En Guyane, une tour de flux pour mesurer les échanges de gaz à effet de serre

11/06/2026
Une tour de flux destinée à mieux comprendre le rôle des prairies tropicales dans le bilan des gaz à effet de serre a été installée par le CIRAD en Guyane. Grâce à la mesure continue des échanges de dioxyde de carbone (CO₂), de vapeur d’eau (H₂O) et de méthane (CH₄) entre la prairie et l’atmosphère, ce dispositif permettra de suivre l’évolution de ces écosystèmes et mieux quantifier leur contribution au cycle du carbone. Associée à la tour de flux GUYAFLUX de l’INRAE, implantée à seulement 10 kilomètres dans une forêt native, elle permettra également d’étudier les effets à long terme de la conversion des forêts en prairies dans des conditions environnementales comparables. À terme, ce dispositif contribuera aux grands réseaux internationaux de suivi des flux de gaz à effet de serre et au renforcement des connaissances sur le rôle des écosystèmes tropicaux dans le changement climatique.
Installation de la tour de flux dans une parcelle de prairie. © Louis Decline, CIRAD
Installation de la tour de flux dans une parcelle de prairie. © Louis Decline, CIRAD

Installation de la tour de flux dans une parcelle de prairie. © Louis Decline, CIRAD

Financé par le CIRAD et le projet RIFT (programme FairCarboN, 2024-2028, France 2030), ce projet s’inscrit dans une démarche de renforcement des dispositifs de suivi des flux de gaz à effet de serre à l’interface sol-végétation-atmosphère. Il fait suite au projet CARPAGG ( Carbone des Pâturages de Guyane et Gaz à effet de serre), qui avait permis l’installation et l’exploitation, entre 2011 et 2019, de deux tours de flux dans des prairies issues de déforestation et d’âges différents. Ce dispositif a mis en évidence que les prairies issues de déforestation en Guyane fonctionnent comme des écosystèmes stockeurs de carbone dans le sol à condition de les pérenniser sur plusieurs décennies.

Que retenir du dispositif ?

La tour réalise des mesures en continu, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, des échanges de gaz, d'énergie et des paramètres météorologiques. Équipée de capteurs dédiés au CO₂, à la vapeur d'eau et au méthane, elle enregistre jusqu'à 20 mesures par seconde pour les flux gazeux. Une caméra automatisée (phenocam) complète le dispositif en suivant l'évolution de la végétation et la présence des animaux. Alimentée par panneaux solaires et batteries, la tour est entièrement autonome et accessible à distance via une connexion 4G permettant le suivi en temps réel des données et des performances de l'installation. Une station météorologique indépendante viendra prochainement renforcer le dispositif afin d'assurer la continuité des observations en cas d'interruption des mesures.

Pourquoi avoir choisi cette parcelle ?

La prairie retenue pour accueillir la nouvelle tour de flux a été implantée en 1978, ce qui lui confère près de cinquante ans d’existence. Son principal atout réside dans sa proximité avec la tour de flux GUYAFLUX de l’INRAE, installée depuis 2003 dans une forêt native située à seulement 10 kilomètres. Cet ensemble de dispositifs complémentaires permettra d’évaluer l’impact à long terme de la déforestation dans un environnement pédoclimatique identique.

Quelles informations la tour de flux permet-elle de collecter ?

Cette tour de flux a pour mission de mesurer en continu les échanges entre la prairie et l’atmosphère. Elle permet notamment de suivre les mouvements de trois gaz à effet de serre majeurs : le dioxyde de carbone CO₂ (échangé entre le sol, la végétation et les animaux), l’oxyde nitreux N₂O (émis par le sol) et le méthane CH₄ (principalement émis par les ruminants au pâturage).

L’objectif est de mieux comprendre si le système de pâturage fonctionne bien comme un puits de carbone, c’est-à-dire si il stocke davantage de carbone qu’il n’en rejette dans l’atmosphère. Pour cela, un bilan est réalisé entre les entrées de carbone, liées notamment à la croissance des plantes grâce à la photosynthèse, et les sorties de carbone provenant de la respiration des végétaux, du sol et des animaux au pâturage.

Pour réaliser ces mesures, la tour enregistre en permanence la concentration des gaz dans l’air ainsi que les caractéristiques du vent. Ces informations permettent de calculer les quantités de carbone, d’eau et d’énergie échangées entre la prairie et l’atmosphère. Ainsi, il sera possible d’évaluer la productivité primaire du système, son évapotranspiration et ses émissions ou absorptions de gaz à effet de serre. L'établissement de bilans d’émission nécessite de collecter des données à une fréquence élevée et sur une période de temps suffisamment longue, pour pouvoir apprécier les variations saisonnières ainsi que l’effet à plus long terme du changement climatique et des modes de conduite des parcelles. 

En parallèle, le projet ALAMOD, également soutenu par le programme FairCarboN, permet de collecter en parallèle dans la même parcelle de prairie des données complémentaires sur le stock de carbone du sol, les caractéristiques physiques (texture), chimiques (nutriments) et biologiques (macrofaune, activité microbienne, biomasse racinaire) des sols, les couverts herbacés (biomasse, biodiversité) et la conduite du pâturage (rotation, amendements). En combinant l’ensemble de ces informations, les chercheurs disposeront d’une vision globale du fonctionnement de la prairie et de son rôle dans le cycle du carbone.

À terme, l’ensemble du dispositif et des informations produites sur cette parcelle permettra d’étudier la partition de la productivité primaire (plante, litière, sol), avec en perspective son intégration au sein des réseaux scientifiques européens et internationaux comme FLUXNET (www.fluxnet.org) ou ICOS (Integrated Carbon Observation System, https://www.icos-cp.eu/ et https://icos-france.fr/).

La tour de flux implantée au sein d'un pâturage. © Louis Decline, CIRAD

La tour de flux implantée au sein d'un pâturage. © Louis Decline, CIRAD

 

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