Gabon : un système de traçabilité pour mieux encadrer la filière viande de brousse

04/09/2026
Au Gabon, la viande de brousse occupe une place importante dans l’alimentation et les moyens de subsistance des ménages. Sa commercialisation reste toutefois en grande partie informelle, rendant son suivi et son contrôle difficiles. Pour contribuer à une gestion plus durable de la faune sauvage tout en renforçant la sécurité alimentaire, le gouvernement Gabonais, par l’intermédiaire de la Direction générale de la Faune et des Aires protégées (DGFAP), met en place des solutions adaptées aux réalités du terrain. Dans le département de Mulundu, un système de traçabilité de la viande de brousse vient ainsi d’être testé auprès de 84 chasseurs et 5 commerçants. Permis, carnets, registres et bracelets dotés de QR codes doivent permettre de mieux suivre le gibier du chasseur au consommateur et de renforcer ainsi la gestion durable de la viande de brousse, son contrôle légal et la transparence des flux commerciaux. Cette démarche est appuyée par le programme Sustainable Wildlife Management (SWM), financé par l’Union Européenne depuis 2018 et coordonné au Gabon par le CIRAD.
Un bracelet de traçabilité est fixé sur le gibier afin d’en assurer le suivi. © SWM Programme
Un bracelet de traçabilité est fixé sur le gibier afin d’en assurer le suivi. © SWM Programme

Un bracelet de traçabilité est fixé sur le gibier afin d’en assurer le suivi. © SWM Programme

Du 10 au 24 juin, Hadrien Vanthomme, écologue au CIRAD au sein de l’Unité de recherche Forêts et Sociétés, a dressé le bilan du test du système de traçabilité de la viande de brousse, lancé en mars 2026 par la DGFAP. Sur le terrain, les échanges avec les chasseurs, commerçants, restaurateurs, agents du cantonnement et autres acteurs impliqués ont permis de recueillir des retours sur le fonctionnement du dispositif, mais aussi d’identifier les ajustements nécessaires avant d’envisager un déploiement à plus grande échelle.  

Comment fonctionne le système de traçabilité de la viande de brousse au Gabon ? 

Chasseurs renseignant les informations relatives au gibier dans leur carnet de chasse. © SWM Programme

Chasseurs renseignant les informations relatives au gibier dans leur carnet de chasse. © SWM Programme

L’ambition du système est de suivre le gibier depuis le chasseur jusqu’au consommateur. Lors du renouvellement de leur permis de chasse auprès de l’administration, les chasseurs recevront des bracelets de traçabilité. Lorsqu’un chasseur souhaite commercialiser un gibier, il renseignera les informations relatives au gibier et à l’acheteur dans son carnet de chasse, puis fixera un bracelet au gibier. Ce bracelet accompagnera ensuite l’animal tout au long de sa commercialisation. Un gibier commercialisé sans bracelet sera donc considéré comme illégal. Les commerçants et restaurateurs devront, de leur côté, être agréés et enregistrer leurs opérations d’achat et de vente dans des registres spéciaux. Cette organisation permettra de connaître l’origine et la destination du gibier, tout en facilitant le contrôle de sa commercialisation. 

Un autre élément clé du dispositif repose sur les QR codes. Les permis de chasse, carnets, bracelets et registres en sont équipés. Ils permettent de vérifier leur authenticité en se connectant à une base de données nationale.  

La traçabilité comme outil de prévention des risques sanitaires 

Au-delà de la régulation de la chasse et de la commercialisation du gibier afin de rendre les prélèvements durables, la traçabilité constitue également un enjeu de sécurité alimentaire. En permettant de retracer le parcours d’une viande, le système facilite l’identification de sa provenance et des différents acteurs intervenus dans sa commercialisation. Il contribue ainsi au respect de certaines règles de conservation, notamment celles liées à la chaîne du froid. En cas de problème sanitaire, pouvoir retrouver facilement l’origine et le parcours d’une viande constitue un aspect important pour limiter les risques de propagation. L’objectif étant de construire une filière de viande de brousse plus sûre pour les consommateurs. 

Comment améliorer le système de traçabilité de la viande de brousse ? 

Le test a permis de mettre en évidence plusieurs points à améliorer avant un déploiement à plus grande échelle. Les acteurs rencontrés ont souligné la nécessité de simplifier et d’accélérer la délivrance des permis de chasse, mais aussi d’améliorer la lisibilité des carnets et des bracelets et de clarifier les procédures d’utilisation des différents outils. 

L’adaptation du système aux réalités des zones disposant d’une connexion internet limitée ou inexistante constitue également un enjeu important. Le dispositif doit pouvoir fonctionner dans des conditions parfois éloignées de celles d’un environnement connecté.  

La question du coût des permis de chasse et des agréments de commerce a également été soulevée : ces documents représentent une dépense pour les chasseurs et les commerçants. Dans un contexte économique difficile pour une partie de la population gabonaise, leur coût peut constituer un facteur déterminant dans l’adhésion au dispositif et dans le recours aux circuits légaux. A cet effet, des propositions ont été formulées afin d’adapter ces prix à leurs réalités et usages. 

Les échanges ont par ailleurs fait ressortir la nécessité de renforcer les contrôles et de poursuivre la sensibilisation des différents acteurs dans le but de favoriser l’appropriation du système de traçabilité.  

L’ambition de la DGFAP et des plus hautes autorités gabonaises est de lancer le système de traçabilité à l’échelle nationale dès 2027.