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Construire une aquaculture circulaire en Asie du Sud-Est
Bassin aquacole en Asie du Sud-Est. © J-M Mortillaro, CIRAD
L’aquaculture produit désormais plus de la moitié des aliments aquatiques consommés dans le monde. En Asie du Sud-Est, elle constitue à la fois une source majeure de revenus et un secteur confronté à des risques environnementaux et sanitaires croissants, allant de la pollution de l’eau et l’épuisement des ressources aux maladies et à l’antibiorésistance.
Alors que ces défis s’intensifient sous l’effet du changement climatique, les pays de la région repensent la conception et la gestion des systèmes aquacoles.
C’est dans ce contexte que des partenaires venus de toute l’Asie du Sud-Est se sont réunis à l’Ambassade de France à Bangkok pour le lancement du projet AquASEAN, organisé dans le cadre du One Health Festival en amont du One Health Summit 2026. Inscrit dans cette dynamique internationale, l’événement a mis en lumière l’aquaculture à l’intersection des enjeux de durabilité environnementale, de systèmes alimentaires et de santé.
Ce lancement marque la poursuite d’un effort régional déjà engagé, soutenu par la France à travers le Fonds Équipe France (FEF), et s’appuyant sur des travaux menés au Vietnam entre 2023 et 2025.
AquASEAN vise à démontrer comment l’aquaculture circulaire peut être mise en œuvre dans la région, en combinant des systèmes pilotes à zéro rejet,des aliments aquacoles plus durables et un renforcement des liens avec les politiques publiques.
Qu’est-ce qu’AquASEAN ?
AquASEAN est une initiative régionale déployée en Asie du Sud-Est pour soutenir des systèmes aquacoles plus durables. Le projet réunit des instituts de recherche, des universités et des partenaires techniques afin de développer et tester des solutions adaptées à des contextes de production variés.
Au cœur du projet se trouve la question de l’utilisation et des pertes de ressources au sein des systèmes aquacoles.
L’eau, les nutriments et les aliments circulent souvent de manière inefficace, générant des déchets et des impacts environnementaux. En analysant ces flux, AquASEAN identifie où se produisent les pertes et comment elles peuvent être réduites, réutilisées ou réintégrées dans les cycles de production.
Plutôt que de traiter les défis séparément, le projet combine trois axes de travail complémentaires :
- le développement et l’expérimentation de pratiques aquacoles plus efficaces dans l’utilisation des ressources
- le renforcement des compétences et des dispositifs de formation auprès des institutions, des communautés et des chaînes de valeur
- la production de connaissances et d’outils destinés à éclairer les politiques publiques aux niveaux national et régional.
Ces dimensions ne constituent pas des composantes isolées, mais s’inscrivent dans une dynamique continue, allant de l’analyse des systèmes à leur mise en application sur le terrain, jusqu’à leur intégration dans les politiques publiques.
Un projet déjà à l’œuvre
Expérimenter des approches circulaires dans des fermes pilotes
Le projet ne vise pas seulement à comprendre les systèmes ; il cherche à les transformer.
AquASEAN ne part pas de zéro. Le projet s’appuie sur plus de vingt ans de recherche et de développement sur l’aquaculture durable en Asie du Sud-Est, menés par le CIRAD et ses partenaires régionaux. Depuis le début des années 2000, des équipes de recherche internationales et pluridisciplinaires, travaillant en partenariat en Indonésie, au Vietnam, au Cambodge et aux Philippines, ont conduit plusieurs projets successifs afin d’explorer les différentes dimensions des systèmes aquacoles, des pratiques de production et de l’utilisation des ressources aux impacts environnementaux et à la durabilité des aliments aquacoles.
Cet ensemble de travaux, menés à travers des initiatives telles que EVAD, PISCEnLIT, AquaCAM et CapFish Aquaculture, constitue aujourd’hui la base scientifique et institutionnelle sur laquelle s’appuie AquASEAN pour développer à l’échelle régionale des approches circulaires et résilientes face au changement climatique.
Forts de cette expérience, les partenaires mettent déjà en œuvre ces approches dans des systèmes de production réels, en mobilisant instituts de recherche, universités et agences techniques.
Aux Philippines, des chercheurs de l’Université des Philippines Los Baños cartographient les systèmes de production aquacole, en se concentrant sur la manière dont les déchets circulent dans les élevages de crevettes et de poissons et affectent les milieux environnants. Ce travail fournit une base concrète pour identifier où des pratiques circulaires peuvent être introduites et développées à plus grande échelle. Les résultats sont déjà mis en application au National Fisheries Development Center (NFDC) de Dagupan, sous l’autorité du Bureau of Fisheries and Aquatic Resources.
En Thaïlande, les équipes de l’Asian Institute of Technology (AIT) testent des systèmes intégrés associant crevettes, poissons et algues, à travers des démonstrations en ferme et des expérimentations contrôlées, afin d’améliorer l’efficacité de l’utilisation des ressources tout en renforçant la résilience face à la variabilité climatique.
Au Cambodge et au Vietnam, les chercheurs explorent des approches complémentaires, notamment la réutilisation des déchets au sein des systèmes d’étangs aquacoles et le développement de formulations d’aliments à partir d’ingrédients circulaires d’origine locale. Les essais menés par l’Université de Cần Thơ portent à la fois sur la production de crevettes et de pangasius.
Relier l’aquaculture circulaire aux enjeux One Health
Au-delà de l’efficacité dans l’utilisation des ressources, le projet s’intéresse également aux risques sanitaires liés à l’aquaculture. En collaboration avec l’Université Chulalongkorn, des recherches en cours portent sur des alternatives aux antibiotiques dans l’élevage du tilapia. Celles-ci incluent l’utilisation d’immunostimulants, tels que des extraits de plantes aquatiques et des vitamines, afin de renforcer la résilience des poissons tout en réduisant les risques liés à l’antibiorésistance, un enjeu central dans une approche One Health.
Ces innovations techniques sont complétées par des analyses socio-économiques menées au Vietnam, en Thaïlande et aux Philippines, portant sur les coûts de production, la rentabilité et les conditions nécessaires à l’adoption de pratiques plus durables par les producteurs.
Des résultats de terrain aux orientations politiques
Les résultats issus de ces activités visent à être étendus au-delà du stade pilote.
Ils sont traduits en recommandations pratiques et en outils destinés aux décideurs, contribuant ainsi aux stratégies nationales et régionales alignées sur les priorités de l’économie circulaire et de l’approche One Health.
Ce travail s’inscrit dans une dynamique régionale plus large. Des cadres tels que l’ASEAN Blue Economy Framework (2023) et l’ASEAN Framework for Circular Economy (2021) identifient l’aquaculture comme un secteur prioritaire tout en promouvant une utilisation plus efficiente des ressources et des chaînes de valeur circulaires.
Cette dynamique est également soutenue par les Policy Guidelines on Agroecology Transitions in ASEAN, élaborées à travers un processus multipartite conduit sous l’égide de l’ASEAN, avec les contributions de partenaires dont le CIRAD. Ces lignes directrices constituent une référence commune pour traduire les principes de l’agroécologie en actions concrètes à l’échelle régionale.
Vers un changement d’échelle régional
En reliant l’analyse des systèmes, l’expérimentation de terrain et le dialogue avec les politiques publiques, AquASEAN ambitionne de faire passer l’aquaculture circulaire d’initiatives isolées à des approches plus coordonnées et déployées à l’échelle de l’Asie du Sud-Est.
Plutôt que d’introduire des modèles entièrement nouveaux, le projet s’appuie sur les systèmes existants, en identifiant les marges d’amélioration possibles, en les testant dans des conditions réelles et en soutenant leur intégration dans des stratégies plus larges. Ce faisant, il positionne l’aquaculture non seulement comme un secteur sous pression, mais aussi comme un point d’entrée clé pour répondre aux défis interconnectés liés à l’environnement, aux systèmes alimentaires et à la santé dans la région.