Maraîchage et gestion de l’enherbement en Martinique : quelles nouvelles stratégies ?

24/09/2026
Comment réduire la pénibilité du désherbage tout en développant des pratiques adaptées aux réalités du maraîchage martiniquais ? C’est l’une des questions auxquelles le CIRAD et ses partenaires ont cherché à répondre dans le cadre du projet Gestion agroécologique de l’enherbement en maraîchage (GAMME). À travers une démarche participative associant chercheurs et producteurs, le projet a permis d’évaluer différentes solutions directement dans les exploitations : paillages, désherbage mécanique, outils conçus localement et robotisation. Les expérimentations ont notamment montré l’intérêt de combiner plusieurs leviers en fonction des caractéristiques des systèmes de production. Cette dynamique s’est également traduite par l’organisation de journées techniques, qui ont réuni plus de 50 participants, ainsi que par la réalisation d’un livret technico-économique de 124 pages présentant 19 pratiques de gestion de l’enherbement. Ces ressources visent à faciliter l’appropriation des résultats par les producteurs et les professionnels de l’accompagnement agricole.
Paillis végétal concombre. © E. Lainé
Paillis végétal concombre. © E. Lainé

Paillis végétal concombre. © E. Lainé

Le projet GAMME mené en partenariat avec l’Institut technique tropical (IT²), l’Établissement public local d’enseignement et de formation professionnelle agricole (EPLEFPA) de Croix-Rivail et la Chambre d’agriculture de Martinique, a été cofinancé par la Collectivité territoriale de Martinique (CTM) et le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER), dans le cadre du programme 2014-2020.

Le désherbage, un enjeu pour les exploitations maraîchères martiniquaises

En Martinique, le désherbage manuel demeure une contrainte majeure pour les cultures légumières. Il représente une charge importante pour les producteurs, en temps de travail comme en pénibilité.

Dans ce contexte, le projet GAMME a cherché à identifier des pratiques permettant de mieux maîtriser les adventices tout en tenant compte des contraintes des exploitations martiniquaises.

L’objectif n’était pas seulement d’évaluer l’efficacité de différentes techniques de désherbage, mais également d’apprécier leur intérêt dans les conditions réelles de production et leur adaptation aux systèmes de culture.

Une expérimentation conduite directement dans les exploitations

L’originalité de la démarche repose notamment sur son approche participative, associant chercheurs et producteurs.

Plus de 20 producteurs ont accueilli des expérimentations et 24 comparaisons ont été réalisées directement dans les exploitations. Cette mise à l’épreuve des solutions dans des conditions réelles de production a permis de mieux apprécier leurs intérêts, mais aussi leurs limites.

Différentes solutions ont ainsi été testées, du paillage au désherbage mécanique, en passant par la fabrication locale d’outils et la robotisation.

Le paillage, un levier pour réduire les interventions manuelles

Parmi les solutions étudiées, le paillage occupe une place importante. Différents matériaux ont été comparés : film plastique, toile tissée, papier, carton, matières organiques ou BRF (bois raméal fragmenté).

Les essais menés avec certains paillages en papier et en carton ont notamment montré leur capacité à rester en place plusieurs mois malgré l’alternance de périodes sèches et humides. Dans certaines conditions, ils pouvaient même accompagner deux cycles courts de culture.

L’un des résultats les plus significatifs concerne la réduction du nombre d’interventions : jusqu’à sept opérations de désherbage manuel ont pu être économisées dans l’un des essais utilisant un paillage papier ou carton.

Ces résultats doivent toutefois être appréciés au regard du temps nécessaire à l’installation du paillage. Une partie du travail est ainsi déplacée avant la plantation, plutôt que supprimée. L’intérêt de la technique peut alors résider dans la réduction des interventions répétitives et pénibles pendant le cycle de culture.

Expérimentation de paillage papier. © DR, CIRAD

Expérimentation de paillage papier. © DR, CIRAD

Adapter les outils de désherbage aux systèmes de culture

Le projet GAMME s’est également intéressé au désherbage mécanique, avec l’expérimentation de houes maraîchères, de têtes de débroussailleuse adaptées ou encore de bineuses à roue.

Ces équipements peuvent contribuer à réduire les efforts physiques, mais leur efficacité dépend des conditions dans lesquelles ils sont utilisés : espacement entre les rangs, préparation du sol, stade des adventices ou entretien du matériel.

Les expérimentations soulignent ainsi l’importance d’une approche systémique de la gestion de l’enherbement. La performance d’un outil ne peut pas être dissociée de l’organisation et des caractéristiques du système de culture.

Houe maraîchère. © DR, CIRAD

Houe maraîchère. © DR, CIRAD

L’innovation des outils de désherbage peut aussi venir des producteurs

Une autre piste explorée dans le cadre du projet repose sur la fabrication locale d’outils.

Certains producteurs ont appris à travailler le métal pour concevoir eux-mêmes des outils de désherbage, notamment des houes maraîchères à roue. Des dispositifs facilitant la pose des paillages ont également été développés à partir de matériaux disponibles localement. Cette démarche illustre une autre dimension de l’innovation : celle qui consiste à adapter les équipements aux besoins et aux contraintes du terrain, avec des solutions simples et réparables.

La robotisation : une solution adaptée à certaines parcelles de culture

Le projet GAMME a également permis d’explorer une technologie plus récente avec l’expérimentation du robot agricole autonome Naïo Oz. Guidé par GPS, il peut réaliser certaines opérations de désherbage mécanique avec une intervention limitée du conducteur. La robotisation constitue ainsi une piste pour réduire certaines tâches répétitives.

Mais l’expérimentation met également en évidence les conditions nécessaires à son utilisation : structure et configuration des parcelles, largeur d’inter-rang, espace de manœuvre, conditions de sol et pente. Les compétences techniques et informatiques nécessaires ainsi que le coût de l’investissement sont également à prendre en compte.

Le robot apparaît donc comme une solution potentiellement pertinente pour certains systèmes de production structurés, notamment sous abri, mais pas comme une réponse universelle au contexte martiniquais.

Présentation du robot agricole autonome lors d'une journée technique. © DR, CIRAD

Présentation du robot agricole autonome lors d'une journée technique. © DR, CIRAD

Combiner les leviers pour une gestion adaptée de l’enherbement

Au-delà de l’évaluation de chaque technique, les travaux conduits dans le cadre du projet mettent en évidence un résultat transversal : il n’existe pas de solution universelle de gestion de l’enherbement.

Le choix des pratiques dépend de la culture, de la configuration des parcelles, du climat, des équipements disponibles, de l’organisation du travail, des capacités d’investissement et des compétences mobilisables.

Paillage, désherbage mécanique, fabrication locale ou robotisation constituent ainsi différents leviers dont la pertinence dépend des caractéristiques des systèmes de production.

L’objectif n’est donc pas de promouvoir une technique unique, mais d’identifier des solutions mobilisables et combinables en fonction des réalités du maraîchage martiniquais.

Du dispositif expérimental au transfert des connaissances

La démarche du projet GAMME s’est également accompagnée d’un important travail de partage des résultats.

Au-delà des essais conduits dans les exploitations, le projet GAMME a cherché à mettre les résultats à la portée des professionnels. Les journées techniques ont notamment permis de présenter les solutions expérimentées et d’échanger directement avec les producteurs autour de leurs conditions d’utilisation.

Le livret technico-économique, qui rassemble 19 pratiques de gestion de l’enherbement, constitue un autre support de valorisation du projet. Il permet de conserver une trace des enseignements issus des expérimentations et de fournir aux producteurs et aux professionnels de l’accompagnement des éléments pour réfléchir au choix des pratiques en fonction de leur propre système.

Page de couverture du livret technico-économique. © DR, CIRAD

Page de couverture du livret technico-économique. © DR, CIRAD

Le transfert des connaissances prolonge ainsi la démarche expérimentale : les résultats produits dans les exploitations deviennent des ressources mobilisables pour accompagner les choix techniques.

Des solutions de désherbage adaptées aux exploitations

Avec le projet GAMME, l’expérimentation de solutions de désherbage ne s’est pas limitée à comparer des équipements ou des techniques. Elle a permis d’interroger leur adéquation aux conditions concrètes de production, leur impact sur l’organisation du travail et leur capacité à répondre aux besoins des producteurs.

Du paillage en papier ou en carton à la robotisation, les solutions étudiées sont très différentes. Leur complémentarité ouvre néanmoins des perspectives pour construire des stratégies de gestion de l’enherbement mieux adaptées aux systèmes maraîchers martiniquais.

En associant expérimentation, expertise scientifique et savoir-faire des producteurs, le projet GAMME illustre ainsi l’intérêt d’une recherche construite au plus près des réalités du terrain, capable de produire des connaissances directement mobilisables pour accompagner l’évolution des pratiques.

 

 

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