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Filière arachide : comment créer davantage de valeur à Madagascar ?
Les participants durant l'atelier sur la Filière arachide © JM.Arimanantsoa, Cirad
Une filière portée par le boom des exportations
L'arachide malgache a connu une transformation spectaculaire au cours des quinze dernières années.
Alors qu'en 2010 les exportations représentaient moins de 2 000 tonnes, elles atteignent aujourd'hui environ 60 000 tonnes d'arachide décortiquée, principalement destinées aux marchés asiatiques. Près de la moitié de la production nationale est désormais exportée.
Cette dynamique a contribué à renforcer le poids économique de la filière. Selon l'étude, la chaîne de valeur arachide génère plus de 546 milliards d'ariary de valeur ajoutée, contribue à plus de 7 % du PIB agricole et dégage un excédent commercial estimé à près de 363 milliards d'ariary.
L'étude souligne toutefois une forte dépendance vis-à-vis du marché international. Les prix fluctuent fortement en fonction des stratégies des exportateurs et des acheteurs asiatiques, plaçant souvent Madagascar dans une position de « variable d'ajustement » du marché mondial.
Autre constat marquant : les arachides malgaches sont vendues surpartent vers le marché chinois à un prix environ quatre fois inférieur à celui observé pour les exportations mozambicaines. Si l'étude ne permet pas d'expliquer précisément cet écart, elle souligne l'importance d'améliorer la qualité et la valorisation du produit malgache.
Où se crée réellement la richesse ?
Contrairement à certaines idées reçues, la richesse créée par la filière ne se concentre pas uniquement chez les exportateurs.
Les petits producteurs représentent le premier contributeur à la valeur ajoutée directe de la chaîne avec 34 % du total, devant les exportateurs qui en créent 25 %. La filière concerne environ 364 000 acteurs économiques et génère l'équivalent de plus de 340 000 emplois temporaires ou permanents.
Cette répartition relativement équilibrée explique pourquoi les chercheurs considèrent la croissance de la filière comme globalement inclusive. Les revenus issus de l'arachide profitent à un grand nombre de producteurs ruraux, plus particulièrement dans les régions côtières, tout en alimentant un réseau de collecteurs, commerçants et transformateurs répartis sur l'ensemble du territoire.
Mais l'étude montre également que les revenus restent fragiles. L'incertitude sur les prix, le manque d'organisation des acteurs, la forte dépendance des producteurs vis à vis des collecteurs et / ou des exportateurs et la faiblesse du pouvoir de négociation des producteurs, limitent encore les retombées économiques de la filière.
La transformation locale : un paradoxe en termes d’efficacité
Alors que Madagascar importe chaque année entre 160 000 et 190 000 tonnes d'huiles alimentaires, la transformation nationale de l'arachide demeure marginale.
Aujourd'hui, la trituration semi-industrielle ne traite qu'environ 2 000 tonnes d'arachides décortiquées, et la trituration artisanale environ 25 000 tonnes, contre 60 000 tonnes exportées. La fermeture progressive des anciennes huileries industrielles après la libéralisation du secteur a fortement réduit les capacités nationales de transformation.
Pour autant, l'étude ne conclut pas que la transformation constitue aujourd'hui l'activité la plus rentable.
Les chercheurs montrent au contraire que la trituration semi-industrielle est actuellement moins compétitive que l'exportation et même moins performante que certaines unités artisanales. Les coûts d'énergie, de maintenance, d'emballage et d'investissement pèsent fortement sur sa rentabilité.
Le potentiel existe néanmoins. Le développement d'une industrie locale de l'huile d'arachide pourrait contribuer à réduire la dépendance du pays aux importations d'huiles alimentaires tout en créant davantage de valeur ajoutée sur le territoire.
L’étude VAC4D est partie de l’idée qu’il y avait un enjeu de substitution des huiles alimentaires importées par de la production nationale et on s’est rendu compte qu’il y avait un certain potentiel sur cette filière.
Produire plus sans dégrader davantage les ressources naturelles
Selon VCA4D, le développement parallèle de l'exportation et de la transformation nécessitera une augmentation de la production nationale.
Mais cette croissance devra s'appuyer prioritairement sur l'amélioration des rendements plutôt que sur l'extension des superficies cultivées. Il faut éviter la monoproduction d’arachide dans les nouvelles zones de production.
Dans l’étude, on n’a pas opposé ces deux filières : on peut à la fois développer la transformation, la production de tourteau et l'exportation. Cela supposerait une augmentation de la production. Si cette augmentation ne se fait pas par amélioration des rendements mais par extension des zones de cultures, cela représente un risque pour l’environnement.
En effet, nous avons identifié plusieurs risques environnementaux liés à l'expansion des cultures, notamment dans les régions de Menabe, Boeny et Atsimo Andrefana où les enjeux de biodiversité et de santé des sols sont particulièrement importants.
L'amélioration de la fertilité des sols, la diffusion de meilleures pratiques agronomiques et un meilleur accès aux semences améliorées apparaissent comme des leviers prioritaires pour augmenter la production tout en limitant les pressions sur les écosystèmes.
Lutter contre l'aflatoxine : une priorité économique et sanitaire
Parmi les recommandations formulées par l'étude, la lutte contre l'aflatoxine figure en tête des priorités.
Produites par certains champignons microscopiques, les aflatoxines sont des substances cancérogènes qui affectent à la fois la santé publique et la compétitivité commerciale de la filière.
Les exigences croissantes des marchés internationaux limitent l'accès aux débouchés les plus rémunérateurs lorsque les niveaux de contamination sont élevés. Dans le même temps, les produits non conformes sont souvent écoulés sur le marché intérieur, exposant les consommateurs à des risques sanitaires.
Les auteurs recommandent notamment le renforcement des pratiques de séchage par tous les acteurs, y compris le secteur privé, la diffusion d'Aflasafe, le développement de laboratoires de contrôle et la sensibilisation des producteurs.
Une filière à structurer pour franchir une nouvelle étape
Au-delà de la production, l'étude insiste sur la nécessité d'améliorer la gouvernance de la filière.
Malgré son poids économique, la chaîne de valeur reste peu structurée. Les producteurs disposent de peu d'informations sur les prix, les systèmes de collecte demeurent fragmentés et les dispositifs de soutien manquent parfois de coordination.
Les chercheurs recommandent ainsi l'élaboration d'une politique nationale spécifique à la filière arachide, le renforcement des organisations professionnelles, l'amélioration de la qualité des données disponibles et le développement d'une stratégie nationale pour l'huile d'arachide.
Pour les auteurs, la prochaine étape consiste désormais à transformer le succès commercial de l'arachide malgache en véritable moteur de développement industriel et territorial.
Le potentiel est là : une production en forte croissance, des débouchés internationaux établis et un marché intérieur largement dépendant des importations d'huile. Reste à construire les conditions permettant à cette filière de créer davantage de valeur sur le territoire tout en préservant sa compétitivité et ses ressources naturelles.