Expert view 30 September 2025
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Se mobiliser contre la trypanosomose animale en Afrique subsaharienne
Troupeau de bovins au niveau d'un forage © S. Taugourdeau, Cirad
L'essentiel
- La trypanosomose animale est une maladie vectorielle causée par des parasites qui sont transmis au bétail par la mouche tsé-tsé, et dans une moindre mesure par d’autres insectes hématophages. La maladie demeure un fléau pour les éleveurs africains.
- Réduire le fardeau de la trypanosomose animale en Afrique subsaharienne est au cœur des activités de recherche du projet COMBAT. Le projet se base sur le parcours de contrôle progressif (PCP), une approche « evidence-based » qui répond aux réalités du terrain dans le but d’éradiquer la maladie.
- Face à l’urgence, il y a un fort besoin d’investissement, de recherche d’outils et de traitements. Tout ceci exige un soutien financier massif et durable de la part des bailleurs publics et privés.
Parasitologiste moléculaire au Cirad, Alain Boulangé est coordinateur du projet COMBAT. Il est en poste actuellement à l’institut Pierre Richet à Bouaké en Côte d’Ivoire.
Financé par l’Union européenne et coordonné par le Cirad, le projet COMBAT réunit 21 partenaires dont cinq institutions européennes, neuf instituts de recherche, six autorités vétérinaires nationales, ainsi que la FAO. COMBAT, pour « contrôler et diminuer progressivement le fardeau de la trypanosomose animale », participe à réduire voire éliminer la maladie dans les pays d’actions. D’une durée de cinq ans, et avec une représentation dans treize pays africains, le projet contribue à la réduction de la pauvreté et l'élimination de la faim.
Quels sont les principaux enjeux et objectifs liés à la lutte contre la trypanosomose animale ?
Alain Boulangé : La trypanosomose constitue une des maladies avec les plus graves répercussions sur la filière bovine en Afrique. C’est un véritable fléau pour les éleveurs africains, qui se retrouvent démunis face aux impacts sur leur bétail. La maladie réduit considérablement leurs ressources économiques, aggravant ainsi la pauvreté et la faim en Afrique. Il n’y a pas de vaccin et les médicaments existants perdent de leur efficacité à cause du développement de résistances chez les parasites. L’objectif du projet COMBAT est de renforcer la capacité des pays touchés à contrôler la maladie. Le projet s’appuie sur une approche One Health qui tient en compte à la fois la santé humaine, la santé animale et la protection de l’environnement.
Nous nous sommes rendu compte qu’il existe des déficiences en termes de connaissances sur la trypanosomose animale, et plus spécifiquement sur les vecteurs, le parasite, les hôtes et leurs interactions mutuelles ainsi qu’avec l’environnement. L’un de nos axes majeurs dans COMBAT est de développer davantage la recherche épidémiologique afin de combler ces lacunes de connaissances. Nous y arrivons grâce à l’interdisciplinarité entre les partenaires impliqués. Celle-ci se traduit par une collaboration étroite avec les services vétérinaires locaux, des missions de formation au diagnostic et à l’identification des vecteurs, ainsi que des missions de sensibilisation à la maladie auprès des acteurs du terrain, des éleveurs et des décideurs.
Nous développons également des outils de contrôle pour améliorer le diagnostic et la lutte antivectorielle. À cela s’ajoute le renforcement des capacités des éleveurs et des services vétérinaires africains à lutter contre la maladie, tout en sensibilisant les décideurs politiques.
Vous vous êtes basés sur le parcours du contrôle progressif (PCP), de quoi s’agit-il ?
AB : Un des premiers constats que nous avons faits était que toutes les zones touchées par ce fléau ne sont pas au même stade de lutte. Et donc qu’il est nécessaire d’adapter les stratégies de contrôle et de lutte, et de les harmoniser en fonction du stade de développement de la maladie et de son ampleur dans une zone donnée. C’est pour cela que nous nous sommes basés sur cette approche progressive, dite PCP, dans la mise en place de systèmes d’information épidémiologiques et de stratégies nationales et régionales. La clé de cette méthode est d'organiser les actions par palier, avec des étapes définies, avant de passer à une nouvelle étape…et ce jusqu'à l'élimination voire l'éradication de la maladie. Ces étapes ne sont pas nécessairement évaluées à l’échelle nationale, mais au niveau de zones spécifiques à l’intérieur du pays.
Cette approche est basée sur des données probantes du terrain, acquises grâce à un ensemble d'outils épidémiologiques. Elle nous permet de constituer des atlas, c’est-à-dire des cartes de présence du vecteur et de la maladie, afin de modéliser les zones où les campagnes de lutte peuvent être mises en œuvre. Par la suite, une évaluation est réalisée pour juger la réussite et déterminer si la zone ou le pays peut passer à l’étape suivante. Ce travail s’effectue conformément aux lignes directrices basées sur le PCP et adoptées par les ministères des pays, qui assurent par la suite l’implémentation. Nous nous basons donc sur des données connues, avec une projection réalisable dans un temps donné avec les outils en question…
Cette stratégie du PCP a été développée essentiellement par la FAO avec la participation du Cirad. Elle n'est pas spécifique à la trypanosomose : la méthode a fait ses preuves pour d’autres maladies bovines en Afrique, comme la fièvre aphteuse.
Quelles sont les avancées et les perspectives du projet ?
AB : Concernant les connaissances autour de la maladie, nous pouvons dire que nous avons atteint notre objectif général, qui est de contribuer à combler les lacunes de connaissances autour de cette maladie et de ses vecteurs. En parallèle de ce travail d’amélioration des données, un large programme de formation a été mis en place par et pour les membres du projet. Ce programme a visé différents acteurs sur le terrain, y compris des laboratoires, des centres de recherche, des centres de diagnostic, les services vétérinaires… À titre d’exemple, le projet a organisé pas moins de sept ateliers de formation de deux semaines, dédiées à la capture et à l’identification des mouches hématophages, dans autant de pays. Des actions de plaidoyer ont été également menées, incluant des séminaires à haut niveau avec des représentants des gouvernements des pays touchés, pour les sensibiliser à la maladie et aux approches de contrôle. Certains pays du consortium sont allés jusqu’à l’écriture de feuilles de route pour coordonner les actions de lutte au niveau régional et national.
Nous avons aussi réalisé des progrès notables sur les outils de lutte, notamment avec la mise au point d’écrans améliorés pour détruire les mouches, plus efficaces que les modèles précédents. Ces mini-écrans appelés « Tiny Targets » combinent un tissu bleu attractif et une moustiquaire noire imprégnée d’insecticide. Ils exploitent le comportement visuel des mouches tsé-tsé et permettent de réduire fortement leur population de manière ciblée, économique et respectueuse de l’environnement. Nous avons également développé des pièges adaptés à la fois aux mouches tsé-tsé et aux autres mouches hématophages, conçus à partir de matériaux biodégradables. Il s’agit d’un produit qui correspond aux attentes actuelles et présente un bon potentiel commercial à la fin du projet.
Pour ce qui est du développement des outils diagnostiques et des médicaments, nous avons encore besoin d’adapter nos méthodes, via des ateliers de co-construction et en utilisant des ressources locales, afin de répondre au mieux aux besoins du terrain.
Nous mettons en œuvre toutes nos compétences et nos moyens pour aider les populations touchées par la trypanosomose animale à mieux s’en sortir économiquement et à améliorer durablement la productivité de leurs activités agricoles et pastorales. C’est un processus particulièrement long et coûteux, qui requiert d’importants investissements en temps et en financements.