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BANABIO : des résultats prometteurs pour accompagner la transition agroécologique de la filière banane
Parcelle de bananes biologiques de Rivière Lézarde. © J. Réminy, CIRAD
Une expérimentation de long terme pour concevoir les systèmes bananiers de demain
La filière banane dessert, qui représente un poids majeur en matière de production, de surfaces et d’emplois en Martinique, est engagée depuis dix ans dans une réduction significative des intrants phytosanitaires et fait face à des enjeux croissants de durabilité, dans un contexte réglementaire et concurrentiel favorable au développement de l’agriculture biologique.
Dans un environnement tropical humide marqué par de fortes pressions parasitaires, le dispositif BANABIO vise à évaluer expérimentalement des systèmes de culture innovants répondant aux exigences de l’agriculture biologique, afin d’identifier les conditions et leviers techniques permettant leur développement pour les marchés local et export.
Mis en place en 2019 dans le cadre du projet Ecophyto Conception et évaluation de systèmes de culture innovants de BANAne BIOlogique (BANABIO), achevé en 2024, le dispositif compare trois systèmes de culture représentatifs de différents itinéraires possibles pour la bananeraie martiniquaise :
- Un système conventionnel, reposant sur une conduite raisonnée avec engrais minéraux et produits phytosanitaires autorisés.
- Un système biologique en monoculture, adapté de l’itinéraire conventionnel, mais excluant les intrants de synthèse au profit d’amendements organiques et de solutions de biocontrôle.
- Un système agroforestier biologique, associant bananiers, cacaoyers et arbres de service afin de renforcer la fertilité des sols, la biodiversité et la résilience des cultures.
L’objectif est d’évaluer, sur le long terme, les performances agronomiques, économiques et environnementales de ces systèmes afin d’identifier les itinéraires techniques les plus adaptés aux conditions de production en Martinique.
Les projets Ecophyto - Optimisation et Évaluation de systèmes innovants de culture de BANane biologique (OPEBAN ), récemment terminé, et FEDER - L’agroforesterie comme levier pour la transition agroécologique de l’agriculture en Martinique(MADINSAF) permettent de poursuivre les travaux et de consolider les résultats obtenus.
Un état sanitaire globalement favorable avec un enjeu majeur autour de la cercosporiose noire
Jusqu’à présent, la pression sanitaire reste maîtrisée dans les différents systèmes expérimentés : aucun nématode ravageur (Radopholus similis) n’a été détecté et les dégâts causés par le charançon noir (Cosmopolites sordidus) restent globalement limités.
La cercosporiose noire demeure toutefois le principal défi phytosanitaire. À partir de 2023, les bananiers conduits en agroforesterie conservent davantage de feuilles fonctionnelles jusqu’à la récolte que ceux cultivés en monoculture. Ce résultat suggère un effet favorable du microclimat créé par les arbres de service sur la régulation du champignon.
Ces observations contribuent à mieux comprendre les interactions entre l’organisation des systèmes de culture, les conditions microclimatiques et la santé des bananiers, tout en soulignant la nécessité de poursuivre les investigations.
L’agriculture biologique est techniquement possible, mais des compromis restent à maîtriser
Après plus de six années de suivi, les résultats confirment la faisabilité technique d’une production de bananes biologiques en Martinique, tout en mettant en évidence des différences de performances entre les systèmes expérimentés.
Entre 2019 et 2024, les rendements moyens pour la production de bananes atteignent 67,6 t/ha/an en système conventionnel, 53,4 t/ha/an en agriculture biologique et 27,3 t/ha/an dans le système agroforestier. La baisse de rendement observée dans le système agroforestier résulte principalement de la compétition pour la lumière entre les bananiers et les arbres de service, mais également de contraintes liées à la fertilisation et à la gestion des adventices. Les travaux ont notamment mis en évidence l’importance du positionnement des arbres, de l’organisation spatiale des parcelles et de la maîtrise de leur canopée pour améliorer la productivité des systèmes agroforestiers.
Le cacao, un levier de diversification des revenus
En parallèle, les résultats mettent en évidence l’intérêt de la diversification des productions. Les cacaoyers associés aux bananiers sont désormais entrés en pleine production : après avoir atteint 911 kg/ha de fèves sèches en 2024, leur production dépasse 1,1 tonne/ha en 2025.
Ces résultats confirment le potentiel du cacao comme source de revenus complémentaire dans les systèmes agroforestiers, tout en appelant à poursuivre l’évaluation de la viabilité économique globale de ces associations.
OPEBAN : trois leviers pour optimiser les systèmes biologiques
Dans la continuité de BANABIO, le projet Optimisation et évaluation de systèmes innovants de culture de banane biologique (OPEBAN) vise à lever les principaux freins à l’adoption de ces systèmes par les producteurs.
Trois leviers majeurs ont été identifiés : la fertilisation, la gestion de l'enherbement et la conduite des arbres de service.
Une fertilisation fondée sur les ressources locales
Dans les deux modalités biologiques, le dispositif a testé un engrais organique élaboré majoritairement à partir de ressources locales, afin de réduire la dépendance aux fertilisants importés.
La valorisation des résidus de taille des pois doux (Inga ingoides) a également été optimisée grâce à leur utilisation comme paillage dans les parcelles. Les restitutions atteignent jusqu’à 11,1 tonnes de matière sèche par hectare, représentant près de 5 tonnes de carbone et 164 kg d’azote restitués au sol après un élagage.
Ces résultats illustrent le potentiel de la biomasse produite sur la parcelle pour contribuer à l’autonomie du système en matière de fertilisation, ainsi qu’aux objectifs de circularité et de réduction de la dépendance aux intrants extérieurs.
Une gestion de l’enherbement progressivement optimisée
Les travaux montrent que la fermeture progressive de la canopée et l’augmentation des restitutions de biomasse permettent de limiter naturellement le développement des adventices.
En conséquence, le débroussaillage diminue progressivement et les coûts de gestion de l’enherbement du système agroforestier deviennent comparables à ceux du système conventionnel, tout en supprimant le recours aux herbicides.
Enfin, l’expérimentation d’un émondage manuel des arbres de service ouvre la voie à une réduction importante des coûts d’entretien, tout en conservant les bénéfices agronomiques liés à la production de biomasse et à la fertilisation organique de la parcelle.
BANABIO, un dispositif scientifique de référence au service de la transition agroécologique
Au-delà des résultats agronomiques obtenus, BANABIO constitue un dispositif scientifique de référence pour l’étude des systèmes bananiers agroécologiques en Martinique.
Il permet un suivi de long terme de la croissance des bananiers (floraison, récolte, poids des régimes, développement végétatif et qualité des fruits) ainsi que de la production des cacaoyers, de la fertilité des sols, de l’état nutritionnel des cultures et de la biodiversité des organismes du sol.
Depuis 2024, l’instrumentation a été enrichie par des stations météorologiques, des tensiomètres et différents capteurs permettant de suivre en continu les conditions climatiques et hydriques des parcelles. L’ensemble de ces observations fournit des données pour mieux comprendre les interactions entre climat, sols, biodiversité et performances agronomiques, et contribuer à la conception de systèmes bananiers plus robustes face au changement climatique.
Les recherches se poursuivent aujourd'hui dans le cadre du projet MADINSAF afin de mieux comprendre et optimiser les interactions entre arbres, cultures, biodiversité et services écosystémiques.
Un outil de démonstration et de transfert au bénéfice des acteurs de la filière
Au-delà de la production de connaissances scientifiques, BANABIO constitue également un outil de démonstration au service des producteurs, des étudiants, des partenaires techniques et des décideurs. Visites de terrain, formations, journées techniques, communications scientifiques et diffusion régulière des résultats contribuent à partager les enseignements de l’expérimentation et à accompagner la réflexion sur les trajectoires de transition agroécologique de la banane en Martinique.
Les résultats obtenus confirment l’intérêt de poursuivre les recherches sur les systèmes biologiques et agroforestiers, en associant l’amélioration des performances agronomiques, la maîtrise des contraintes techniques et l’évaluation de la viabilité économique des exploitations.