Une étude de paléogénomique révèle l'histoire évolutive d’un agent pathogène des agrumes

Résultats & impact 20 juillet 2023
Une étude de paléogénomique, coordonnée par le Cirad et le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN), publiée le 20 juillet dans Nature communications, dévoile des avancées significatives dans la compréhension de l'histoire évolutive des agents pathogènes des plantes. L’étude s'est concentrée sur une bactérie pathogène des agrumes, utilisant des échantillons d'herbiers historiques comme source d'ADN de la bactérie pour reconstruire son passé.
Planche de l’Herbier national du Muséum national d'Histoire naturelle : genre Citrus, comportant sur certaines feuilles des lésions caractéristiques du chancre bactérien des agrumes © L. Gagnevin, Cirad
Planche de l’Herbier national du Muséum national d'Histoire naturelle : genre Citrus, comportant sur certaines feuilles des lésions caractéristiques du chancre bactérien des agrumes © L. Gagnevin, Cirad

Planche de l’Herbier national du Muséum national d'Histoire naturelle : genre Citrus, comportant sur certaines feuilles des lésions caractéristiques du chancre bactérien des agrumes © L. Gagnevin, Cirad

Au cours de la dernière décennie, la paléogénomique – discipline qui consiste à étudier les génomes d’individus anciens – a permis des avancées majeures et originales dans la connaissance des agents pathogènes, y compris ceux qui affectent les cultures. A partir d’échantillons d'herbiers d'agrumes infectés issus d’une dizaine de collections botaniques et d’herbiers de muséums d’histoire naturelle, une équipe de scientifiques du Cirad et du MNHN a reconstruit 13 génomes historiques d’une bactérie pathogène responsable du chancre des agrumes : la bactérie Xanthomonas citri pv. citri, dont le plus ancien génome date de 1845.

En comparant ces génomes historiques à des génomes modernes, les chercheurs ont montré que cette bactérie est apparue il y a environ 11 500 ans en Asie du Sud et s’est diversifiée à partir du début du XIIIe siècle. Cette chronologie correspond à la diversification des agrumes et suggère un lien entre la spécialisation de la bactérie sur les agrumes et les changements climatiques néolithiques, ainsi que le développement de l'agriculture qui les a suivis. Le développement de la culture d’agrumes a été un facteur majeur dans la diversification de la bactérie, facilitée par les échanges précoces Est-Ouest des routes de la soie et la mondialisation de l’agriculture à partir du XVIIe siècle.

Cette étude marque une étape importante dans le domaine de la paléogénomique et son application à la recherche sur les agents pathogènes des plantes. Des milliers d’échantillons d’herbiers, incluant des plantes cultivées et conservés dans le monde entier, restent encore à explorer. Ainsi, ces travaux illustrent l’importance de maintenir et enrichir de telles collections et ouvrent de nombreuses perspectives quant à leur valorisation, en particulier pour la connaissance des interactions entre les agents pathogènes, les plantes et les activités humaines.

Collections d'herbiers échantillonnées :


Référence 

P. E. Campos, O. Pruvost, K. Boyer, F. Chiroleu, T. Trang Cao, M. Gaudeul, C. Baider, T. M. A. Utteridge, N. Becker, A. Rieux, L. Gagnevin. Herbarium specimen sequencing allows precise dating of Xanthomonas citri pv. citri diversification history. Nature communications. https://doi.org/10.1038/s41467-023-39950-z