En Amazonie brésilienne, la commune de Paragominas s’affirme comme une référence du développement territorial bas carbone
En Amazonie brésilienne, la commune de Paragominas s’affirme comme une référence du développement territorial bas carbone
11/03/2026
Ancien front pionnier de la déforestation en Amazonie brésilienne, puis en 2010 première « municipalité verte » en référence à une politique environnementale innovante, Paragominas réorganise depuis 2023 son modèle de développement territorial autour des contraintes et opportunités liées à l’urgence climatique. Cette nouvelle étape dans la trajectoire de Paragominas repose sur un accompagnement de long terme par la recherche et sur la mobilisation conjointe des acteurs privés, publics, et de la société civile. Présent sur le territoire depuis plus de quinze ans, le Cirad y joue un rôle central de conception et de mises en place de pratiques agricoles, d’organisations institutionnelle et d’instruments de gestion territoriale.
Aujourd’hui, Paragominas s’impose comme une référence amazonienne en matière de développement territorial bas-carbone, capable de concilier des progrès en termes de production agricole, d’inclusion sociale et de restauration des forêts.
Paragominas, commune inspirante d’Amazonie brésilienne
La commune de Paragominas, dont la surface correspond à celle de la Slovénie (19 342 km2) compte dès les années 60 et jusqu’à 2007, parmi les plus grandes déforesteuses d’Amazonie. La raison tient à une succession de cycles de développement agricole et forestiers, poussés par des pionniers, parfois aussi par des politiques gouvernementales. Pour des motifs fonciers, d’épargne ou de fertilité des sols, chaque cycle a conduit à sa façon à de nouvelles et massives déforestations.
Cette trajectoire a pris un premier tournant en 2008, quand la mairie a pris un double engagement, auprès des fermiers et du gouvernement fédéral. En organisant l’adhésion des fermiers de Paragominas aux nouvelles directives environnementales, elle a provoqué la chute de la déforestation et généré une nouvelle attractivité pour les investisseurs. Ce renversement réputationnel total a produit un précieux bénéfice d’image pour le monde rural et les institutions locales. Le nouveau code forestier brésilien voté en 2012 s’est ainsi largement inspiré de l’expérience audacieuse de Paragominas, désormais première « municipalité verte » d’Amazonie.
Mais les années suivantes ont montré que la fin de la déforestation ne résout pas les problèmes cruciaux de dégradations des forêts et des sols, d’inclusion sociale et lutte contre la pauvreté, de productivité agricole et d’exode rural. En outre, elle est profondément insuffisante face aux urgences climatiques.
Paragominas, comme tous ces territoires amazoniens qui ont vaincu la déforestation illégale, possède pourtant de gros atouts à faire valoir dans cette problématique climatique, territoriale et globale tout à la fois. C’est la raison d’être du programme Paragoclima, qui met en œuvre depuis 2023 une nouvelle stratégie de développement bas-carbone
De la recherche à l’action : quinze ans de coopération entre le Cirad et Paragominas
Depuis plus de 15 ans, le Cirad est présent à Paragominas, préparant et accompagnant ce changement de trajectoire. Cette coopération construite autour d’un partenariat avec l’Embrapa a débuté à partir de projets de recherche scientifique, tel que le projet ECOefficiences et développement TERritorial en Amazonie Brésilienne (ECOTERA), qui ont permis de développer des concepts et d’adapter des méthodes, pour mieux réfléchir à un développement durable qui soit adapté au territoire. Ces résultats de recherches ont ensuite alimenté des démarches participatives et de mise en œuvre de ces concepts dans le territoire, grâce à des projets de développement comme Territoires Amazoniens (TerrAmaz financé par l’AFD) ou Sustenta & Inova (financé par l’UE), jusqu’à constituer une large partie de la structure opérationnelle de Paragoclima.
Aujourd’hui le programme s’attache, toujours avec l’appui du Cirad, à organiser les synergies entre les composantes de la mairie (agriculture, environnement, planification, infrastructures …), ainsi qu’avec les projets et initiatives institutionnelles en cours sur le territoire (ONGs, groupes privés, fondations, R&D), autour d’un programme commun et centré sur les solutions bas-carbone.
Des solutions agricoles inclusives et sobres en investissements
Deforestation in the Brazilian Amazon is up by almost 10% compared with last year, according to the country's INPE. In Pará state, the figure is nearer 25%. However, in the heart of the state, the municipality of Paragominas is seeing the lowest deforestation figures in its history. CIRAD is working in the territory to support the development of sustainable farming practices in already deforested zones and promote landscape restoration. An illustrated look back at this novel experiment .
Ces solutions concernent initialement:
La culture du manioc sans feu, mécanisée et associée à des plantes de services, qui entretiennent le sol, facilitent le travail des agriculteurs, génèrent des coproduits utilisables dans l’élevage ou commercialisables. Les parcelles forment à terme des systèmes agroforestiers, où la composante arborée produit de nouveaux services écosystémiques pour le territoire.
L’élevage bovin durable sur pâturages tournants, dont la biomasse permet de restaurer les sols dégradés, d’augmenter là aussi la productivité de la terre et du travail, ainsi que la quantité et la qualité des bovins commercialisés. L’introduction d’espèces arborées régule la température et l’humidité, pour de meilleures performances économiques et des services également à l’échelle du territoire (biodiversité, carbone, cycle de l’eau).
La construction de paysages efficients, c’est-à-dire la réorganisation des usages du sol en fonction de ses aptitudes. Cette adéquation entre usages et aptitudes, qui n’était pas effective au moment de l’ouverture par déforestation systématique des fermes, permet aujourd’hui de recomposer une trame forestière faite de couloirs connectés et stratégiquement localisés pour réguler le cycle de l’eau, favoriser la biodiversité, éviter l’érosion des sols, séquestrer du carbone.
Un ensemble de plans d’actions et de formations, pour faciliter les apprentissages, organiser des incitations, combattre les méga-incendies. Chacune de ces solutions est conçue dans le cadre conceptuel de l’intensification modérée, pour garantir l’engagement de toutes les populations y compris les défavorisées, la restauration de tous les sols et forêts y compris les plus dégradés, l’implication de tous les paysages y compris les plus isolés.
Outre ses bénéfices sociaux et économiques, chacune de ses solutions se traduit, sur tout le territoire, par une augmentation de la biomasse produite puis recyclée, et par l’accélération des métabolismes végétaux et animaux. C’est donc plus de carbone qui est retiré de l’atmosphère, mobilisé par les organismes vivants puis stocké dans les sols ou les forêts. Le carbone atmosphérique devient la principale matière première de ces nouveaux systèmes.
In Brazil and Colombia, three territories are helping livestock farmers manage their farms sustainably. As a result, productivity per hectare is up, forests have been conserved and areas have been left fallow or partly replanted. In the municipality of Paragominas, the return of trees has triggered a positive dynamic centring on drinking water and improved relations between rural and urban areas.
Paragoclima : neutraliser les émissions du territoire d’ici à 2030
Depuis 2024 et le vote de la « loi Paragoclima », la municipalité formalise et concrétise sa stratégie de développement bas-carbone à travers ce programme Paragoclima. Son ambition est d’encadrer et accélérer la transition du modèle de développement pour aboutir à une neutralité carbone de la commune d’ici à 2030. Si l’essentiel des mécanismes de stockage et réduction des émissions repose sur la meilleure gestion des biomasses grâce à des pratiques agricoles et forestières plus performantes, les leviers d’action pour y parvenir impliquent la quasi intégralité des tissus économiques et sociaux du territoire.
Paragoclima constitue donc en premier lieu un outil de gouvernance territoriale, pour identifier les initiatives existantes, organiser les stratégies pour qu’elles contribuent à cette transition, parfois mutualiser les ressources, instituer des incitations, en tous cas créer des synergies pour amplifier et orienter les impacts. Parallèlement, Paragoclima élabore des plans d’actions focalisés sur les potentiels climatiques du territoire : la production agricole et la mise en marché des produits, la prévention des incendies, l’organisation des paysages, la gestion forestière, avec pour chacun des outils de gestion, parfois d’incitations, spécifiques et synergiques des initiatives en cours.
Par cette gouvernance le territoire renouvelle son image et en tire une nouvelle attractivité, vitale pour soutenir les plans d’actions de Paragoclima. En plus des investissements privés, le cadre juridique du programme est conçu pour accueillir des fonds climatiques, et les mettre au service de la transition du territoire vers le développement bas-carbone.
Le 03 avril 2023, la municipalité de Paragominas dans l'État du Pará au Brésil, a lancé officiellement le projet ParagoClima qui a pour mission d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2030. Le Cirad fait partie des membres du groupe de travail GT CLIMA/PARAGOMINAS responsable de l’exécution de ce projet.
L’engagement du secteur privé pour prolonger et amplifier les succès
La perspective du développement bas-carbone est attractive pour les acteurs privés. Leur engagement est un thermomètre de la crédibilité du projet territorial. Il est essentiel pour que les initiatives portées par des fonds publics deviennent pleinement opérationnelles. Trois types d’engagements privés sont d’ores et déjà effectifs dans le cadre de Paragoclima :
celui des fermes qui adoptent les solutions bas-carbone, qui sont de tous types, familiales, et patronales, d’élevage, d’agriculture, ou d’exploitation forestière;
celui d’entreprises moteurs dans le modèle de développement bas-carbone, comme les projets REDD (Carbonext, Campo Verde).
Celui, prometteur, des secteurs de de responsabilités sociale de grandes entreprises (la multinationale Suzano), qui y trouvent l’opportunité d’atteindre leurs objectifs sociaux et environnementaux.
Un quatrième type pourrait s’impliquer, celui des fondations privées souhaitant là aussi appliquer leurs ressources dans des initiatives aux impacts clairement établis, encadrées par les institutions du territoire. À cette liste s’ajoute également la Banco da Amazônia S.A., qui lance à Paragominas une opération pilote de finance verte, dans le cadre du projet AMABIO coordonné par Expertise France, là aussi en partenariat avec le Cirad (financement AFD).
Après avoir signé leur premier protocole d’entente, le 29 avril 2024, le Cirad et Suzano, entreprise brésilienne productrice de pâte à papier, viennent de signer leur premier accord de coopération pour mettre en œuvre le projet « Semer la prospérité » dans la municipalité de Paragominas-Pa, en Amazonie brésilienne. L’objectif est la lutte contre la pauvreté, par le soutien aux communautés rurales et indigènes, et par la mise en œuvre de pratiques agricoles durables et liées aux biodiversités prioritaires. Le projet, d’une durée d’un an, avec un financement de 410 000,00 R$ (Real brésilien) débloqués par la Suzano, est géré par le Cirad.
Fin janvier 2026, la mairie de Paragominas accompagnée du Cirad et l’entreprise Suzano ont organisé sur deux jours un workshop réunissant toutes les institutions travaillant dans la commune en appui à la production agricole familiale. Autour de la table, Embrapa, Sebrae, Suzano, Carbonext, Suzymel, Expertise France, Syndicat de producteurs Ruraux, Forum des communautés Rurales, les ONG Earth Innovation Institute e Imazon, ont exposé leurs activités, afin de mettre en évidence les potentielles synergies. La deuxième phase du projet Semer la prospérité, financée par Suzano sera mise en œuvre par le Cirad (2026-2028) pour profiter de ces échanges et complémentarités interinstitutionnelles. Cela permettra d’étendre les activités à de nouvelles communautés, contribuant ainsi à consolider la transition bas carbone du territoire de Paragominas. En préambule à cette réunion, Mr Emmanuel Lenain, ambassadeur de France au Brésil, a rencontré les autorités locales et visité les communautés et plusieurs agriculteurs participants à ces projets.
Connexion avec les politiques de l’État du Pará pour impliquer les territoires voisins
Une échelle territoriale plus large, d’une communauté de communes, permettrait de mieux valoriser les atouts du développement bas-carbone, sur les marchés et vis-à-vis d’investisseurs. Depuis 2023 le Cirad a un accord avec l’État du Pará pour l’aider à mettre en place un « Territoire durable » autour de Paragominas, en s’appuyant sur ses acquis en termes de développement bas-carbone. Cet accord permet de mobiliser et d’influencer plusieurs politiques du Pará :
Le « Chèque pour l’élevage » qui subventionne à hauteur de 3500 euros par ferme la mise en place de pâturages tournants.
Le paiement pour services environnementaux, qui subventionne pour des montants variables, entre 2000 et 3000 euros, la restauration et protection des forêts dans les fermes familiales.
La régularisation environnementale, qui prend en charge la mise aux normes environnementales nationales des fermes (cadastre environnemental rural), la création du territoire Durable proprement dite, avec les avantages qu’elle apporte en termes de priorisation des politiques citées.
L’état du Pará est aussi l’un des états amazoniens dans lequel le projet AMABIO sera prochainement implémenté au moyen des prêts bonifiés qui seront financés par la Banque d’Amazonie (BASA). Grâce à cette trajectoire visant le développement bas carbone, Paragominas est aujourd’hui reconnue comme une référence en matière de politiques de développement territorial durable. Cette dynamique vertueuse contribue à renforcer l’attractivité du territoire, en favorisant l’installation de nouveaux partenariats et l’intérêt d’investisseurs engagés dans des modèles de développement bas carbone et inclusifs.