Un hub international de plateformes Sud et Nord d’accompagnement de l’innovation

Institutionnel 26 mai 2023
Plusieurs organisations montpelliéraines, dont le Cirad, initient la création d’un Hub international de l’innovation afin d’accroître le potentiel innovant des start-ups et jeunes entreprises à impact dans les pays tropicaux face aux enjeux globaux. Cette nouvelle structure d’envergure internationale rassemblera plusieurs plateformes et acteurs de l’innovation. Elle proposera un ensemble structuré de services d’accompagnement aux porteurs de projets innovants au Sud et aux écosystèmes supports de l’innovation eux-mêmes. Ce projet d’international Innovation hub est porté par l’initiative MedVallée de Montpellier Métropole Méditerranée et le CGIAR. Entretien avec Lisa Blangy, responsable du Pôle partenariats privés et valorisation d’innovations au Cirad.
Le piège Brocap® contre le scolyte du caféier, une solution issue d'une étroite collaboration entre scientifiques, fabricants et distributeur ©  B. Dufour, Cirad
Le piège Brocap® contre le scolyte du caféier, une solution issue d'une étroite collaboration entre scientifiques, fabricants et distributeur ©  B. Dufour, Cirad

Le piège Brocap® contre le scolyte du caféier, une solution issue d'une étroite collaboration entre scientifiques, fabricants et distributeur ©  B. Dufour, Cirad

Lisa Blangy, responsable du Pôle partenariats privés et valorisation d’innovations au Cirad

© Cirad

Une nouvelle structure dédiée à l’innovation est en train de voir le jour, à Montpellier avec une visée internationale vers les pays du Sud. Quels en sont les contours et l’ambition ?

Lisa Blangy : L’idée globale est de créer un environnement le plus favorable possible à l’innovation en offrant des services d’accompagnement de l’innovation aux porteurs de projets entrepreneuriaux innovants des pays du Sud ou à ceux visant ces pays. Parmi ces services, nous aurons de l’appui en recherche dans les domaines de prédilection des organismes de recherche montpelliérains Nourrir-Soigner-Protéger. Nous proposerons aussi des solutions techniques, l’accès à des experts ou à des compétences en approches orientées changement, et bien sûr de l’accompagnement entrepreneurial, à la recherche de financements, etc.

 

Montpellier dispose déjà de tous ces services, regroupés au sein du Pôle universitaire d’innovation (PUI), créé en 2022 et porté par l’Université de Montpellier. Quelle sera la nouveauté ?

L. B. : L'ambition est de mettre en cohérence les services dédiés spécifiquement aux pays du Sud, mais encore trop dispersés au sein de différents organismes : des institutions de recherche et/ou d’enseignement supérieur (CGIAR, Cirad, IRD, INRAe, Université de Montpellier, Instit Agro, IAMM) et des incubateurs ou structures de soutien à l’innovation (Business and Innovation Centre – BIC, Agrovalomed, CapOSud, SATT AxLR, InitiUM). Nous souhaitons donc optimiser et clarifier cette offre, avec l’ensemble de ces organismes, et la concrétiser sous l’ombrelle de l’incubateur de MedVallée – initiative de Montpellier Méditerranée Métropole - et du CGIAR.

 

Concrètement, quelle forme cela prendra-t-il ?

L. B. : Nous sommes en train de constituer, à Montpellier, une première plateforme de services d’accompagnement de l’innovation à impact Sud, avec pour commencer la création d’un parcours destiné aux porteurs de projets d’entreprises innovantes. Il y a aussi, en toile de fond, la volonté de soutenir la création sur nos territoires, à Montpellier et au Sud, d’acteurs porteurs d’innovation et d’emplois de qualité autour de projets répondant aux enjeux forts liés à l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.

Mais cette plateforme n’est que la première étape d’une initiative beaucoup plus large qui prendra la forme d’un hub international de l’innovation.

 

Quelle sera la structure de ce futur hub international de l’innovation ?

L. B. : Le hub international rassemblera des collectifs similaires à la plateforme montpelliéraine, des acteurs des écosystèmes supports de l’innovation dans les pays du Sud, avec la même ambition de contribuer à mettre localement en synergie les entités qui soutiennent l’innovation : incubateurs, services de valorisation dans les universités, fablabs territoriaux, acteurs publics et institutionnels etc.

Nous recevons régulièrement à Montpellier des délégations internationales qui expriment le même besoin de structuration de leur accompagnement de l’innovation et veulent mieux connaître les pratiques utiles en la matière. Récemment au Cirad, nous avons par exemple accueilli une délégation cubaine, une autre rassemblant des universités et des incubateurs de Tanzanie ou encore une délégation du Campus Franco-Sénégalais.

Aussi, au-delà des porteurs de projets, la plateforme montpelliéraine s’adressera, également dans les pays du Sud, à ces acteurs de l’innovation. Elle proposera une offre de services dédiée afin, dans un premier temps, de les accompagner dans cette mise en synergie et le partage de pratiques entre les plateformes des différents pays.

L’accompagnement montpelliérain se fera ainsi à deux niveaux, celui des acteurs de l’innovation et au niveau des porteurs de projets, avec deux types d’offres.

Nous souhaitons ainsi aboutir à la constitution d’une communauté de pratique internationale et fondée sur des actions équitables au service des projets innovants à impact pour les pays du Sud. L’International Innovation Hub, sorte de hub de plateformes d’accompagnement de l’innovation serait la manifestation opérationnelle de l’offre de services de cette communauté de pratique.

 

Quelles sont les actions à venir ?

L. B. : Au-delà de la création du hub international, deux initiatives de soutien aux acteurs de l’innovation au Sud ont déjà intégré la plateforme montpelliéraine.

La première, Idéation Sud, financée dans le cadre du Pôle universitaire d’innovation, est portée par le Cirad en partenariat avec l’IRD. Elle vise, dans une phase exploratoire, à mettre en place une action d’intelligence collective au Sénégal en tant que pays pilote. L’idée est de rassembler des entreprises et des scientifiques montpelliérains et sénégalais ainsi que les acteurs locaux de l’innovation. Ensemble, ils pourront partager des enjeux et faire émerger des projets de recherche collaborative pour développer des solutions y répondant. Par exemple, sur la problématique de la qualité des sols agricoles, la solution Biofunctool est issue de ce type d’action collective.

L’idée est de mieux connaître les acteurs socio-économiques de ces territoires, d’explorer de nouvelles manières de travailler avec eux, moins linéaires et plus inclusives. Habituellement sur de nouveaux projets, la demande initiale vient souvent du secteur privé. Les scientifiques co-construisent avec eux un projet de recherche sur la base de ce besoin. Grâce à la diversité des parties prenantes rassemblées au sein de l’International Innovation Hub, nous visons désormais une approche plus collective et centrée sur des périmètres territoriaux spécifiques au Sud. Idéation Sud s’appuiera aussi sur une démarche de cartographie et de prospection d’acteurs grâce à un financement de la Satt AxLR.

La seconde initiative, Innoversity, est portée à Montpellier par l’Institut Agro. Elle fait intervenir à la fois des incubateurs et services valorisation des universités de Tanzanie et des porteurs de projets entrepreneurs issus de ces universités ou incubateurs et qui ont des projets d’entreprise. Nous allons les accueillir à Montpellier où ils pourront rencontrer des scientifiques, avoir un accompagnement entrepreneurial, des pistes de financement, des échanges autour de la propriété intellectuelle, etc. Et d’autre part, nous accompagnerons les incubateurs tanzaniens dans leur besoin de renforcement de compétences en vue de pouvoir soutenir ces start-ups dans la durée et sur le territoire tanzanien.

 

Quelles sont les perspectives pour l’International Innovation Hub ?

L. B. : 2023 représente l’année de lancement, de conception et de recherche de partenaires pour le Hub montpelliérain. En octobre de cette année, la Montpellier Métropole Méditerranée organisera une Biennale Afrique Europe Ces derniers pourraient avoir l’opportunité de bénéficier de l’offre de service de l’IIH à condition que la thématique de leur projet concerne l’agriculture, l’alimentation ou l’environnement. Aujourd’hui, c’est une vraie dynamique qui est en train d’émerger autour des entrepreneurs africains et des écosystèmes d’innovation en Afrique.

En parallèle, nous devons identifier les acteurs internationaux pour commencer à structurer le réseau qui constituera le Hub international et définir avec eux une offre de services qui réponde à des besoins partagés.

A plus long terme, l’International Innovation Hub a l’ambition de devenir une organisation de référence pour de nouveaux acteurs de l’innovation du Sud qui souhaiteront intégrer la communauté de pratique et pour les jeunes entreprises qui cherchent à se développer sur un nouveau continent.

En termes de positionnement, l’International Innovation Hub pourra contribuer à renforcer la dimension sociétale et le lien aux acteurs économiques des centres d’excellence soutenus par l’Union européenne dans le cadre de sa stratégie Global Gateway, en partenariat avec l’Union africaine. Ces centres associent en effet les acteurs locaux universitaires, ceux de la recherche, des ONG créant un ensemble d’actions et de synergies englobant le périmètre de l’IIH. Cela constituerait une belle réussite pour les partenaires du Nord et du Sud et un levier supplémentaire pour développer les initiatives innovantes tout en assurant leur impact.