France - GCRAI | Des chercheurs appellent à changer de posture pour soutenir la transition agroécologique des systèmes agroalimentaires

Plaidoyer 19 juillet 2019
Face aux urgences et aux défis mondiaux, une plus grande attention doit être donnée aux transitions agroécologiques. Il s’agit notamment pour les chercheurs et les organismes de recherche de changer de posture et de façon de travailler afin de s’engager activement et sur le long terme dans un programme de recherche en agroécologie. C’est l’appel que lance un groupe de chercheurs issus des centres de recherche du GCRAI et des principaux organismes de recherche agronomique français, dont le Cirad.
Mil cultivé en agroforeterie, une pratique agroécologique à développer au Sahel © C. Dangléant, Cirad

La recherche en agroécologie doit jouer un rôle de premier plan dans les transitions vers plus de durabilité, de santé, d’équité et de sécurité alimentaire dans les systèmes agroalimentaires. Néanmoins, elle demeure encore nettement sous-représentée dans les stratégies de recherche agricole.

Il est urgent que les organismes de recherche agricole et les chercheurs s’engagent activement et sur long terme dans la recherche en agroécologie. C’est l’appel que lancent une quarantaine de chercheurs à la suite d’un atelier de travail initié conjointement par la France et le GCRAI, pour explorer la façon de renforcer l’investissement en recherche dans la transition agroécologique des agricultures.

Face aux multiples défis, les chercheurs appellent en particulier à mettre l’accent sur les recherches de leviers permettant d’accroître les synergies entre les objectifs du développement durable dans la production agricole. En effet, si l’agriculture est souvent considérée comme l'un des principaux facteurs de dégradation de l'écosystème, elle peut tout aussi bien en être source de durabilité.

Pour cela, il est nécessaire de tendre vers une agriculture qui maximise la restauration de l'environnement. Une approche agroécologique de l'agriculture qui applique les principes écologiques tout en répondant au besoin de systèmes alimentaires socialement équitables est la clé de cette évolution.

Les chercheurs appellent également à concentrer les recherches sur les transitions agro-écologiques construites localement et donnant la priorité au bien-être humain et planétaire qui orienteront le changement à grande échelle.

Par ailleurs, en raison du contraste et de la diversité des situations, ce sont les connaissances et les capacités locales qui doivent être au cœur du potentiel de transformation, aux côtés des connaissances scientifiques et de la technologie. Face au changement climatique, il devient urgent de miser sur la capacité d’adaptation des filières et des acteurs plutôt que sur l’accroissement des rendements.

Les chercheurs appellent ainsi leurs pairs à modifier :

  • la manière dont la performance des systèmes agricoles est mesurée, en dépassant la prise en compte du rendement, notamment à l’aide d’indicateurs s’appuyant sur les objectifs du développement durable ;
  • la façon de penser les transitions agroécologiques, en intégrant notamment des théories du changement plus proches des réalités;
  • la façon de travailler en recherche de façon générale : sur la base de partenariats plus larges et plus équilibrés en termes de parties prenantes, sous l’angle de la résolution de problèmes, tout en reconnaissant la complexité et les incertitudes.

Plus concrètement, ils appellent les organismes de recherche à :

  • s'engager dans des réseaux multipartites de politiques et de praticiens et documenter les succès et les limites des dynamiques agroécologiques en cours ;
  • développer des théories du changement et des indicateurs qui décrivent comment les transitions agroécologiques peuvent se produire et être transformatrices ;
  • aider les décideurs politiques à accroître les moyens alloués à la recherche sur la transition agroécologique, à élaborer des politiques incitatives pour les systèmes locaux d'innovation et à soutenir les changements ;
  • soutenir les options de financement qui permettent des projets de recherche de long terme en cohérence avec les échelles de temps des interventions agroécologiques.

Lire l’appel

Call for action for agroecological transition of agri-food systems

Cet appel a été formulé lors d’un atelier initié conjointement par la France et le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI) et qui a réuni, à Montpellier les 19 et 20 juin 2019, des chercheurs du GCRAI et des organismes de recherche français (Cirad, IRD et Inra).