Dermatose nodulaire contagieuse : le Cirad mobilisé en tant que laboratoire national de référence et expert de la maladie

Science at work 19 February 2026
La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) s’est déclarée fin juin 2025 en France hexagonale. Dès son émergence, le Cirad a été mobilisé par le ministère de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire (MAASA) en tant que laboratoire national de référence (LNR) pour les poxviroses des ruminants et pour son expertise en matière de diagnostic et de recherche, unique en France, sur cette maladie.
Activités de diagnostics du laboratoire national de référence du Cirad. © C. Puech, Cirad
Activités de diagnostics du laboratoire national de référence du Cirad. © C. Puech, Cirad

Activités de diagnostics du laboratoire national de référence du Cirad. © C. Puech, Cirad

La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a été détectée en France hexagonale, pour la première fois, le 29 juin 2025 en Savoie, dans un élevage de bovins. Le Cirad a répondu présent immédiatement et a mis en œuvre l’ensemble des moyens nécessaires, en tant que laboratoire national de référence (LNR) pour réaliser un diagnostic d’urgence. Cela a permis la détection de plus de 51 foyers entre le 27 juin 2025 et 30 juillet 2025, les premiers qui ont touché la France hexagonale.

Diagnostic d’urgence et formation des laboratoires départementaux d’analyse

À cette date, le LNR était le seul laboratoire disposant des capacités diagnostiques pour la DNC, maladie jusqu’alors jamais détectée sur le territoire français. Afin de faciliter la prise en charge rapide des diagnostics au plus près des zones affectées, le LNR a assuré le déploiement des capacités de diagnostic pour la DNC vers les laboratoires départementaux d’analyse (LDA) concernés, sous la coordination du MAASA et de la Direction générale de l’alimentation (DGAL). Parallèlement, le LNR a apporté aux LDA son appui technique et son expertise tout au long du processus. A ce jour, cinq laboratoires départementaux d’analyse (Ain, Pyrénées-Orientales, Haute-Garonne, Pyrénées-Atlantiques, Savoie) ont obtenu l’agrément temporaire délivré par la DGAL sur avis du LNR et assurent aujourd’hui le diagnostic de la DNC sur tout le territoire.

Expertise et concertation en matière de gestion de la maladie 

Le 15 décembre 2025, une cellule de dialogue scientifique a été constituée en Occitanie par le MAASA pour évaluer les propositions des représentants des professionnels agricoles d’Occitanie sur d’éventuelles évolutions du protocole sanitaire mis en place pour lutter contre la maladie. La cellule a conclu le 22 décembre 2025 qu’en l’état des connaissances scientifiques et de la situation sanitaire, le protocole sanitaire en place en France depuis l’émergence de la DNC ne pouvait être modifié. La cellule a également préconisé une analyse de risques approfondie complémentaire afin d’éclairer la décision publique sur « la faisabilité d’un abattage ciblé dans des territoires où l’immunité s’est installée ». 

Le MAASA a ainsi confié la mission supplémentaire au Cirad de coordination d’un groupe d’experts scientifiques et techniques pour fournir cette analyse de risques.

Cette mission est pilotée et animée par Philippe Caufour, virologiste expert national et international de la DNC et responsable du LNR des poxviroses des ruminants et une épidémiologiste au Cirad.  

Le groupe comprend 20 experts dont :

  • des experts de terrain, représentant les éleveurs et vétérinaires (GDS, Société Nationale des Groupements Techniques Vétérinaires) ;
  • des experts en gestion de risques  en matière de diagnostic, contrôle et réglementaires (DGAL, LNR Poxvirus Ruminants Cirad) ;
  • des experts scientifiques, nationaux et internationaux (Espagne, Italie, Pays des Balkans UE et non UE) (ENVT, INRAE, Anses, Cirad, consultants internationaux, Université de Barcelone, Université de Liège).

Cette analyse de risque, avec la création de ce groupe de travail que nous coordonnons, a pour but d’évaluer le risque associé à un abattage ciblé comparativement au risque associé à un abattage de tous les bovins d’un foyer détecté en zone vaccinée.

Philippe Caufour
Virologiste expert national et international de la DNC et responsable du LNR des poxviroses des ruminants

Le groupe d’experts sera en charge d’étudier en particulier le risque de diffusion virale et de non-contrôle de la situation sanitaire dans un tel contexte.

Pour parvenir à ce résultat attendu pour fin juin, le groupe de travail s’attèlera à :

  • synthétiser et analyser les données scientifiques existantes sur la DNC (virus, épidémiologie, expérience en France, gestion des foyers hors  France,dont dans les Balkans,  outils diagnostiques et vaccinaux actuellement disponibles, modèles de transmission existants, etc.) ;
  • conduire une analyse de risque qualitative permettant de comparer des scénarios en termes d’efficacité, de faisabilité, de coût et d’acceptabilité ;
  • dégager des recommandations pour asseoir les conclusions de l’analyse de risque.

Les recherches scientifiques se poursuivent, notamment sur le vaccin

Les activités de recherche du Cirad, menées depuis de nombreuses années sur la DNC, se concentrent principalement sur le développement d’outils de contrôle de la maladie. Des travaux visant à concevoir des nouveaux vaccins sont menés depuis une décennie et ont pour objectif la mise sur le marché de vaccins plus sûrs, dotés de propriétés DIVA (« Differentiating Infected from Vaccinated Animals ») et présentant une virulence résiduelle réduite.

En effet, les vaccins actuellement utilisés contre la DNC sont des vaccins vivants atténués dont celui employé en France pour le contrôle de la maladie. Bien qu’efficaces pour limiter la morbidité et la diffusion virale, ils conservent une pathogénicité résiduelle susceptible d’induire des réactions post-vaccinales cliniquement visibles (nodules cutanés, fièvre, baisse de production laitière). Dans certains contextes épidémiologiques, ces effets peuvent compliquer la gestion sanitaire, la surveillance clinique et l’acceptabilité de la vaccination par les éleveurs.

Les souches vaccinales actuelles ne permettent pas de distinguer sérologiquement les animaux vaccinés des animaux infectés, ce qui limite les capacités de surveillance fine de la circulation virale et peut retarder la levée des restrictions commerciales.

Le développement de nouveaux vaccins sûrs, dotés de propriétés DIVA et associés à un test compagnon, permettrait de combiner vaccination et surveillance sérologique différenciée, facilitant ainsi le contrôle des foyers, la détermination fiable du statut sanitaire et la sécurisation des échanges commerciaux. La réduction, voire l’élimination, de la virulence résiduelle des vaccins actuels, ainsi que l’intégration des propriétés DIVA, constituent donc un enjeu scientifique et stratégique majeur pour le Cirad.

Nathalie Vachiery
Directrice de l’unité mixte de recherche Astre

Chronologie de l’émergence de la DNC

La dermatose nodulaire contagieuse (DNC), maladie virale bovine majeure, endémique en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient est causée par un virus. Elle est non-zoonotique, c’est-à-dire non transmissible à l’être humain. Elle est transmise principalement par des mouches piqueuses (stomoxes, taons,…). Elle se caractérise par un fort impact en termes de santé et de bien-être animal, et des pertes économiques majeures notamment liées à la baisse de la production laitière, à la fonte musculaire,aux retards de croissance et aux lésions cutanées rendant la peau des bovins inutilisable.

Découverte en Zambie en 1929, elle est devenue endémique en Afrique, jusqu’à émerger dans sept pays des Balkans (Grèce, Bulgarie, Macédoine du Nord, Serbie, Kosovo, Albanie, Monténégro) à partir de 2015, où elle fut éliminée en 2017 grâce à des campagnes de vaccination massive. En 2023, elle est déclarée une première fois en Libye, puis en Algérie et en Tunisie en 2024. Son émergence en Europe de l’Ouest débute en juin 2025 en Italie (Sardaigne et Lombardie) puis quelques jours plus tard un premier foyer est confirmé en France hexagonale, en Savoie, suivi par l’Espagne en octobre.

117 foyers ont été détectés en France hexagonale et il n’y a plus de cas depuis le 31 décembre 2025.

En savoir plus via la veille sanitaire internationale de la plateforme ESA et sur le site de l’OMSA.