Science at work 31 March 2026
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Café kenyan : un produit déjà exceptionnel, une stratégie économique en construction
Grains de café Arabica fraîchement torréfiés © A. Rival, Cirad
L’essentiel
- Le Kenya est en pleine réforme sectorielle pour dynamiser sa filière café, déjà riche de ses nombreux producteurs et torréfacteurs, ainsi que de savoir-faire et de terroirs historiques. Les indications géographies (IG) figurent parmi les leviers envisagés pour booster cette dynamique.
- La « Facilité IG », une initiative mise en œuvre par le CIRAD et l’Agence française de développement, met en œuvre des projets pilotes dans le pays pour tester, adapter et ancrer le modèle des indications géographiques dans le contexte kenyan. L’avantage considérable des IG, au-delà de la labellisation qu’elles offrent, repose sur leur fonctionnement : des règles décidées collectivement, améliorant de facto la collaboration entre tous les acteurs d’une filière.
Depuis plusieurs années, le Kenya a engagé une restructuration profonde de sa filière café. Le pays a récemment lancé le Coffee Act 2026, qui ancre une volonté politique : celle d’améliorer la compétitivité des cafés kenyans dans un marché mondial estimé aujourd’hui à 500 milliards de dollars. Plusieurs outils juridiques devraient ainsi voir le jour, parmi lesquels pourraient figurer les indications géographiques (IG).
Les IG : un outil pour penser la collaboration entre tous les acteurs de la filière
Le 24 mars dernier, l’Alliance Française de Nairobi a accueilli une table ronde consacrée aux IG et à leur potentiel pour la filière café kényane. Autour de la table : institutions nationales, organisations de producteurs, secteur financier, opérateurs de marché et recherche (Cirad). Le constat est le même pour tous les participants : les IG ne sont pas une question technique, mais plutôt un outil de structuration et d’organisation.
Prof. Joseph Kieyah, président du comité de mise en œuvre des réformes du sous-secteur café, déclare : « ces discussions autour des IG marquent un tournant pour la filière café au Kenya. Nous devons désormais avoir une réflexion sur la demande, et non plus uniquement sur la production. Le Kenya dispose d’un avantage différenciant : celui de la diversité de ses terroirs, déjà reconnue sur les marchés de spécialité. Il nous appartient désormais de nous structurer pour maximiser nos chances d’accéder à ces marchés, et les IG sont un très bon levier pour cela ».
Du point de vue du Prof. Kieyah, les IG apparaissent ainsi comme une opportunité à la fois économique, stratégique et politique, à condition d’être intégrées rapidement dans les dynamiques institutionnelles actuelles.
La bonne fenêtre d’opportunité
Pour Elvine Apiyo, secrétaire adjointe chargée des marques au Kenya Industrial Property Institute (KIPI), « le potentiel est réel, mais le système est à construire ». Le Kenya dispose déjà d’une base légale via les marques collectives et les certifications mais le projet de loi sur les IG peine à être adopté.
La session de mars dernier a révélé un fort intérêt pour les IG, mais aussi un besoin de sensibilisation de l’ensemble des acteurs de la filière sur ce concept émergent. Le projet de loi sui generis en cours a pour ambition à la fois de structurer un cadre dédié, de renforcer la protection des produits d’origine, et de clarifier les mécanismes de gestion et de contrôle.
Au-delà d’un contexte juridique favorable, le contexte économique s’y prête également. C’est ce que souligne Isaac Mithenya, spécialiste thé et café à Equity Bank-Kenya, un acteur financier majeur en Afrique de l’Est avec lequel le Cirad est en passe de conclure un accord de partenariat d’envergure régionale. « La filière café kényane dispose déjà d’un niveau de maturité suffisant pour engager une réflexion opérationnelle sur les IG. L’enjeu principal réside surtout dans sa capacité à transformer une réputation qualitative en actif économique structuré. » Autrement dit, capter de la valeur marchande pour récompenser une origine et une qualité indéniables.
Le spécialiste détaille : « en introduisant des règles collectives, des standards vérifiables et une meilleure transparence, les IG réduisent l’incertitude. Et c’est là l’un des facteurs clés dans l’accès au financement pour les acteurs de la filière. L’évaluation des risques est améliorée, permettant aux institutions financières d’investir avec plus de confiance ».
Dernier élément, et pas des moindres : les pays voisins sont déjà engagés dans des projets d’IG café pilotes, soutenu par le Cirad via la Facilité IG. En Éthiopie, la mise en place d’un cadre juridique sui generis s’accompagne d’un travail d’ancrage territorial à travers des ateliers locaux, permettant d’articuler cadre légal et réalités du terrain. En Ouganda, le projet IG Rwenzori Moutains of the Moon Coffee illustre une approche intégrée combinant structuration des acteurs au niveau des coopératives et stratégie de positionnement sur les marchés.
Au Kenya, au-delà du café, la dynamique engagée autour du miel de la forêt de Mau constitue un premier cas concret sur les IG, avec des travaux avancés de caractérisation, de délimitation territoriale, et de mobilisation des apiculteurs et apicultrices au sein d’un massif forestier menacé.