Plaidoyer 30 mars 2026
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Les organisations de producteurs, leviers d’une agriculture martiniquaise plus résiliente et solidaire
Fruits et légumes issus d’exploitations agricoles martiniquaises, vendus au marché de Fort-de-France © Y. Sanguine, CIRAD
L’essentiel
- En Martinique, dans le cadre du projet Ecophyto PUMAT, le CIRAD s’est penché sur les problématiques liées à la culture de tomates, et sur les pratiques agroécologiques qui permettraient de réduire l’usage de pesticides.
- Il est rapidement apparu que les OP participent à stabiliser les revenus des producteurs, et favorisent en retour l’investissement et l’innovation vers des pratiques durables. Elles mutualisent les informations sur les besoins du marché, coordonnent les calendriers de production et accompagnent leurs membres selon leurs spécificités.
- Mettre en visibilité l’importance des OP via les travaux de recherche vise à informer les politiques publiques et à appeler pour plus de soutien.
« Une organisation de producteurs, c’est tout simplement un regroupement de plusieurs agriculteurs qui décident de mutualiser certaines ressources. Cela les aide notamment à rééquilibrer le rapport de force avec d’autres acteurs de la filière, par exemple avec la grande distribution. Une OP aura toujours plus de poids dans les négociations face à une enseigne qu’un agriculteur seul. »
Laurent Parrot est agronome au CIRAD, actuellement en poste au Campus Agro-Environnemental Caraïbe (CAEC) en Martinique. Il a travaillé sur la faisabilité de différentes pratiques agroécologiques pour la culture de tomates, en se penchant sur les enjeux agronomiques et économiques des exploitations maraîchères de l’île.
« Les OP sont des acteurs clés pour assurer la transition agroécologique de la filière fruits et légumes. Face au manque de moyens chroniquement signalé par les agriculteurs, elles peuvent par exemple intervenir en tant que relais pour le montage de dossiers de subvention, l’accès à des appels à projets collectifs, ou encore la mise en place de coopératives d’investissement. En renforçant leur rôle de guichet collectif, elles facilitent l’accès à des ressources souvent inaccessibles individuellement. Si on veut penser la baisse des intrants chimiques, on doit passer par ces structures. »
Mieux communiquer sur les produits martiniquais auprès des consommateurs locaux
Les exploitations maraîchères de l’île déplorent souvent un manque de débouchés pour leurs produits, et donc des pertes. Lors de la vente auprès de particuliers, l’un des freins identifiés est la faible valorisation des légumes ou de fruits dits « moches » : tâches, irrégularités, bosses… Face à cela, les OP organisent des campagnes pédagogiques, ou encore nouent des partenariats avec la restauration collective ou solidaire. Objectif : sensibiliser les consommateurs sur la valeur gustative et nutritionnelle des produits locaux, au-delà de leur apparence.
Les OP actionnent ainsi différents outils de communication pour valoriser la production locale. Elles développent des campagnes de promotion collective, des marques territoriales, ou encore créent des labels valorisant les pratiques durables, la fraîcheur, la proximité et les bénéfices pour la santé. Pour répondre aux attentes de transparence et de confiance, les OP peuvent aussi organiser des marchés de producteurs, des portes ouvertes, ou des partenariats avec des établissements scolaires.
Le produit local gagne à être raconté. Contrairement à d’autres régions, la Martinique valorise encore peu ses producteurs et ses terroirs. Les OP ont un rôle à jouer dans la production de contenus visuels et narratifs, pour renforcer l’attachement du public à son agriculture.
« Soutenir les efforts des producteurs et productrices martiniquaises »
« Notre métier, en tant que groupement de producteurs, est de coordonner et soutenir les efforts de nos agriculteurs pour offrir des fruits et légumes de qualité. La réduction de la dépendance aux pesticides de synthèse enjeux sanitaire majeurs impacte directement nos activités, car cela demande l’ajustement des pratiques et itinéraires culturaux de nos adhérents. Il faut faire preuve de créativité et d’innovation, et parfois d’accepter des rendements légèrement inférieurs.
« Être adhérent d’une organisation de producteurs professionnels, reconnue par l’État, permet aux exploitants de se concentrer sur leur cœur de métier à savoir produire. L’OP s’occupant de la commercialisation, et donc du suivi et de la traçabilité des productions du champ aux consommateurs. Ces démarches renforcent la confiance des consommateurs dans nos produits et valorisent l’image d’une agriculture martiniquaise saine et durable à travers les partenariats et les circuits de distribution locaux. »
Monsieur Gérald Viviès, administrateur du Groupement d'intérêt économique « Maraicher Horticole Martinique »
S’organiser en collectif pour parler à la grande distribution
Les OP adaptent leurs services, formations ou stratégies commerciales en fonction du profil des exploitations. Cela leur permet de mieux répondre aux attentes de marchés diversifiés : vente directe, restauration collective, ou grandes surfaces. Surtout, elles peuvent ensuite peser en tant qu’interlocuteurs collectifs face aux enseignes, notamment face à des exigences de conditionnement souvent inadaptées aux réalités locales.
Un rééquilibrage du rapport de force intéressant pour les producteurs, notamment lorsque les OP arrivent à négocier des ajustements de cahier des charges ou développer des circuits spécifiques mieux adaptés à la production locale.
S’organiser en collectif, c’est aussi structurer l’offre, en regroupant par exemple la production et en optimisant la logistique. Alors que la rentabilité des petites exploitations est fragilisée par les faibles volumes, les OP recréent des économies d’échelle et améliorent de facto les marges pour les exploitations.
Créer du lien entre tous les maillons de la chaîne, du champ à l’assiette
La Martinique déplore un manque d’unités de transformation agroalimentaire, ce qui engendre des pertes évitables. Au-delà de cette problématique, les liens entre producteurs et transformateurs sont encore trop faibles. Sur ces deux défis, les OP agissent. Elles peuvent d’une part initier ou soutenir la création d’outils collectifs de valorisation : des conserveries, des séchoirs, des ateliers de découpe, etc. Ces premières actions apportent ainsi une réponse concrète à la question des invendus ou des produits non calibrés.
Ensuite, les OP assurent une médiation active entre producteurs et transformateurs, afin d’harmoniser les besoins et les disponibilités, et sécuriser les approvisionnements par des contrats ou des plateformes logistiques mutualisées.
La coordination des maillons de la chaîne, de la parcelle à l’assiette, est un défi fondamental. Les OP sont bien placées pour structurer cette chaîne de valeur, assurer la traçabilité, sécuriser les flux, et fédérer les partenaires autour d’une vision commune.
Pour Laurent Parrot, « les organisations de producteurs, si elles sont correctement soutenues et renforcées, peuvent devenir des moteurs de la transition agroécologique en Martinique. Elles représentent l’interface idéale entre diversité agricole et cohérence économique, entre qualité locale et exigences des marchés, entre savoir-faire individuel et stratégie collective ». Comme le rappelle le chercheur, la réponse aux défis techniques de la transition agroécologique, à l’échelle de la parcelle, se construit en même temps que la réponse aux problématiques économiques des exploitations.