaux sont annoncés :
- Renforcer la surveillance et le diagnostic : améliorer la coordination entre santé animale, santé publique et services environnementaux, et déployer des équipes multisectorielles pour la collecte de données de terrain à l’interface faune sauvage / animaux domestiques / humains / environnement.
- Former les acteurs de terrain : accroître les capacités des services vétérinaires, des étudiants et des professionnels par l’enseignement et la formation.
- Sensibiliser les communautés aux zoonoses : mener des campagnes adaptées à chaque contexte local, jusqu’au cinéma itinérant utilisé au Mozambique.