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BANABIO : des résultats prometteurs pour accompagner la transition agroécologique de la filière banane
Parcelle de bananes biologiques de Rivière Lézarde. © J. Réminy, CIRAD
Un dispositif expérimental unique pour concevoir la banane de demain
Mis en place en 2019 dans le cadre du projet ECOPHYTO Conception et évaluation de systèmes de culture innovants de BANAne BIOlogique (BANABIO), le dispositif compare trois systèmes de culture représentatifs des trajectoires possibles de la bananeraie martiniquaise :
- Un système conventionnel, reposant sur une conduite raisonnée avec engrais minéraux et produits phytosanitaires autorisés ;
- Un système biologique monocultural, adapté de l’itinéraire conventionnel mais excluant les intrants de synthèse au profit d'amendements organiques et de solutions de biocontrôle ;
- Un système agroforestier biologique, associant bananiers, cacaoyers et arbres de service afin de renforcer la fertilité des sols, la biodiversité et la résilience des cultures.
L'objectif est d'évaluer, sur le long terme, les performances agronomiques, économiques et environnementales de ces systèmes afin d'identifier les itinéraires techniques les plus adaptés aux conditions de production en Martinique. Dernièrement, les projets ECOPHYTO - Optimisation et Évaluation de systèmes innovants de culture de BANane biologique (OPEBAN), récemment terminé, et FEDER - L'agroforesterie comme levier pour la transition agroécologique de l'agriculture en Martinique (MADINSAF), s'appuient sur ce dispositif expérimental pour poursuivre ces recherches/conforter les premiers résultats ou certains volets à définir.
Un état sanitaire globalement favorable
Jusqu’à présent, la pression sanitaire reste maîtrisée sur chaque itinéraire : aucun nématode ravageur (Radopholus similis) n'a été détecté et les dégâts causés par le charançon noir (Cosmopolites sordidus) restent globalement limités.
La cercosporiose noire demeure toutefois le principal défi phytosanitaire. A partir de 2023, les bananiers conduits en agroforesterie conservent davantage de feuilles fonctionnelles jusqu'à la récolte que ceux cultivés en monoculture, suggérant un effet favorable du microclimat sur la bio régulation du champignon créé par les arbres de service.
Des systèmes biologiques performants mais encore perfectibles
Après plus de six années de suivi, les résultats confirment qu'une production de bananes biologiques est techniquement possible en Martinique, tout en mettant en évidence les compromis associés.
Entre 2019 et 2024, les rendements moyens pour la production de bananes atteignent 67,6 t/ha/an en système conventionnel, 53,4 t/ha/an en agriculture biologique et 27,3 t/ha/an dans le système agroforestier. Cette baisse de rendement en système agroforestier résulte principalement de la compétition pour la lumière entre les bananiers et les arbres de service, mais également de contraintes liées à la fertilisation et à la gestion des adventices. Les travaux ont notamment permis d'identifier l'importance du positionnement des arbres (organisation spatiale de la parcelle) et de la maîtrise de leur canopée pour améliorer les productivités des systèmes agroforestiers.
En parallèle, les résultats mettent en évidence l'intérêt de la diversification des productions. Les cacaoyers associés aux bananiers sont désormais entrés en pleine production : après avoir atteint 911 kg/ha de fèves sèches en 2024, ils dépassent 1,1 tonne/ha en 2025, confirmant le potentiel économique du cacao comme source de revenus complémentaire dans les systèmes agroforestiers.
Le projet OPEBAN : des leviers d’optimisation identifiés
Le projet Optimisation et Évaluation de systèmes innovants de culture de BANane biologique (OPEBAN) qui s’appuie sur les résultats du dispositif BANABIO a l’objectif de lever les principaux freins à l'adoption de ces systèmes par les producteurs.
Trois leviers majeurs ont été identifiés : la fertilisation, la gestion de l'enherbement et la conduite des arbres de service.
Le dispositif a testé, dans les deux modalités biologiques, un engrais organique élaboré majoritairement à partir de ressources locales afin de réduire la dépendance aux fertilisants importés. La valorisation des résidus de taille des pois doux (Inga ingoides) a été optimisée en l’utilisant comme paillage dans les parcelles. Les restitutions atteignent jusqu'à 11,1 tonnes de matière sèche par hectare, représentant près de 5 tonnes de carbone et 164 kg d'azote restitués au sol après un élagage, contribuant ainsi à renforcer l'autonomie du système en matière de fertilisation. L’agroforesterie répond donc également à des objectifs de circularité et de moindre dépendance aux intrants chimiques de manière efficace.
Les travaux montrent également que la fermeture progressive de la canopée et l'augmentation des restitutions de biomasse permettent de limiter naturellement le développement des adventices. En conséquence, le débroussaillage diminue progressivement et les coûts de gestion de l'enherbement du système agroforestier deviennent comparables à ceux du système conventionnel, tout en supprimant le recours aux herbicides. Enfin, l'expérimentation d'un émondage manuel des arbres de service ouvre la voie à une réduction importante des coûts d'entretien, tout en conservant les bénéfices agronomiques liés à la production de biomasse et à la fertilisation organique de la parcelle.
Un dispositif scientifique de référence au service de la transition agroécologique
Au-delà des résultats agronomiques, BANABIO constitue aujourd'hui un dispositif scientifique de référence pour l'étude des systèmes bananiers agroécologiques.
Il permet, sur le long terme, un suivi détaillé de la croissance des bananiers (floraison, récolte, poids des régimes, développement végétatif, qualité des fruits), de la production de cacaoyers, de la fertilité des sols, de l'état nutritionnel des cultures ainsi que de la biodiversité des organismes du sol.
Depuis 2024, l’instrumentation est enrichie par des stations météorologiques, des tensiomètres et différents capteurs permettant de suivre en continu les conditions climatiques et hydriques des parcelles. L'ensemble de ces observations fournit des données inédites pour mieux comprendre l’impact des différents systèmes et les interactions entre climat, sols, biodiversité et performances agronomiques, et concevoir les systèmes bananiers de demain, plus robustes face au changement climatique.
Les recherches se poursuivent aujourd'hui dans le cadre du projet MADINSAF afin de mieux comprendre et optimiser les interactions entre arbres, cultures, biodiversité et services écosystémiques.
Au-delà de la génération de données scientifiques, BANABIO est également un outil de démonstration au service des producteurs, des étudiants, des partenaires techniques et des décideurs. Visites de terrain, formations, journées techniques, communications scientifiques et diffusion régulière des résultats accompagnent concrètement la transition agroécologique de la banane en Martinique.