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Sécuriser l'approvisionnement en bois-énergie en République du Congo
Jeu de rôle illustrant une négociation entre une commerçante et un producteur de charbon de bois. © S. Koutchou, Cirad
Organisé du 26 au 29 mai 2026, à Brazzaville, par le CIRAD, en partenariat avec le Ministère de l’Economie Forestière (MEF) de la République du Congo, cet atelier a réuni un large éventail d’acteurs impliqués dans la filière bois-énergie. Y ont pris part des représentants des administrations publiques, des collectivités territoriales, des services déconcentrés de l’Etat, ainsi que des chercheurs, producteurs, commerçants, propriétaires terriens et membres d’associations. L’ensemble de ces parties prenantes a échangé autour des enjeux de structuration et de durabilité de la filière, dans une dynamique de concertation multi-acteurs.
Des acteurs en simulation pour mieux comprendre les enjeux de la filière bois-énergie
Afin de cerner les dynamiques de la filière bois-énergie, les participants ont pris part à un exercice de simulation, avec l’outil TerriStories, au cours duquel ils ont incarné différents acteurs de la filière : producteurs, commerçants, terriens et ayants droit. Cette approche participative a permis de mettre en lumière les contraintes rencontrées sur le terrain, les impacts des différentes pratiques sur la durabilité de la ressource, mais aussi d’analyser les interactions entre les différents maillons de la chaîne de valeur. Elle a également ouvert la réflexion sur les mécanismes susceptibles de renforcer l’efficacité des politiques publiques en matière de gestion durable du bois-énergie.
Une analyse territoriale à l’échelle de six départements stratégiques
Les réflexions ont été menées sur six départements constituant les bassins d’’approvisionnement des deux principaux pôles urbains : le Pool, les Plateaux, la Nkéni-Alima et le Djoué-Léfini pour le bassin d’approvisionnement en bois-énergie de Brazzaville et le Kouilou et Pointe-Noire (district de Tchiamba Nzassi) pour le bassin d’approvisionnement en bois-énergie de Pointe-Noire. Cette démarche territoriale a permis d’identifier les zones prioritaires d’intervention, en tenant compte des enjeux spécifiques liés à la disponibilité de la ressource, à la pression sur les formations forestières et aux dynamiques locales d’exploitation.
Gouvernance et structuration des acteurs de la filière bois-énergie
Les groupes de travail ont également réfléchi aux modalités concrètes de mise en œuvre des actions sur le terrain, en particulier en matière de gouvernance de la filière. Plusieurs recommandations fortes ont ainsi émergé, notamment la mise en place d’un conseil de concertation multi-acteurs placé sous la coordination du président du conseil départemental, ainsi que la création de comités de gestion locaux chargés d’assurer le suivi opérationnel des activités. Les participants ont également insisté sur la nécessité de clarifier les rôles et responsabilités des différents acteurs institutionnels, notamment les préfectures, sous-préfectures, conseils départementaux et autorités coutumières. Ces propositions visent à renforcer la coordination entre les acteurs et à améliorer la transparence dans la gestion de la filière.
Encadrement des transactions et traçabilité du bois-énergie
Des outils visant à sécuriser les relations entre exploitants et commerçants ont été proposés afin de renforcer la transparence et la fiabilité des transactions au sein de la filière. Il s’agit notamment de la formalisation des accords (entre producteur et commerçant en particulier) à travers des décharges ou conventions signées en présence des autorités locales, ainsi que la mise en place de contrats d’exploitation ou de vente validés au niveau local et encadrés par les services administratifs compétents. Par ailleurs, les participants ont souligné l’importance de renforcer la traçabilité du bois exploitable et de mettre en place un système de taxation incitative permettant d’encourager les initiatives contribuant à produire du bois-énergie issu d’espaces gérés durablement. Ils ont également recommandé de consolider les dispositifs de contrôle mixtes afin de mieux lutter contre l’exploitation illégale des ressources forestières.
Vers une diversification des sources d’énergie
Les échanges ont aussi abordé la question des alternatives au bois-énergie et au charbon. Le gaz a été identifié comme une option crédible, bien que confrontée à plusieurs défis, notamment : les capacités de stockage limitées, les difficultés de distribution et les contraintes liées à l’enfutage des bonbonnes. Ces limites montrent le besoin de construire une approche progressive et structurée de la transition énergétique. Le rôle des foyers améliorés, dans la réduction de la consommation en charbon de bois et en bois de feu par les ménages urbains, a également été discuté notamment au regard des initiatives actuelles portées par des associations comme Femmes Energie, Initiative Développement et AVSI.
Des solutions pour rendre les plantations économiquement viables
La question de la viabilité économique de potentielles plantations en bois-énergie a fait l’objet d’une attention particulière, celles-ci étant identifiées comme un levier essentiel pour réduire la pression exercée sur les forêts naturelles. Les échanges ont permis de mettre en évidence plusieurs conditions favorables à leur développement, notamment la réduction des coûts liés à l’accès et à la location des terres, l’allègement des charges associées à la mécanisation, ainsi que l’amélioration de l’accessibilité du matériel génétique à des coûts abordables. Le renforcement de l’accompagnement technique des producteurs est également apparu comme un facteur déterminant. Dans cette dynamique, il a été proposé la mise en place d’une équipe dédiée au suivi technique et au conseil de proximité, chargée d’appuyer les producteurs dans la maîtrise de la production de plants et dans le développement de plantations plus durables. Ces équipes pourront être issues d’associations ou des services techniques de l’Etat notamment le Service National de Reboisement (SNR). Enfin, les simulations et les débats qui en sont suivis ont aussi permis de définir les formes d’accord entre familles terriennes et petits planteurs locaux qui permettront de mieux sécuriser la plantation de bois énergie sur terres coutumières.
Pour information, le PUDT intervient dans les domaines de l’aménagement du territoire, de la gestion durable des forêts, de l’agriculture zéro-déforestation et de l’approvisionnement durable en bois-énergie.