Perspectives et enjeux du conseil agricole en Afrique de l’Ouest face à la transition agroécologique

22/12/2025
Le Cirad a conduit avec ses partenaires une étude sur le conseil en agroécologie en Côte d’Ivoire, Ghana, Guinée Bissau, Nigeria et Sénégal. Le rapport met en évidence plusieurs constats majeurs et des implications pour les politiques agricoles. Il apparaît notamment que le système est pluriel (public, privé, ONG, organisations paysannes, réseaux informels), la complémentarité entre les acteurs représente un levier potentiel, mais il n’est pas encore valorisé. Le conseil informel joue un rôle majeur mais encore méconnu dans l’adoption de pratiques agroécologiques. La demande en accompagnement des transitions agroécologiques augmente, mais l’offre reste insuffisante et peu alignée. Pour passer à un système plus tiré par la demande, les leviers prioritaires sont : renforcer la gouvernance participative, la redevabilité envers les producteurs, coordonner les services, soutenir les organisations paysannes et adopter des mécanismes de financement centrés sur les besoins réels des producteurs.
Visite d'une exploitation agricole au Sud du Sénégal
Visite d'une exploitation agricole au Sud du Sénégal

Visite d'une exploitation agricole au Sud du Sénégal. © I. Diallo, Cirad

La 15ᵉ session du Forum mondial des services de conseil agricole et rural s’est tenue à Dakar, Sénégal, du 11 au 13 novembre 2025, sous l’égide du Ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, en partenariat avec le Réseau des services de conseil agricole et rural d’Afrique de l’Ouest et du Centre (RESCAR-AOC) et l’Agence nationale de conseil agricole et rural (ANCAR) du Sénégal. Cette édition, organisée pour la première fois en Afrique de l’Ouest, avait pour thème : « Le conseil agricole dans l’enseignement supérieur et dans les politiques et programmes agricoles ».

Les travaux ont été marqués par des échanges d’expertises de haut niveau à travers des panels, conférences, communications techniques, expositions et visites de terrain. Ils ont permis de mettre en évidence un ensemble d’avancées, de défis persistants et de recommandations stratégiques pour renforcer le rôle du conseil agricole dans la transformation des systèmes agricoles et alimentaires.

Les participants s’engagent à mettre en œuvre ces recommandations dans un cadre de partenariat renforcé, convaincus que le conseil agricole constitue un levier déterminant pour la transformation durable de l’agriculture et des systèmes alimentaires.

Quelles sont les principales avancées constatées ?

Plusieurs avancées majeures sont notées, parmi lesquelles une meilleure intégration du conseil agricole dans les formations de l’enseignement supérieur, une présence accrue de ce domaine dans les politiques publiques grâce à la création d’organes et services dédiés, ainsi qu’une diversification des fournisseurs de services. Ils ont également relevé une dynamique positive dans l’usage des outils digitaux pour renforcer l’accessibilité et la réactivité du conseil, un engagement croissant de la jeunesse dans ces métiers, et des réformes politiques et institutionnelles qui renforcent les liens entre conseil agricole, recherche et enseignement supérieur.

Quels sont les insuffisances et défis identifiés du conseil agricole ?

Malgré les avancées observées, plusieurs limites continuent de freiner l’efficacité et la portée du conseil agricole. La mise en œuvre de certaines politiques publiques reste insuffisante, tandis que la synergie entre conseil, recherche et formation demeure faible en raison de cloisonnements institutionnels persistants. Les dispositifs universitaires dédiés manquent également de compétences spécialisées, et la recherche sur les méthodes, les approches et les impacts du conseil agricole présente encore d’importantes lacunes.

La demande en agroécologie augmente, mais l’offre reste insuffisante et plusieurs composants du système - financement, régulation, formation - ne sont pas encore alignés avec cette transition. 

Patrice Djamen
Chercheur au Cirad, Dakar, Sénégal
Patrice Djamen lors des travaux en session parallèle au forum

Patrice Djamen lors des travaux en session parallèle au forum. © I. Diallo, Cirad

Par ailleurs, la diversité des acteurs impliqués souffre d’une coordination limitée, ce qui réduit l’efficacité globale des interventions. Le secteur fait aussi face à un déficit de conseillers agricoles et à l’absence de référentiels harmonisés permettant de guider leurs pratiques. Enfin, la professionnalisation des conseillers endogènes et des relais paysans reste insuffisante, compromettant leur capacité à accompagner efficacement les producteurs.

Quelles recommandations pour le développement du conseil agricole ?

Afin de renforcer la contribution du conseil agricole au développement du secteur, les recommandations suivantes sont formulées à l’issue du forum de Dakar :

  1. renforcer les mécanismes de collaboration entre la recherche, la formation et le conseil agricole ;
  2. approfondir l’intégration du conseil agricole dans les institutions d’enseignement supérieur ;
  3. promouvoir une approche interdisciplinaire valorisant compétences techniques et compétences de vie ;
  4. consolider la gouvernance et les capacités de gestion des structures de conseil ;
  5. développer les compétences des acteurs et encourager le partage des connaissances ;
  6. mettre en place des plateformes nationales de dialogue, de coordination et de plaidoyer ;
  7. institutionnaliser les plateformes régionales et nationales de conseil agricole afin de renforcer leur visibilité et leur impact ;
  8. favoriser la coopération et le réseautage entre les différents acteurs du conseil agricole ;
  9. harmoniser les pratiques de conseil pour répondre aux exigences du développement durable ;
  10. adapter les approches, méthodes et outils du conseil aux besoins spécifiques des producteurs ;
  11. valoriser les conseillers endogènes pour renforcer le conseil de proximité ;
  12. instaurer des systèmes nationaux et régionaux de contrôle et de certification de la qualité du conseil ;
  13. promouvoir l’usage de l’intelligence artificielle et des outils numériques pour dynamiser le secteur ;
  14. consolider le rôle stratégique du conseil agricole grâce à la production d’évidences, d’études d’impact et d’outils d’aide à la décision.
Présidium des officiels lors du forum sur le conseil agricole et rural

Présidium des officiels lors du forum sur le conseil agricole et rural. © I. Diallo, Cirad