Madagascar : pourquoi se tourner vers l’élevage familial ?

29/06/2026
Alors que la population ne cesse de s’accroître, le modèle d’élevage intensif peut paraître idoine pour produire plus et rapidement afin de subvenir aux besoins urgents d’alimentation. Toutefois, sans vouloir s’opposer à ce modèle, l’élevage familial se distingue par ses multiples services rendus. Il répond à plusieurs défis dans un contexte de croissance démographique mais aussi de vulnérabilité climatique. Pratiqué par plus de 70% des ménages ruraux, il assure des emplois et contribue à valoriser les ressources locales, en plus d’être une source de protéine pour l’alimentation. Un rapport élaboré en partenariat par des acteurs de la recherche, du développement et du monde paysan malgache, coordonné par le CIRAD, le GSDM et l’AVSF plaide pour la considération de l’élevage familial dans les politiques afin de favoriser le développement durable au sein des territoires ruraux de Madagascar. Le document a été remis aux représentants de l’Etat et des bailleurs lors d’un atelier qui s’est tenu le 12 Mai à Antananarivo, Madagascar.
Marché aux zébus - Madagascar
Marché aux zébus - Madagascar

Marché aux zébus - Madagascar © M.Vigne, Cirad

Environ 70% des ménages ruraux malgaches concernés

A Madagascar, plus de deux ménages sur trois pratiquent l’élevage familial. Presque toujours associé à l’agriculture, il se présente sous différentes formes et concerne différentes espèces : zébus, bovins laitiers, porcs, volailles, poissons et petits ruminants. Le secteur de l’élevage est accessible et ancré dans les réalités rurales où il constitue une source essentielle de revenus pour les ménages. Grâce à des cycles de production souvent courts et continus, il permet de générer des ressources financières régulières, contribuant à l’amélioration des conditions de vie de la population. Par ailleurs, l’élevage extensif a un caractère inclusif parce qu’il offre des opportunités d’autonomisation financière pour les femmes et constitue un milieu accessible pour l’insertion professionnelle des jeunes. 

Et au niveau du rendement, les chiffres démentent l’idée d’un élevage peu productif. D’après une enquête réalisée sur 150 producteurs de l’Analamanga et de l’Itasy, l’élevage de poulet gasy par exemple, avec un faible investissement de départ, contribue à hauteur de 25 à 50% des revenus des ménages agricoles, avec des races locales. 

Une multifonctionnalité au service du développement des territoires

Face à la vulnérabilité climatique, l’élevage familial offre bien plus que des apports en viande et en produits d’élevage. De façon articulée, il peut relever plusieurs défis actuels qui ont tendance à s’intensifier pour les années à venir. 

  • En 2021, l’élevage et les produits de l’élevage représentent la première production du secteur agricole en termes du PIB de Madagascar (FAO). Les viandes en représentent près de 25% et le lait et les œufs 14%. 
  • Au-delà du revenu régulier offert par l’élevage, les animaux constituent également des valeurs d’épargne sécurisant les ménages ruraux.
  • Par ailleurs, l’élevage familial est indispensable à l’agriculture : il fertilise les cultures, permet la traction animale et assure le transport des produits. 
  • Sa pratique contribue à valoriser les ressources naturelles du territoire pour ne citer que les fourrages naturels et les zones pastorales, non exploitables pour l’agriculture. L’entretien des prairies et la limitation de l’embroussaillement contre la propagation figure également parmi les fonctions écologiques et économiques de l’élevage familial.
  • De plus, dans les milieux ruraux, l’élevage occupe des fonctions sociales et culturelles et contribue par exemple à la solidarité communautaire, à la sécurité sociale et procure un prestige social. Certains animaux sont aussi liés aux traditions familiales, notamment le zébu.
Pastoralisme - Madagascar

Pastoralisme - Madagascar © M.Vigne, Cirad

Un rapport de plaidoyer en faveur de l’élevage familial

Compte tenu de la place de l’élevage dans les dynamiques rurales, et de la multifonctionnalité de l’élevage familial, un collectif de partenaires de la recherche et du Développement a élaboré un rapport de plaidoyer visant à partager les réflexions et visions communes sur la place de cette forme d’élevage dans le développement futur du secteur. Le collectif est composé de Agrisud, APDRA, AVSF, CIRAD, Fert, FIFAMANOR, Fifata, FOFIFA, GSDM, Tero et Think Tany.

Le message clé du rapport se résume comme suit : 

En dépit de l’urgence de sécurité alimentaire, la transition vers des systèmes plus productifs sur la base de sauts technologiques trop soudains (génétique, infrastructure, …) limitent leurs adoptions car ils ne correspondent pas à la réalité et aux contraintes des exploitations agricoles familiales. Les pratiques et systèmes intensifiés peuvent entrainer des risques environnementaux et sociaux qui milite pour une intensification agroécologique « moderne » qui s’appuie sur le savoir-faire paysan et des technologies durables. 
La modernité n’est pas la transposition d’un modèle importé. 
L’élevage familial peut être la base d’une “nouvelle modernité” durable qui fait appel à l’intelligence collective pour construire une voie adaptée aux enjeux spécifiques de son territoire. 

Ce rapport parle des services rendus par l’élevage familial en général et parcourt spécifiquement les filières de la production laitière, la pisciculture, l’élevage de zébu intensif, de poulet gasy et de porc. Il consacre également des chapitres à l’inscription de l’élevage dans la transition agroécologique et aux agents de proximité en production et santé animale en lien avec l’approche One Health. 

Télécharger le rapport de plaidoyer 

Un atelier de restitution a été organisé le 12 mai 2026 pour remettre le document aux représentants de l’Etat et des bailleurs. L’événement s’est déroulé en présence du Ministre de l’élevage, M. Riana Nantenaina Randrianomenjanahary, qui a souligné l’intérêt de l’Etat à construire une politique propre pour le développement du secteur élevage à Madagascar : 

Le secteur de l’élevage participe de manière conséquente à l’économie rurale. Il permet notamment de créer de l’emploi pour les femmes et les jeunes. Maintenant que nous avons un Ministère dédié à l’élevage à Madagascar, nous allons pouvoir mettre en place des politiques spécifiques pour le développement de ce secteur.

Riana Nantenaina Randrianomenjanahary
Ministre de l'élevage

A côté du Ministère de l’élevage, le rapport a également été remis aux représentants du Ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, du Ministère de la pêche et de l’économie bleue, du Ministère de l’environnement et du développement durable, du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, à l’Union européenne, l’AFD, le JICA et la GIZ