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Choix des arbres et gestion du couvert forestier pour une agroforesterie au cœur de la cacaoculture durable
Culture du cacao © Cirad
Distinguer l’origine des arbres, enjeux écologiques et productifs
Au sein des cacaoyères, les arbres sont issus de trois origines : les arbres plantés, les arbres rémanents et les arbres spontanés. La majorité des arbres présents dans les systèmes étudiés sont issus des formations forestières originelles (arbres rémanents) ou de la régénération naturelle spontanée, et jouent un rôle écologique majeur. Les arbres rémanents, grâce à leur taille et à leur ancienneté, concentrent les plus grands stocks de carbone, créent de l’ombrage et un microclimat, entretiennent la fertilité des sols, et préservent une biodiversité héritée des forêts disparus. Les arbres spontanés génèrent des flux entrants élevés de séquestration de carbone liés à leur forte croissance et représentent l’avenir de la couverture arborée des cacaoyères. Les arbres plantés, souvent fruitiers ou exotiques, contribuent généralement moins à la biodiversité et au stockage de carbone que les arbres rémanents et spontanés, mais renforcent la sécurité alimentaire et les revenus des cacaoculteurs.
Considérer les préférences des agriculteurs, enjeux économiques et contraintes
Les arbres ont une importance économique et peuvent représenter jusqu’à 70% des revenus des agriculteurs liés à la production de bois, de fruits, l’artisanat et d’autres usages matériels et immatériels. Parmi eux, l’avocatier, le cola et le petit cola sont les plus commercialisés. Mais le manque de connaissance botanique des producteurs et les contraintes d’accès au marché limitent la valorisation des produits agroforestiers.
Prendre en compte le changement climatique
Le changement climatique entraîne différentes réponses des arbres, selon qu’il stimule ou ralentit leur croissance et leur régénération naturelle. Sur les 25 espèces étudiées, 13 apparaissent favorisées par les évolutions attendues du climat. Mais dans tous les cas, les stocks de carbone dans le sol diminueraient sous l’influence d’une augmentation de la température.
Les espèces bénéficiant d’une forte croissance et d’une bonne régénération sont les candidates prioritaires pour les systèmes futurs, et une bonne gestion de la concurrence racinaire et aérienne facilitera la cohabitation entre des espèces aux stratégies différentes. A l’inverse, les espèces à faible régénération présente un risque quant à la pérennité de la couverture arborée.
Envisager les cacaoyères agroforestières comme sources d’approvisionnement pour la filière bois
Dans les cacaoyères, les ressources actuelles en bois proviennent principalement des arbres rémanents, qui constituent aujourd’hui environ 70 % de la ressource. À terme, ces arbres seront progressivement remplacés par les arbres spontanés, qui formeront alors près de 80 % du stock futur de bois.
La trajectoire de croissance des arbres est variable selon les espèces. C’est ainsi par exemple que le diamètre minimum d’exploitation peut être atteint entre 24 et 93 ans selon les espèces considérées. Les arbres spontanés sont plus performants que les arbres plantés : ils poussent en moyenne 10% plus vite par an et atteignent un volume 41% supérieur au même âge. Le potentiel de production reste cependant sous-optimal sans une gestion sylvicole appropriée.
Favoriser la diversité des arbres dans les cacaoyères agro-forestières
La diversité des espèces d’arbres dans les cacaoyères varie de 1 à 72 espèces différentes. Les arbres rémanents et spontanés présentent une diversité plus élevée (médiane de 9) que les arbres plantés (médiane de 4). La diversité provient principalement des arbres rémanents et spontanés et les arbres plantés y contribuent complémentairement.
Optimiser le choix des arbres d’ombrage dans les cacaoyères
Les performances productives des cacaoyers diminuent à mesure que la couverture arborée augmente, mais cette baisse ne devient significative qu’au-delà de 30 %, valeur qui peut être retenue comme référence. Les meilleures performances sont observées lorsque les arbres associés sont à feuillage clairsemé ou caduc. Une gestion optimale de l’ombrage requiert un accompagnement technique des planteurs sur les pratiques sylvicoles adaptées.
Gérer la régénération et la croissance du couvert arboré
La combinaison de la densité et de la taille (section du tronc à 1,3 mètres de hauteur) des arbres permet une bonne prédiction du couvert végétal et de l’ombrage. C’est ainsi qu’un diagramme de couvert associant ces deux paramètres a été développé comme outil d’évaluation et d’aide à l’élaboration de stratégies de gestion pour atteindre et maintenir un niveau de couverture voulu selon une vision dynamique de la croissance des espèces forestières. Un même niveau de couverture pourra ainsi être obtenu avec une forte densité d’arbres peu développés, puis suite à un éclaircissage progressif du couvert à mesure que les arbres croissent. Cet outil est d’ores et déjà utilisé dans le cadre d’un projet pilote de Régénération Naturelle Assistée (RNA) dans l’Indénié-Djuablin en collaboration avec l’ONG RISOME sur un financement de la société Barry Callebaut.
Recommandations pour la conception de systèmes agroforestiers de cacaoculture
Ces résultats du Projet COCOA4FUTURE amènent à formuler les recommandations suivantes :
Privilégier et valoriser les arbres spontanés présents dans les cacaoyères
- Mettre l’accent sur la Régénération Naturelle Assistée (RNA) dans les programmes de restauration des services écosystémiques au sein des cacaoyères.
- Favoriser les espèces résilientes au climat futur, l’autoadaptation spontanée du couvert forestier et une évolution de la composition des espèces en fonction de leurs performances réelles sur la base d’observations, de tests et d’ajustement successifs.
- Accompagner le processus en formant les agriculteurs à identifier et à gérer ces jeunes arbres, ainsi qu’aux pratiques sylvicoles pour une gestion optimale du couvert sur la durée
Préserver les arbres rémanents et les forêts résiduels :
- Reconnaitre les services écologiques et agronomiques essentiels rendus, notamment comme source de propagule et pour le maintien de la biodiversité et de la fertilité des sols
- Protéger les espèces à bois dense comme piliers du système, même si leur croissance est ralentie.
- Protéger aussi les espèces à plus faible régénération afin d’éviter qu’elles ne disparaissent progressivement sous l’effet des changements du climat
Introduire des arbres plantés de manière ciblée :
- Planter uniquement en complément de la régénération naturelle pour améliorer la diversité ou répondre aux besoins spécifiques des agriculteurs
- Respecter le choix des agriculteurs selon leurs besoin : sécurité alimentaire, revenus, fonctions sociales …
- Améliorer également l’accès au marché des productions agro-forestières, surtout pour les produits à haut potentiel économique et les productions (bois et fruits) des espèces à croissance rapide qui profiteront du climat futur.
- Renforcer la formation des producteurs sur les espèces arborées et leurs usages, et encourager la diversification des espèces arborées pour renforcer la résilience économique et écologique des ménages.
Promouvoir des politiques favorables à l’agroforesterie
- Compléter les prescriptions basées sur la densité par des plages cibles de couvert arboré adaptées aux objectifs de production et de conservation et de la nécessaire gestion d’un couvert forestier évolutif. Une valeur de 30% pourra être considérée par défaut
- Approfondir les connaissances par la recherche en identifiant des niveaux de couverts optimaux selon les objectifs des producteurs (cacao, bois, services écosystémiques)