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- Méta-analyse : associations de cultures pour la sécurité alimentaire
Les associations de cultures, un espoir pour la sécurité alimentaire mondiale
Cultures associées poivron et manioc au Sénégal. © R. Belmin, Cirad
Les associations de culture, qui consistent à faire cohabiter plusieurs espèces dans une même parcelle, sont un pilier de la transition agroécologique. En mobilisant les interactions positives entre plantes, elles représentent un potentiel important de transformation durable des systèmes alimentaires.
Un potentiel enfin décrypté
Cette nouvelle étude s’appuie sur un jeu de données massif de 4 195 observations issues de 334 études menées dans 60 pays.
En décryptant les mécanismes de réussite des associations de culture à l'échelle mondiale, cette méta-analyse du Cirad identifie désormais les leviers précis permettant d’exploiter pleinement le potentiel de cette stratégie de culture. Les effets des associations de cultures sur les rendements restaient en effet jusqu’ici, difficiles à anticiper, avec des résultats contrastés selon les conditions locales et suivant les études.
Jusqu’à présent, la complexité des interactions biologiques rendait les rendements imprévisibles. En utilisant l’apprentissage automatique pour analyser les traits fonctionnels des plantes — comme leur hauteur ou leur densité de semis — nous avons pu décoder une partie des facteurs qui déterminent le succès d’une association de cultures. Notre étude va au delà de l’observation des résultats : elle révèle les mécanismes permettant de concevoir, à l’échelle mondiale, des systèmes sur mesure et hautement performants.
Produire plus sans expansion des surfaces cultivées
Les chercheurs ont caractérisé les conditions pédoclimatiques (sol et climat) ainsi que les traits spécifiques de chaque culture pour chacune des études considérées. Grâce à des algorithmes de machine learning, ils ont identifié les facteurs qui expliquent la variabilité des performances. L’analyse montre que le succès des associations de cultures dépend surtout de la capacité à favoriser la complémentarité entre les espèces plutôt que la compétition pour les ressources.
Trois leviers clés émergent pour optimiser les rendements :
- la densité de plantation, c’est-à-dire ajuster le nombre de plants pour maximiser l’occupation du sol ;
- la différenciation temporelle des niches, autrement dit décaler les cycles de croissance pour limiter la concurrence aux moments critiques ;
- la différence de hauteur, en étageant le couvert végétal pour améliorer la capture de la lumière.
Adopter des stratégies optimales sur ces aspects révèle un potentiel inexploité considérable pour augmenter la production des principales céréales.
Des gains concrets pour des systèmes agricoles résilients et durables
Pour rendre ces résultats concrets, les chercheurs ont modélisé des scénarios de déploiement d’interculture pour des mix de culture optimisés à l’échelle mondiale.
Un déploiement optimisé des associations de culture sur les terres agricoles existantes permettrait, en théorie, une augmentation importante des productions mondiales, avec jusqu’à +62 % pour le maïs ou + 6.3 % pour l’orge.
Au total, ces scénarios indiquent que la production mondiale pourrait augmenter de 702 millions de tonnes de maïs grâce aux associations maïs-soja.
Ces résultats sont encourageants dans le contexte incertain actuel et aux vues des défis auxquels doit faire face le système agricole et alimentaire mondial. En lien avec le changement climatique, les productions agricoles pourraient baisser de manière significative, particulièrement pour le maïs dont les rendements pourraient diminuer jusqu’à 50 % d’ici la fin du siècle. Et ce, alors que la production alimentaire mondiale devrait augmenter d’ici 2050 pour nourrir la population mondiale croissante.
Ces résultats montrent que les associations de cultures optimisées constituent un levier majeur pour accroître durablement la production tout en préservant les ressources naturelles. Des recherches complémentaires sont désormais nécessaires pour évaluer la rentabilité économique et les contributions aux services écosystémiques des associations de cultures, pour guider leur adoption à grande échelle.
Référence
Ruillé, M., Beillouin, D. & Prudhomme, R. Ecological drivers of intercropping performance for enhanced global crop production. npj Sustain. Agric. 4, 8 (2026). https://doi.org/10.1038/s44264-025-00110-z
Chiffres clés
- 702 M de tonnes, c'est l'augmentation potentielle de la production mondiale de maïs
- 6.3 % c'est l'augmentation potentielle de la production mondiale d’orge
- 4 195 observations issues de 334 études menées dans 60 pays ont été analysées dans cette étude